Cahiers de Turbulences

Date de publication : 2 janvier 2018

Les Cahiers de Turbulences

l’esprit du lieu

Une résidence au Port du Rhin

Cahier n°2 – 8 €

En dépôt : Librairie Kléber, rue des Francs Bourgeois 67000 Strasbourg

ou auprès des auteurs.

Un lieu à part, une île, un village, c’est comme ça qu’ils vivent, comme ça qu’ils se voient : des îliens. Mais fiers et dignes.

C’est comme ça qu’ils ont vécu longtemps, industrieux et débrouillards, à l’écart de la ville, mais amoureux de leur territoire, attachés à lui, à son mélange d’activités industrielles et de loisir, au bord du fleuve, au bout de la ville, du pays. À  la frontière, mais sachant la passer.

L’eau, les arbres, les fumées d’usines, le port et les péniches, les immeubles, cela fait un tout, désormais pour partie en friche.

Un tout évoqué ici à travers un recueil de témoignages et une fiction virant parfois au fantastique. Comme les lieux qu’elle fait vivre.


Espèce d’espace public

Cahier n°1 – 8 €

En dépôt : Librairie Kléber, rue des Francs Bourgeois 67000 Strasbourg ou auprès des auteurs.

Théâtre, récits, nouvelles, poèmes …

Les sept écrivains du Collectif Turbulences mesurent et se mesurent avec leur propre imaginaire à l’espace public, sans jamais en épuiser la représentation, sans plan établi, mais pour donner l’occasion de le penser, de le sentir autrement.

 

Variations thébaines

Date de publication : 19 octobre 2017

1

 

Jocaste :

J’avais juste quinze ans.

Quinze ans, c’est tout jeune encore,

Contrairement à ce qu’on dit à cet âge,

Quand on n’est plus une enfant,

Mais que le souvenir est proche du moment

Où un flot de sang et le miroir

Ont révélé le corps qui change,

Quand on se sait femme,

Sans en être tout à fait sûre,

Et qu’on essaie d’attirer le regard des hommes mûrs,

Pour vérifier,

Quand on glousse entre filles,

Comme nous le faisions, mes suivantes et moi,

Moitié  contentes de nous faire remarquer,

Moitié soulagées de rire pour ne pas pleurer.

Quinze ans,

Ma mère ne m’avait pas expliqué grand-chose

Mais je savais ce qui m’attendait,

Le pouvoir du mâle,

Ses faiblesses aussi,

Par quoi on peut le manœuvrer.

Laisse-toi faire, elle avait dit,

Les hommes savent comment s’y prendre.

Toi, tu dois te montrer agréable et accueillante,

Le reste suivra.

J’ai vu.

Eurydice :

Le jour était venu.

On l’a lavée, coiffée, habillée,

En s’esclaffant,

Toutes ses tantes et ses cousines en étaient,

Excitées, comme si c’était elles qu’on mariait,

À la fois nostalgiques, attendries, et un peu jalouses.

Sa grand-tante, Autonoé, se tenait à part, ostensiblement :

« Le mariage et les hommes, c’est pour les esclaves,

Marmonnait-elle,

Nous les femmes, qu’on nous fasse subir l’hyménée,

Qu’on en fasse une occasion de fête,

C’est notre condition, passe !

Mais ces cris, ces chants, faut-il être aveugle…

Ça dure pendant un jour, à peine,

Un jour où tout le monde te regarde,

Pour mille que ton mari se réserve.

Un jour pour mille, pour dix-mille.

Il t’enferme, il te cloître pour lui,

Pour lui,

Lui tout seul et quand il t’a pour lui,

Vite il t’oublie.

Un jour de gloire pour mille de mépris,

Mille pendant lesquels tu n’es plus qu’un ventre,

Plus que des mains pour le servir,

Des yeux pour l’admirer.

Et il faudrait l’aimer,

Ce chien pour qui tu n’es que servante ? »

Jocaste :

Elle est vieille, elle a oublié, me disais-je

Ou jalouse,

Enfin, je m’en moquais,

Je me laissais faire :

Cette atmosphère de fête,

Tout le monde autour de moi,

Moi qui serais bientôt une dame,

Je n’étais pas mécontente au fond.

Eurydice :

On lui a blanchi le teint à la céruse,

Marque suprême d’élégance,

Masque sur le hâle vulgaire qui couvre ses bras et ses jambes.

 

Jocaste :

C’est vrai, le gynécée m’ennuyais, je jouais mal de la harpe,

Je ne filais pas et n’aimais pas commander aux domestiques ;

En revanche, j’adorais le soleil,

Je me régalais à cueillir les fruits sauvages,

Faire de bouquets, courir dehors…

Eurydice :

Bref, elle avait quinze ans, elle était parfumée,

La tête couverte d’un voile,

Parée de ses plus beaux bijoux et elle allait régner sur la noce

Comme prévu.

Jocaste :

Le soir, j’attendais le moment crucial,

À la fois craintive et curieuse,

J’attendais mais il n’est jamais venu,

Ni ce soir-là, ni le suivant, ni le suivant du suivant,

Jamais.

Des noces, mais pas d’époux.

D’abord j’ai pris son comportement pour un affront,

Je lui en ai voulu, je l’ai maudit, j’étais furieuse

Mais au fond, je l’ai compris plus tard, soulagée.

Quant à la raison de son indifférence,

Elle est apparue bien vite :

Je l’ai vue dans le regard qu’il portait sur les éphèbes.

Eurydice :

La vie s’est organisée, lui avec ses compagnons,

Elle dans ses appartements.

Il ne s’inquiétait pas de voir des jeunes-gens lui faire la cour,

Il n’en était pas jaloux, au contraire,

On aurait dit qu’il les poussait dans ses bras.

Certains auraient eu de quoi attirer ses faveurs.

Jocaste :

Mais j’avais mon rang à tenir,

Les regards étaient tournés vers moi,

La reine en moi se devait à la vertu,

Je ne favorisai aucune aventure.

 

2

 

Jocaste :

Il avait beaucoup bu et mangé avec ses jeunes-gens,

Un soir de chasse,

Il était ivre et il chancelait.

Avec sa grande barbe, sa haute taille,

Ses épaules et son torse puissant, il me faisait peur.

Il avait l’âge d’être mon père,

Il n’exerçait sur moi aucun attrait.

J’avais organisé ma vie sans lui,

Certes, je serais sans enfant, mais j’étais bien jeune encore

Et il me restait l’espoir de le voir disparaître avant moi.

N’en avais-je pas le droit ?

Eurydice,

Ma honte,

Je ne n’ai pu te l’avouer à l’époque :

Il s’approche, se montre de plus en plus entreprenant,

Je fais ma coquette, mais il ignore mon dégoût.

Son haleine empeste, il est brûlant.

Je recule, il me poursuit.

En un instant, tout bascule.

Je suis empoignée de force et je te laisse imaginer la suite :

Une brûlure atroce, fulgurante, entre les jambes,

Dans le ventre et jusque dans la poitrine ;

La brute qui se retire, et moi, le corps broyé,

Salie, réduite à une chose.

Dircé, la source

Date de publication :

1

 

Khadmos :

Il est assis à même le sol. Tenue de ville d’un dirigeant, cravate dénouée, chapeau renversé sur la tête.

Autant qu’il m’en souvienne,

Au commencement de tout,

Au commencement du commencement,

Au départ, il y a eu l’Exil,

Quand je n’étais encore qu’un enfant,

Poussé sur les routes,

Arraché au sein de sa mère, en rupture, déjà.

Au commencement, et depuis toujours, la lutte,

Pour la survie, pour un peu d’eau, pour un abri.

Au commencement, la peur,  la dépendance, la soumission,

Au commencement, baisser la tête, courber le dos,

Toute une enfance se taire, la rage au cœur, jour après jour.

Toute une enfance se taire,

Et puis, un matin, le sentiment brusque de la dignité,

Un matin de renouveau,

Le premier acte de résistance,

Une rébellion de jeune-homme,

Un regard qui ne baisse pas et la première humiliation,

Non en tant que pauvre,

Mais en tant que Rien qui se dit humain,

Qui le revendique ;

Ensuite, la chaîne des provocations et des punitions,

La haine, la révolte,

Les affrontements à pierre nue contre les chars,

Puis, les bombes, les attentats, les milices, la guérilla,

La fuite, l’exil encore, la mort assurée :

Mine ou balle perdue, guet-apens.

La voilà ma vie.


2

 

Jocaste :

Elle sort progressivement de l’ombre. L’éclairage maintient une atmosphère floue, vaporeuse, sépia.

Tu me demandes si je suis heureuse,

Maintenant que les années ont passé,

Si le temps fait son office.

Oui, son office, il a fait son office :

La douleur vive a disparu,

Elle s’est  enfouie dans les tréfonds.

La peine m’a quittée comme une eau de pluie

Qui ruisselle et ne reparaît plus qu’en suintant.

Je suis maintenant une terre rude et rêche.

Pas une larme, pas un nuage,

Je suis pour le passant

Une grève que parcourt une brise tiède,

Un zéphyr ; mais ce zéphyr, Eurydice,

Sans m’en demander la permission jamais

Se mue soudain en Khamsin

Et balaie tout sur son passage.

 

Le bonheur n’est qu’une illusion.

Ne te récrie pas, je sais tout le bien dont je dispose.

Depuis des années tous mes vœux sont exaucés :

Nous vivons en paix, je suis mère et comblée,

Deux garçons, deux filles,

Mon époux est amoureux comme au premier jour,

Il est touchant, abandonné entre mes mains,

Prévenant, attentionné, délicat…

Ses bras sont vigoureux, rassurants,

Son désir brûlant,

Trop sans doute pour ce que je suis devenue,

Et, quand, il vient me rejoindre sur ma couche,

Si je suis attendrie, flattée parfois,

Je ne laisse pas d’être inquiète. Et contradictoire.

Qu’il cède au charme des femmes jeunes qui le pressent,

Me ferait mourir de rage, mais

Qu’un tel malheur le détache de moi,

Lui ferait prendre son envol,

Et me rendrait tout entière à la poésie, à mes encens…

Eurydice :

À tes encens ? Vraiment ?

Jocaste :

J’aurais voulu un égal, sa jeunesse entre nous est un fossé,

J’ai besoin d’admirer et je lis trop en lui,

Besoin de me confier, mais il est trop ma chose.

Eurydice :

Je ne te comprends pas.

Ton époux n’est-il pas un esprit mesuré et patient ?

Sa parole a su convaincre les classes populaires

De retourner à leurs travaux et les esclaves à leur servitude,

Les affaires de la cité sont conduites avec sûreté,

Les patriciens reconnaissent au roi son habileté politique,

Son origine étrangère ne leur fait pas ombrage,

Au contraire, elle est une garantie pour leurs privilèges.

Que demander de plus ?

Jocaste :

Je le sais : en moi la femme n’est pas accomplie.

Ai-je trop attendu de lui, trop attendu des autres ?

Espéré de ces êtres défaillants un amour dont ils n’ont pas

[idée,

À moi-même importun, à force d’être impossible ?

Je devrais être en paix, heureuse, et je demeure insatisfaite.

Un sombre pressentiment m’habite,

La crainte d’une catastrophe.

La vision s’estompe, les deux femmes retournent à l’ombre.

Musique.

 

3

 

Khadmos :

J’entends leurs cris aujourd’hui,

Dans les rues et sur les places,

Tout autour de moi, leurs cris,

Des cris de haine.

Maintenant que mon pouvoir chancelle,

Leur peur

Trouve enfin quelqu’un à charger de ses chaînes.

Brouhaha. Progressivement apparaît le chœur.

Je les entends se lamenter, le chœur des pleureuses,

La foule des déçus hypocrites.

Troupeau de moutons,

Chèvres pour les hommes en manque….

À les croire, ils sont tous victimes.

Je suis le traître, le manipulateur,

Toutes mes paroles ne sont que sont que mensonge.

Il sort.

Chœur :

– Un étranger c’est commode.

– Je comprends pas.

– Un étranger : ils vont pouvoir l’expulser ou le laisser filer.

– Pas d’accord.

– Il a raison.

– Il va pas s’en tirer comme ça !

– Rien que d’y penser…

– Dégueulasse !

– Mérite même pas un procès !

– On devrait lui faire sa fête tout de suite !

– Aimer une femme qui est pas la sienne, je comprends, mais sa propre mère…

– À coup de cailloux !

– Comme une femme publique !

– Eh ! Tout le monde a droit à un procès !

– Quoi ? Tu prends son parti ?

– C’est pas ce que j’ai dit.

– Vous entendez, vous autres ? Il prend sa défense !

– Mais non, je veux qu’il s’explique…

– Rien du tout !

– Pas besoin d’explications !

– Qu’on le pende !

– Sans procès ?

Musique. Le chœur s’éloigne.

 

4

 

Khadmos :

Il est équipé pour la marche. À l’autre bout de la scène, invisible pour lui, un homme, en tenue de combat.

Pareil destin,

Personne ne le pourrait imaginer.

Personne,

Sauf un esprit pervers !

Oui, l’Esprit qu’on dit bienfaisant est un pervers

Ou un absent.

Un absent, c’est plus juste.

Car il n’y a rien à répondre,

Personne pour répondre.

Et de quoi ?

Il n’y a rien à dire non plus.

Abou Barakat :

Se plaindre de son destin.

Réflexe inutile.

Courant, mais inutile :

On s’accroche à la vie comme à une bouée,

Comme à un flotteur qui ne serait pas percé.

Aujourd’hui, Khadmos,  comme autrefois,

Ton destin s’accomplira,

Comme toujours.

 

Khadmos :

Il achève de remplir son sac et semble converser avec Abou Barakat :

Je m’en vais.

C’est ce qu’ils ont voulu, même s’ils récrient maintenant,

C’est ce qu’ils ont attendu avec impatience,

Depuis le temps qu’ils parlaient dans mon dos,

Quand ils me croyaient absent,

Ou même, sans se gêner, en ma présence,

Comme si je n’entendais pas,

Comme si je ne comptais plus déjà ;

C’est ce qu’ils ont désiré avec tant de force,

Après avoir pris ma place,

Quand l’ombre  de mon portrait venait les troubler

Dans chacun de leurs conseils,

Dans chacune de leurs décisions,

Et jusque dans leur sommeil ;

C’est ce qu’ils ont attendu,

Avec de moins en moins de patience et de discrétion,

Avec de plus en plus de morgue et d’ironie,

Puis de colère rentrée ou manifeste,

M’empêchant de paraître en public,

Me condamnant au silence,

Me mettant à l’écart – au vrai, j’étais assigné à résidence.

Abou Barakat :

C’est cela : prisonnier.

Vous, ses fils…

Il regarde vers la sortie empruntée par le chœur,

Vous avez rejoint le camp de ses plus fidèles ennemis,

Vous ne saviez que faire de lui,

De son regard porté sur leurs misérables complots,

Sur leurs alliances et leurs trahisons,

Sur leurs discours de faux-dévots de la paix,

Vous aviez peur de ses yeux

Qui voient et ne feignent pas de n’avoir point vu,

De sa voix,

Qui faisait loi jusque dans les contrées les plus reculées,

De ses oreilles,

Qui entendaient la plainte des sans-grades,

De sa main, armée de la plume,

Par laquelle il régnait sur l’opinion,

Faisait et défaisait la réputation des chefs de clan.

Khadmos :

Je m’en vais et je ne donne pas cher de votre pouvoir

Quand les foules pourront me voir et me toucher,

Me parler en direct comme autrefois

Me prendre comme étendard de leurs droits.

Musique. 

Un banc au bord du monde

Date de publication : 7 septembre 2017

 

Flyer web 1

Un banc au bord du monde

Un banc au bord du monde : deux hommes dans un square, deux inconnus. Leur rencontre, leur confrontation se joue de tous les styles : gestuel, réaliste, poétique, humoristique, voire burlesque.

Ce spectacle, est l’ultime création de la compagnie Articulations Théâtre, 34 ans de scène, des plus anciens aux derniers venus.

Les 6,7, à 20 h 30, le 8 octobre 2017 à 17 h au 23 rue du Lazaret 67100 Strasbourg.

 

Flyer web 2-001

Un banc au bord du monde

Date de publication : 5 septembre 2017

Flyer web 1

Un banc au bord du monde

Un banc au bord du monde : deux hommes dans un square, deux inconnus. Leur rencontre, leur confrontation se joue de tous les styles : gestuel, réaliste, poétique, humoristique, voire burlesque.

Ce spectacle, est l’ultime création de la compagnie Articulations Théâtre, 34 ans de scène, des plus anciens aux derniers venus.

Les 6,7, à 20 h 30, le 8 octobre 2017 à 17 h (et non 16 h)

au 23 rue du Lazaret 67100 Strasbourg.

 

Flyer web 2-001

Les Cahiers de Turbulences

Date de publication : 26 mai 2017

l’esprit du lieu

Une résidence au Port du Rhin

Cahier n°2 – 8 €

En dépôt : Librairie Kléber, rue des Francs Bourgeois 67000 Strasbourg

ou auprès des auteurs.

Un lieu à part, une île, un village, c’est comme ça qu’ils vivent, comme ça qu’ils se voient : des îliens. Mais fiers et dignes.

C’est comme ça qu’ils ont vécu longtemps, industrieux et débrouillards, à l’écart de la ville, mais amoureux de leur territoire, attachés à lui, à son mélange d’activités industrielles et de loisir, au bord du fleuve, au bout de la ville, du pays. À  la frontière, mais sachant la passer.

L’eau, les arbres, les fumées d’usines, le port et les péniches, les immeubles, cela fait un tout, désormais pour partie en friche.

Un tout évoqué ici à travers un recueil de témoignages et une fiction virant parfois au fantastique. Comme les lieux qu’elle fait vivre.


Espèce d’espace public

Cahier n°1 – 8 €

En dépôt : Librairie Kléber, rue des Francs Bourgeois 67000 Strasbourg

ou auprès des auteurs.

Théâtre, récits, nouvelles, poèmes …

Les sept écrivains du Collectif Turbulences mesurent et se mesurent avec leur propre imaginaire à l’espace public, sans jamais en épuiser la représentation, sans plan établi, mais pour donner l’occasion de le penser, de le sentir autrement.

 

Les Cahiers de Turbulences n°1 : Espèce d’espace public

Date de publication : 23 mars 2017

Espèce d’espace public

Cahier n°1 – 8 €

En dépôt : Librairie Kléber, rue des Francs Bourgeois 67000 Strasbourg

ou auprès des auteurs.

Théâtre, récits, nouvelles, poèmes …

Les sept écrivains du Collectif Turbulences mesurent et se mesurent avec leur propre imaginaire à l’espace public, sans jamais en épuiser la représentation, sans plan établi, mais pour donner l’occasion de le penser, de le sentir autrement.

 

Table

Martin Adamiec :

On m’adresse la parole dans l’espace public p.9

Tranches de quartier p. 17

Céline Bernard :

Heidenkirche p. 27

Michèle Haberer

Le rendez-vous p. 43

Les vacances p. 55

Anne Konik

Martine à la supérette p. 67

Martine fait le bien dans le métro p. 73

Patrick Sibold

Couleurs ville p. 79

Les murmures de la ville p. 81

Rencontres – Steinbeck p. 93

Pierre Zeidler

Le cahier p. 105

L’homme à la sacoche p. 113

Dominique Zins

Sur la place p. 127

Ordre public p. 135

Dans la rue p. 139

Il suffit d’un nuage – texte

Date de publication : 8 mars 2017

Un aéroport le matin : les personnels de service, des usagers, dont certains pas ordinaires, voire surprenants. Une galerie de portraits hétérogènes. Chacun est là avec ses préoccupations, ses plans, mais un phénomène météorologique imprévu les bouleverse en clouant les avions au sol.
Se déroule alors une journée où se mêlent les histoires des uns et des autres, à la frontière entre rêve et réalité, vraisemblance et fantaisie.

Il suffit d’un nuage

Atelier d’écriture théâtrale Turbulence 2015-2016

Un aéroport le matin : les personnels de service, des usagers, dont certains pas ordinaires, voire surprenants. Une galerie de portraits hétérogènes. Chacun est là avec ses préoccupations, ses plans, mais un phénomène météorologique imprévu les bouleverse en clouant les avions au sol.

Se déroule alors une journée où se mêlent les histoires des uns et des autres, à la frontière entre rêve et réalité, vraisemblance et fantaisie.

Avertissement

Le présent texte est composé d’extraits, fragments, états de travail de textes écrits par les participants de l’atelier d’écriture théâtrale animé par Céline BERNARD et Dominique ZINS à la Maison des Arts de Lingolsheim (67380) d’octobre 2015 à décembre 2016.

Il a fait l’objet d’une lecture publique par les auteur-e-s eux-mêmes le 25 février 2017 à la Maison des Arts.

Auteur-e-s :

Alexandra GAEBEL

Rachel G.

Christopher LAPP

Christophe LYONNET

Alexandre SCHMITT

Christiane SIBIEUDE

Soufia SOUAÏ

 

Prologue

Studio de Jeremy et Virginie. Jeremy est au téléphone.

Jeremy : Allô ? …Oui j’ai vu l’heure, désolé…Un peu grave oui, enfin prise de tête.

Tu peux passer ? …

Oui je préfère merci.

Jeremy va et vient dans la chambre, cherche des vêtements, tire des affaires sales, une bassine pleine d’eau et de vêtements mélangés, sort puis revient avec sans savoir quoi en faire.

Karl frappe à la porte, Jeremy ouvre. Ils se saluent d’un signe. Jeremy tend à Karl une lettre. Karl lit.

Karl : Le salaud. Attends c’est Thomas, … Thomas ?

Jeremy : Ben oui, je vois pas qui d’autre. Elle se barre avec.

Karl : Attend, pas si vite… (Il relit la lettre). Enfin pourtant c’est clair. Presque trop.

Jeremy : Fous-toi de ma gueule.

Karl : Mais non c’est pas ça, mais c’est gros quand même après ce que vous avez passé comme temps ensemble.

Jeremy : Ben tu vois tout peut finir.

Karl : Tu l’as appelée ?

Jeremy : Qui Thomas ?

Karl : Non, Virginie.

Jeremy : Elle vient de sortir ! Et puis trop là, il faut se calmer déjà.

Karl : T’as raison. De toute façon elle va pas te répondre maintenant. Elle va prendre un peu de large.

Jeremy : Ah, toi aussi ?

Karl : Quoi moi aussi ?

Jeremy : Non, rien.

Karl : Qu’est-ce que tu comptes faire ? Jeremy, ne me dis pas que tu tombes des nues ?

Jeremy : Pourquoi tu dis ça.

Karl : Je sais pas moi, dans toute relation il faut envisager que rien n’est durable, en tout cas si on ne fait pas ce qu’il faut pour. Comme disait l’autre, il faut me retenir, sinon …

Jeremy : Sinon quoi ?

Karl : Tu fais l’innocent. Rappelle-toi Clémence.

Jeremy : C’était pas pareil, elle, elle me reprochait de ne pas l’aimer assez sauf pour son petit cul. Marre de faire des concessions, je l’ai laissée partir dans sa petite robe serrée. Silence

Karl : Refais voir la lettre. Jeremy lui tend la lettre.

Karl : Clermont. Qu’est-ce qu’ils vont faire à Clermont ?

Jeremy : Aucune idée.

Karl : De la famille du côté de Virginie ? De Thomas ?

Jeremy : Est-ce que je sais moi !

Karl : C’est ta copine.

Jeremy : Jamais été là-bas et jamais entendu qu’elle y allait. De toute façon ça change quoi ?

Karl : C’est pour le billet. C’est pas donné un Paris-Clermont.

Jeremy : Qu’est-ce que tu racontes ? Qu’est-ce qu’on s’en fout de ce qu’ils vont dépenser pour aller n’importe où, ils se cassent ensemble ça parait clair non ? Alors le prix…

Karl : C’est le prix pour toi.

Jeremy : Quoi le prix pour moi ?

Karl : Tu vas les suivre non ? Jeremy ne dit rien.

Karl : Tu vas les suivre ?

Jeremy : Qu’est-ce que tu en sais ?

Karl : Je te connais trop. Noir.

 

1

 

Un hall d’aéroport. Il fait encore nuit. Un écran devant  à gauche, trois bancs au centre, un paravent portant des affiches de magazines, une grille de boutique à droite, deux ou trois poubelles, plus loin un portique de détection de métaux. Aux lointains, une passerelle, sur laquelle ouvrent des portes. Sur un des bancs dort un homme jeune, Calvin. Passe une femme de ménage.

Jocelyne : Grch, grch, grch.

C’est qui grince toujours autant ce chariot. Trente-sept ans que je bosse, trente-sept ans que je dis qui grince ce chariot. Trente-sept ans. La semaine, le dimanche et les jours fériés.

« En décalé » qui dit le chef. Même pas pu aller à l’anniv. de ma copine.

« D’abord les besoins du service » qui dit le chef.

C’est pas me rendre service que de laisser grincer ce chariot.

C’est qu’elle va m’en parler pendant des années de son anniv, Maïté.

Et ce chariot ! C’qui grince ce chariot. Calme-toi Jocelyne. C’est bientôt fini.

Elle fait une pause pour remettre en ordre son charriot. Arrive un contrôleur qui va se poste à côté du portique de détection.

Le contrôleur : J’adore mon boulot. J’adore mon uniforme. Des fois, je le garde à la maison. J’aime bien bouger dedans. J’aime bien aller de pièce en pièce avec ; ça me pose. Mon père me suit des yeux. Il aime bien aussi me voir comme ça. Ça l’impressionne. C’est à peine s’il se met pas au garde à vous…

Mon uniforme, j’aime bien aussi le barbouiller. Je le fais la veille d’un congé, quand j’ai le temps de le laver, de le sécher, de le repasser. Des fois, c’est papa qui le lave et le sèche et le repasse. Je ne supporte pas comme il passe ses mains dessus, comme il repasse partout, les plis et les revers, la doublure, la boutonnière.

Jocelyne : C’est vrai ! Vivement la retraite ! Comme on dit :

« A la casse la vieille carcasse, à moi les Bahamas »

Tu parles !

J’vais pas aller plus loin que Palavas.

Faut dire qu’avec le René c’est pas évident les voyages.

Le comble ! Bosser dans un aéroport et jamais prendre l’avion !

Bah c’est pas si grave. On est pas si mal René et moi. Elle repart en chantant.

« C’est comme ça.

C’est la vie.

Ici c’est pas le Paradis.

C’est pas là, c’est plus loin

Va tout droit,

T’y arriveras »… Une femme d’une trentaine d’années heurte le chariot.

Jocelyne : Attention ma petite dame. Y en a qui travaillent.

La femme [du bout des lèvres] : Pardon…

Jocelyne : Avait pas l’air très bien la petite dame.

Je comprends pas. Y partent en vacances et y courent comme des fous dans tous les sens…Elle s’en va.

Le contrôleur : Mon uniforme, des fois,  je bouffe avec, je dors avec, je me branle avec.

Dans mon boulot, il y a autre chose : j’aime bien faire ouvrir leurs valises aux gens. En général, ils aiment pas. Ils font la gueule, ils râlent mais ils l’ouvrent. Ils l’ouvrent en grand, l’air de dire : « Vas-y ! » alors j’y vais. Je ne regarde pas juste au-dessus, je regarde au fond, j’y plonge les mains. J’adore quand c’est bien rangé, les piles de pulls, de pantalons, la trousse callée, au centimètre près ; je fais tout déballer. Je renifle les fringues, j’ouvre les tubes, j’essaie les crèmes.

Enfin je voudrais. La nuit, j’en rêve. Je rêve que je nage dedans, que j’enfile un truc que j’ai vu le matin : une veste, un peignoir, un kimono, une perruque…

Dans le hall arrive un couple de retraités : l’homme, moustachu, environ 65 ans, sa femme Claudine (un peu d’embonpoint), et leur deux bagages. Ils les déposent devant eux, puis s’asseyent, non sans cérémonies. Ils ne se parlent pas, elle lit un magazine, lui rêvasse. Le jeune qui sommeillait jusque-là se réveille en sursaut.

Calvin : Putain ! Je suis pas allé en cours !

Claudine : Pardon ?

Calvin : Je suis où ?

Claudine : Ben, à l’Aéroport !

Calvin : Mais qu’est-ce que je fous là ?

Claudine : Eh bien, peut-être que la vie est réellement comme une boîte de chocolats ?

Calvin : Une boite de chocolats ? Plutôt une boite de capotes. On ne sait jamais lequel va craquer et nous pourrir la vie.

Claudine : Cynique.

Elle replonge dans son magazine. Calvin s’étire, réfléchit une seconde, cherche dans son sac à dos : plus de cigarettes. Geste de dépit, regarde dans son porte-monnaie : pas de thunes. Il se lève, se rassoit, fouille de nouveau dans son sac, en sort un casque, le met  sur ses oreilles et écoute de la musique. À fond. Il tape le rythme par tous les moyens.  On sent que ça énerve le couple : la femme lève à  plusieurs reprise la tête de son magazine regarde Calvin puis son mari avec un air

accusateur.  À plusieurs reprises, on a  l’impression que le mari va intervenir mais il ne fait rien. Calvin continue à faire de plus en plus de bruit. La femme regarde son mari d’un air agressif.

Henri: Quoi? … Quoi? J’y suis pour rien moi!

Claudine : Mais je ne t’ai rien dit ! Tu crois que ça dure longtemps une irruption volcanique ?

Henri : Pfff…

Claudine : Je vais aux renseignements. Tu restes là?

Henri fait un geste de la main genre « casse toi ». Elle part, il  reste seul avec Calvin qui tape et chante par moment des paroles en français : « Reste cool bébé, sinon j’te dirai byby !… ». Devant le portique se présente une femme, Lola..

Le contrôleur : Y a des valises qui vont pas du tout avec leur proprio. On dirait qu’il y a erreur sur la personne, que la valise, c’est quelqu’un d’autre. Alors, quand j’ai vu votre valise, vous si pleine, elle si vide, j’étais furieux, quel gâchis ! Pourquoi vous faites ça ?

Lola : Parce que j’aime les valises vides et les sacs énormes, j’aime les trimballer derrière moi, au bout de mes bras, comme ça je ne m’envole pas, moi.

Le Contrôleur : Pas de risque, vous ne vous envolerez pas.

Lola : On s’est habituées l’une à l’autre, ma valise et moi.

Ne me la prenez pas. Faut pas la détruire, faut pas lui faire mal. C’est vrai, elle est hors format, mais vous pouvez l’inscrire en bagage exceptionnel, comme un piano ou une cage à lions. Rendez-la moi.

Le contrôleur : une valise, c’est fait pour être rempli, et pas voyager comme ça, sans rien à déclarer, « Circuler, y a rien à voir ». Moi je veux voir, et si je ne vois pas, j’ai mal fait mon travail.

Lola : Je veux bien la remplir, là, maintenant, pour vous faire plaisir, mais il faudra me dire, avec quoi la remplir.

Le contrôleur : Moi, moi je vous dirais d’y mettre : mon papa.

Lola : Mais je ne le connais pas. Peut-être que je ne voudrais pas.

Le contrôleur : Il est très bien, très bon, travailleur, il dit jamais rien.

Lola : Je veux bien, je veux bien. Mais lui ?

Le contrôleur : Il n’est pas là.

Lola : Ah !

Le contrôleur : Non, il est à la maison, il m’attend.

Lola : Ca va nous retarder. Faut trouver autre chose. Votre maman ? Elle est là ta maman ?  Elle scrute le public.

Le contrôleur : Non, elle est partie.

Lola : Ah !

Le contrôleur : Elle a fait sa valise.

Lola : Ah ! Et elle a pas pris ton papa ?

Le contrôleur : Non.

Lola : Ni toi ?

Le contrôleur : Non.

Lola : Elle a pris quoi dans sa valise, ça pourrait me donner des idées ?

Le contrôleur va répondre mais se ravise et crie :

Le contrôleur : Le flic qui l’a laissé passer a mal fait son boulot.

Lola qui le console : A l’époque, y avait moins de contrôle.

Le contrôleur : Mais moi, j’ouvre l’œil et je regarde et je vois. Je vois que votre valise, elle est belle et grosse et solide. On peut mettre plein de choses dedans. Je me frottais les mains. Je salivais. J’étais prêt. Mais vous n’avez rien mis, ça c’est interdit.

Le téléphone de Lola sonne très fort, une samba forcément.

Lola : Allo Carla, ne m’appelle pas, efface l’appel. Ils vont venir chez toi, ils vont fouiller, ils vont regarder tes appels, ils vont me trouver. Ils vont te faire parler, te faire crier, te faire hurler, ils vont te défigurer, te balafrer, te trouer. Tu sais. Raccroche, efface l’appel ! Oui je suis partie. Ce matin.

Il me disait : « Si tu pars, je te tue ». Il me disait : « Tu ne peux pas partir Lola, j’ai tes papiers, j’ai tes diplômes. Tu ne peux rien faire sans moi, t’es rien sans moi. J’ai même ton carnet de santé. Y a plein de vaccins que t’a pas faits. Ils vont t’arrêter. Et puis, moi, bien avant, je vais te retrouver. Et je vais te tuer.

Alors, tu comprends, moi, je ne pouvais pas partir comme ça sans mes papiers et mes vaccins alors je suis restée.

Comment ?

Non, hier, ils l’ont chopé. Je suis partie, sans rien. Si, j’ai pris des sous. Il sort ce soir, il viendra te voir.

Efface l’appel ! Sauve-toi ! Quitte ton appartement ! Barre-toi ! Mais prends pas l’avion !

Lola raccroche.

Le contrôleur : Vous êtes en fuite ?

Lola : Oui. J’ai quitté mon homme. Il est ombrageux.

Le contrôleur : Il est dangereux ?

Lola : Il est doucereux.

Le contrôleur : Il est amoureux ?

Lola : Il est malheureux.

Il est fort, il est seul, il sait se faire respecter. Il est jamais seul, il n’aime personne, il a plein d’amis, pleins de gens autour de lui, qui lui sourient, qui lui disent oui.

Il me protège, il m’aime. Il me sort, il m’enferme. Il m’a faite : les seins, les lèvres, les yeux, les cheveux. Il veille sur moi, il tire sur moi. J’ai un trou là, regardez !

Le contrôleur : Il vous a tiré dessus ? Sur la tempe ?

Lola : Oui.

Le contrôleur : Et vous êtes pas morte ?

Lola : Si.

Le contrôleur regardant sa tempe : C’est énorme. Elle rit.

Lola : C’était pour de rire.

Le contrôleur rit aussi, très fort. Elle arrête de rire. Il s’arrête aussi. Il regarde fixement derrière elle. Se remet à rire mais doucement

Le contrôleur : Il est riche ?

Lola : Très.

Le contrôleur : Il payerait cher pour vous ?

Lola : Oui très.

Il rit en regardant toujours fixement derrière elle.

Le contrôleur : Il ressemble à quoi votre amoureux ?

Lola : Il est beau. Il est grand. Il est fort. Il est blond. Il a une gueule d’ange. Il est tatoué. Il est brun. Il est musclé. Il est balafré. Il est chauve et gros, avec des poils dans le dos. Il est tordu, il est bossu, il a une barbe bleue.

Le contrôleur : Je vois. Le même (fixant un point derrière elle) : Il vous cherche ?

Lola : Oui, il me cherche, il m’attend, il me guette, il me regrette peut-être déjà

Le contrôleur : Alors, c’est lui

Lola : Lui, qui ?

Le contrôleur [désignant du menton un point dans le dos de Lola] : Qui est là.

Lola : Là où ?

Le contrôleur : Derrière vous.

Elle hurle et fonce dans la valise. À ce moment une voix très douce et très polie se fait entendre dans les haut-parleurs :

« Mesdames et Messieurs. En raison d’un phénomène naturel inexpliqué tous les vols sont suspendus. Je répète : En raison d’un phénomène naturel inexpliqué tous les vols sont suspendus  jusqu’à nouvel ordre. Pour tous renseignements, vous pouvez vous adresser aux hôtesses. L’aéroport vous présente ses excuses pour ce désagrément et fait le nécessaire pour que ce contretemps soit le plus court et le plus agréable possible. Merci pour votre compréhension ».

 

2

 

Sur la passerelle apparaît la femme de ménage. Elle prépare son matériel, s’arrête devant l’une des portes, s’apprête à l’ouvrir : elle est coincée. La femme de ménage s’arcboute, pousse, donne un coup d’épaule, la porte cède.

Jocelyne : Eh là-dedans y’a quelqu’un ? C’est quoi ce rouge par terre. Jésus Marie Joseph !! Y’en a deux ! Encore accrochés l’un à l’autre ! Ca va ? Ca va pas ? J’vois bien que ça va pas fort. Vous voulez que j’appelle quelqu’un. Je vais appeler quelqu’un… Réveillez vous !…

Oh lala ! Jésus Marie Joseph ! Qu’est-ce que je vais faire ? Qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu ! Et juste aujourd’hui ! Ohé ma p’tite dame, faut pas vous mettre dans des états pareils.

Faut que je trouve un docteur. Il faut que quelqu’un s’occupe de vous. Silence

C’est un bébé. Oui c’est un bébé. Faut le docteur pour lui aussi.

La femme : Non pas de docteur. Vous m’entendez,  pas de docteur. Je vais bien.

Ça ! Ce n’est pas à moi. Je dois faire vite ! Mon petit garçon m’attend dehors. Mon petit Achille. Je vous dis que je suis pressée.

Jocelyne : Et « ça » comme vous dîtes. C’est quand même à vous. Faut pas le laisser là. Faut l’emmener avec vous.

La femme : Vous faîtes erreur Madame. Mon fils m’attend à l’extérieur. Je l’ai confié à un gentil monsieur avec une grande valise. Juste le temps d’aller aux toilettes. Achille est trop grand maintenant pour m’accompagner dans les toilettes des dames.

Jocelyne : Ma petite dame c’est pas le moment de penser à tout ça et de dire des choses pareilles. Ce qui est parterre, là, juste à côté de vous, faut le ramasser aussi. Moi j’ai mon boulot à faire. Et rien d’autre.

La femme : Je vous dis et je vous répète que mon fils est seul avec un inconnu. Je dois aller le retrouver et m’occuper de lui. Jocelyne prend le bébé dans ses bras.

Jocelyne : Vous n’allez pas partir les mains vides quand même. Je fais quoi moi maintenant avec tout ça. C’est pas dans le protocole !

La femme : Je dois m’occuper de mon fils. Je ne veux pas qu’il s’inquiète. De plus j’ai un avion à prendre. Un homme à rejoindre. Une vie à refaire. En criant : Merde !!

Jocelyne : D’abord faut arrêtez de dire des gros mots ! On dit pas de gros mots devant un bébé. Je vais voir à la sécurité. Le Manu y sait quoi faire lui. Vous n’allez pas partir comme ça en me laissant tout ça sur les bras. La femme se relève.

La femme : Quelle tête je dois avoir. Je ressemble à rien. Et mon chaton qui m’attend. Je dois faire vite.

Elle se lave les mains avec soin, des coudes au bout des doigts. Et se recoiffe. Passe ses mains sur ses vêtements pour les défroisser. Jocelyne commence à faire ménage dans les toilettes comme si de rien n’était

Jocelyne : Vielles habitudes. J’éponge le sol. Je me souviens que mon temps est compté. J’ai pas toute la vie pour faire toutes les toilettes de l’aéroport. C’est pas mon problème. Ne pas se mêler des histoires des autres. A chacun sa vie. Moi, je prends ma retraite. J’en reviens pas. C’est la première fois que ça m’arrive. Trente-sept ans de boulot. Et il faut que ça m’arrive. A moi. Et en plus juste aujourd’hui.

La femme : J’ai l’air de quoi ?

Jocelyne : De quelqu’un qui va pas bien du tout.

Noir. Une voix très douce et très polie dans les haut-parleurs :

 

« Mesdames et Messieurs. En raison d’un phénomène naturel inexpliqué tous les vols sont suspendus ». Je répète : «En raison d’un phénomène naturel inexpliqué tous les vols sont suspendus jusqu’à nouvel ordre. Pour tous renseignements, vous pouvez vous adresser aux hôtesses. L’aéroport vous présente ses excuses pour ce désagrément et fait le nécessaire pour que ce contretemps soit le plus court et le plus agréable possible. Merci pour votre compréhension ».

 

3

 

Retour dans le hall, scène, fortement éclairée.

Zabel, portable en mains : On est coincés depuis deux  heures maintenant ! Putain ! Quelle organisation ! Ils disent rien ! Juste retard / retard / retard… Pas besoin de ça ! Ça me saoule ! Je comptais sur le vol, moi, pour pioncer ! Merde, font chier ! !

Sébastien : Pardon, Mademoiselle

Zabel : Il me veut quoi, celui-là ? Un moment que je le vois tourner ! Hein ? Ils me donnent tous le tournis ! Déjà que j’ai la tête encore dans le chou !  Mais qu’est-ce qu’il me veut, lui, il arrête pas de s’agiter…

Sébastien : Euh, pardon… Je vois que vous avez un iphone

Zabel : C’est à moi que vous parlez ?

Sébastien : Excusez-moi de vous déranger…

Zabel : Un Jéroboam ! Quelle dégaine, il va pas m’gonfler j’espère…Vise un peu son pull de husky, sa  chemise en jean’s qui dégueule sur  la ceinture, quel air de beauf ! Eh, ah, quand même, des Doc Marten’s… classe aux pieds, mais qu’est-ce qu’il veut. À Sébastien : C’est pour quoi ?

Sébastien : Votre iphone…

Zabel : Ouais !  Ben quoi, qu’est-ce qu’il a ? Lui, elle et lui aussi ils en ont un… et alors ?

Sébastien : Il fonctionne bien?

Zabel : C’est pour un sondage ?

Sébastien : Non, excusez-moi, je cherche une prise

Zabel : Une prise ?

Sébastien : Je suis vraiment embêté, vous comprenez, j’ai essayé de le charger là-bas, et puis vers le distributeur là-haut, c’est pareil, ça charge pas…

Zabel : Alors vous faites le tour du hall, vous cherchez la super prise, et puis vous tombez sur le super iphone… le mien, quoi ! Vous voulez le mien …

Sébastien : Je suis désolé ! Je voudrais surtout regarder sur Internet ce que je peux faire, alors si vous pouviez… votre appareil…  à vrai dire, je veux juste que mes données ne disparaissent pas, je dois appeler, vous comprenez, et puis on doit m’appeler aussi, alors si ça charge pas…

Zabel : Quoi, quoi, quoi ? Qu’est-ce qu’il me débite ? À  Sébastien : Si ça charge pas… Donnez-le-moi. Putain, ce bide ! Ooooh !

Sébastien : Vous avez mal ?

Zabel : Donnez-moi votre phone, vais pas le manger, juste regarder un truc…

Vise ses mains…t’as senti ? Douces, délicates, ses mains sont délicates, sur mon ventre, ça me calmerait, ouais… Oh ! Qu’est-ce que tu t’imagines, fais pas chier !….son phone, il est en train de te le donner… juste là, oublie ses mains…y’a peut-être une poussière dans la fiche de son truc… À  Sébastien : Y’a peut-être une poussière là, je vais essayer avec mon pinceau de maquillage.

Sébastien : Bonne idée, mais je ne veux pas vous… Vous êtes pas bien, là, vous êtes un peu pâle, si je peux…

Zabel : Si vous pouvez quoi ? ! Vous occupez pas de moi ! Vous êtes là, vous m’demandez, alors on essaie, on a que ça à faire, de toute façon, avec cette putain d’attente.

Sébastien : Ok, comme vous voulez !

Sébastien regarde Zabel tripoter son téléphone, le nettoyer  avec un pinceau qu’elle pêche dans une poche latérale de son sac à dos.

Zabel : Vous venez de là-bas ? De la zone d’embarquement ? Il y a du nouveau ?

Sébastien : Pas vraiment. Il paraît qu’on est coincés à cause d’un gros nuage… Un volcan en Islande, l’Eyjaf quelque chose… Les vols restent suspendus, tous, sans exception.

Zabel : Putain, cool, mais faudrait quand même qu’y nous disent combien de temps ça va durer, leur bordel ! Il y en a un qui racontait tout à l’heure qu’on attendait l’avis des experts…

Sébastien : Eh bien, principe de précaution, absence de certitude scientifique…

Zabel : Ouais, m’étonne pas… des couilles molles

Sébastien : Non, non, simplement il y a des mesures à appliquer immédiatement, enfin, j’ai déjà vécu ça…là les vols sont suspendus, sans qu’on puisse donner de délai…

Zabel : Ok, ok ! Ça me fait une belle jambe. Et nous, alors ? Qu’est-ce qu’on fait de nous ? Ils vous ont dit quelque chose ?

Sébastien : Non, je n’ai rien pu savoir, et si j’ai bien compris ni les compagnies ni l’aéroport n’en savent davantage !

Zabel : Non seulement on nous dit pas besef, mais en plus,  y s’en branlent ! On nous propose rien ! On nous laisse pourrir  ici ! Moi je veux savoir, soit je me tire, soit je reste …

Sébastien : Il y en a qui ont dû annuler leur voyage…

Zabel : Ouais, mais non, moi, ça va pas le faire. J’attends. Tant pis !

Sébastien : Moi, pas question de reporter non plus. Je dois être à Alger ce soir, et vous ?

Zabel : C’est dans l’autre direction : Tokyo, et …

Vous êtes pas obligé de faire la conversation…

Sebastien : Au fait, Sébastien Lewandowski.

Zabel : Zabel Pelletier. Ils se serrent la main.

Sébastien : Vous avez un sacré attirail, là, vous êtes photographe ?

Zabel : Ouais, quelle perspicacité ! Pardon,  je rigole…Yes, suis reporter

Sébastien : Eh bien, dites-donc ! Cool ! C’est impressionnant !

Zabel : Tous pareils ! Connaissent rien, connaissent tout. Cool ! Tu parles, et lui, avec ses Doc, y fait  cool ?  À Sébastien : Et vous, vous avez un boulot cool ?

Sébastien : Euh, pas vraiment, je suis urgentiste, je vais à un colloque à Constantine

Zabel : Mince !! Alors euh… Vous avez un truc contre les nausées ?

Sébastien : Les nausées… Les nausées ?

Zabel : Le mal de bide, quoi !

Sébastien : Oh pardon ! Oui, là-bas, dans mes affaires….

Zabel : Votre truc, essayez  de le rebrancher, peut-être que ça va marcher…

Sébastien : Bon, eh bien, merci…je reviens, faites attention, votre lacet, là…

Zabel : Un gros nounours, j’aime bien les nounours, j’ai rencontré que des belettes, des fouineurs et le dernier … un lâcheur !

 

4

 

Claudine revient du hall, s’assoit à côté d’Henri,  sort un miroir de sa poche et commence à  se maquiller, referme son miroir bruyamment, puis elle prend un magazine people,  l’ouvre au hasard fait mine de le lire puis le referme d’un coup.

Claudine : Je ne comprends pas comment de nos jours avec les progrès technologiques on ne soit pas encore en mesure d’éteindre un volcan. Henri reste le nez dans son journal sans réagir.

Elle le regarde quelques secondes comme si elle attendait une réaction de sa part, puis rouvre  son

magazine. En face d’elle, le jeune-homme a posé ses écouteurs.

Calvin : Connasse. Comment ne pas être cynique avec cette vie de merde ? Elle me colle à la peau et impossible de s’en extirper. Trouver un boulot qu’elle disait. J’y crois pas putain. De quoi elle se mêle ? Si elle m’avait pas payé ma drogue et ma picole depuis l’adolescence, elle aurait pas à me reprocher sa propre éducation. Personne ne m’a forcé à commencer ? Je me suis fait ça tout seul ? Connasse. Pourquoi on ne peut voter qu’à 18 ans ? Parce qu’on est supposé irresponsable ! Tu m’as bousillé. Vous. Dès le moment où ils ont refusé de me faire sauter une classe. Un simple putain de choix… Et ils ont réussi à merder, comme toujours. Et mon échec scolaire ? Aucune réaction. J’étais un gamin bordel. C’était pas à moi de m’en sortir, il me fallait de l’aide. Qu’est-ce que j’ai eu ? Oui, mais évidemment, de qui ça aurait pu être la faute ?

 

5

 

S’approche une jeune-femme.

Coloquinte : Quand je l’ai eu au téléphone, j’ai annoncé à ma mère que mon vol était annulé et que je ne savais pas quand j’allais pouvoir décoller.

Elle m’a sèchement répliqué :

«  Je le savais, en fait tu ne veux pas vraiment revenir, tu te défiles, mens, trouve des excuses, c’est ce que tu as toujours fait. »

Je lui ai rétorqué que ce n’était pas vrai, que même si je ne voulais pas revenir eh bien que je ne lui avais pas dit, je ne lui ai jamais menti et je n’ai jamais cherché d’excuse –  j’en ai toujours eu.

«  Je ne te crois pas, t’attends qu’il soit trop tard, il est peut-être déjà trop tard, je ne sais pas pourquoi mais t’attends que c’en soit fini et que ce ne soit plus la peine de venir, j’ai compris que tu ne reviendras plus. »

Je lui ai dit que ça fait longtemps qu’il est trop tard, bien plus longtemps qu’elle ne se l’imagine, qu’elle ne peut même pas savoir, que moi seul sais mais que je veux quand même les revoir, pour essayer d’en finir, si c’est encore possible, avec ce temps-là, quand je n’arrivais pas à le dire. Apeurée, elle m’a lancé :

« Ce que je comprends c’est que tu n’es qu’une ingrate qui nous a renié il y a longtemps et ça, ça me fait passer l’envie de te revoir. »

Je lui ai dit que je n’ai rien renié, que je vis avec et que j’ai toujours su que, même si elle me suppliait de le faire, elle ne voulait pas que je revienne, que ça lui faisait peur et que c’était pour ça qu’elle me suppliait de revenir parce qu’elle savait que c’était le meilleur moyen pour que je ne revienne pas. Mais qu’aujourd’hui ça ne marche plus, et que même si elle me supplie de ne pas revenir, je vais le faire. Feignant le désespoir elle m’a baragouiné :

« Ça fait longtemps que tu ne nous aimes plus, j’ai compris que tu as honte et pitié de nous, ne reviens pour nous dire ça. »

Coloquinte : Ça ne marche pas maman tu te voiles la face, tu sais que ce n’est pas ça.

Colline : Je suis comme ton père, je préférerais mourir sans t’avoir revue !

Coloquinte : Je ne vous ferai pas ce plaisir.

Quand il est mort, je n’ai pas été triste de ne pas réussir à pleurer. Et je n’en ai rien eu à faire que ça attriste ma mère. J’aime à ma manière…

Elle s’assied à côté de Calvin, en face du vieux couple.

 

6

 

Calvin : Un gamin a besoin de parents. Vous n’avez pas été là, même quand j’étais au fond du trou. J’étais mentalement malade. Je pouvais pas émerger seul. Mais vous m’avez laissé couler tout en me retenant sous l’eau comme pour m’achever. C’est à se taper le cul par terre. Ne venez pas rejeter sur moi vos erreurs d’éducateurs. Tout ce que j’ai fait, c’est essayer de vivre du mieux possible avec les moyens qu’on m’a donnés.

Henri : Si j’avais su qu’un jour je me ferai chier à ce point là avec elle, j’y aurai réfléchi à deux fois avant de me marier.

Claudine : Jamais je ne pourrai savoir ce qui l’a attiré chez moi et même s’il me le disait, est-ce que ça serait encore possible de le croire ?

Henri : A l’époque c’était comme ça, tout le monde se mariait, on ne se posait pas la question, c’était logique, naturel.

On était jeunes, on était naïfs, on croyait qu’une fois mariés ce serait le bonheur pour toute la vie, on nous a laissé croire ça.

Claudine : Est-ce que tu peux me dire ce qui t’a plu chez moi? Est-ce que c’est mon corps qui ta plu?

Henri : A l’époque nos parents ils ne nous parlaient pas à ce sujet. .Aujourd’hui c’est plus simple pour les jeunes générations.

Claudine : Je sens mes rondeurs, tout mon poids posé sur ce siège, je colle, comme une masse. Il me le dit souvent que je suis une grosse masse

Henri : A mon âge, qu’est-ce que je peux faire? Ce n’est pas maintenant que je vais refaire ma vie avec une autre

Claudine : Il n’avait qu’à s’en trouver une autre avec sa moustache, depuis des années je trouve ça écœurant. et moi, je ne dis rien

Henri : J’ai 63 ans et j’en ai marre des Baléares, si j’avais su que je me ferai les Baléares tous les 3 ans et que ça me ferait aussi chier…

Claudine : C’est écœurant tous ces gens qui transpirent, ratatinés sur leurs sièges à attendre avec cette chaleur il y a des odeurs dans l’air je suis sûre que ça sent mauvais et que personne ne le remarque mais je peux rien dire, je sue moi aussi, même moi peut-être je sens, c’est sûr.

Henri : Et là encore les Baléares, mais là j’en peux plus, quoi qu’elle en dise, c’est la dernière fois !

Claudine : Oui, j’ai pris du poids, je dégouline de sueur mais on est des gens comme tout le monde pas mieux que les autres et ce n’est pas pour ça que je dois me laisser traiter de grosse masse.

Spot lumière sur  le couple qui se lève et danse amoureusement un slow sur « Laisse-moi t’aimer… » Le spot s’éteint, on revient à l’éclairage normal. Calvin continue son monologue, toujours adressé, semble-t-il à Claudine.

Calvin : Elle vit dans son putain de monde. T’es une ignorante, ouais. Ton âge mental dépasse pas les 10 ans. T’as passée ta vie entière à te faire soumettre comme une chienne, parce que t’as jamais été foutue de faire un choix par toi-même pour te sortir de cette existence de merde que vous m’avez imposé. Merde, ils ont jamais pu se blairer, pourquoi vous avez fait des gosses ? Je comprends pas votre putain de problème.

Un vide… Voilà ce que contient sa boite crânienne. Comment des cinquantenaires peuvent faire preuve d’aussi peu d’intelligence, d’introspection et de sagesse. Évidemment, à force de gober du Marc Lévy et Plus belle la vie chaque soir, faut pas s’étonner. Raclures.

 

7

 

Du côté du portique de contrôle on s’agite. Un homme entre (on le voit surtout de dos, il a un bonnet, un blouson.)

L’homme : Je cherche Lola

Le contrôleur : C’est qui ?

L’homme : Une femme avec une valise, une valise comme celle-ci.

Le contrôleur : Oui.

L’homme : Elle est où ? Elle doit pas être loin. Elle est jamais très loin de sa valise.

Il ricane. Vous l’avez arrêtée ?

Le contrôleur : Oui

L’homme : Elle est où ?

Le contrôleur : Enfermée.

L’homme : Vous avez bien fait, elle est folle. Il ricane. Je peux la récupérer ?

Le contrôleur : Quoi ?

L’homme : La valise

Le contrôleur : Non, c’est une preuve.

L’homme : une preuve de quoi ?

Le contrôleur : Au cas où.

L’homme : c’est vrai. Et la femme, c’est combien la caution ?

Le contrôleur : Vous êtes prêt à payer ?

L’homme : Ouais. C’est combien ?

Le contrôleur : On peut s’arranger

L’homme le regarde fixement.

L’homme : Ah ouais ?

Le contrôleur : Oui

L’homme : Combien ?

Le contrôleur : Rien. Juste un homme. Il y a un homme qui m’attend qui me surveille qui me guette qui me regrette déjà peut-être

L’homme : où ?

Le contrôleur : Chez moi.

L’homme : Chez vous ?

Le contrôleur : Chez moi

L’homme : Depuis longtemps ?

Le contrôleur : Oui

Silence

L’homme : Ce sera plus cher, il faudra me rendre la femme et la valise qui va avec.

La valise s’agite et tombe.

Lola : Aïe !

L’homme : La valise a dit : «Aïe ! »

Le contrôleur : Oui. Non.

L’homme : Ouvre-là !

Le contrôleur : Pas ici.

L’homme : Bon, je prends la valise, si j’ai la valise, j’ai la femme.

Le contrôleur : oui. Elle vous sera utile. Elle est grande, on peut y mettre un homme.

Ils se regardent. L’homme sort d’un coup avec la valise. Vide.

 

8

 

De son côté, Zabel se laisse glisser du banc, s’assied par terre. Un temps

Sébastien : Je vous dérange ?

Zabel : Nan, je pionçais … Qu’est-ce qui se passe ? Ca reprend ?

Sébastien : Rien de neuf ! Je venais juste pour … Alors ils ont fait de l’effet ? Il lui montre une boîte de cachets dans la main, elle fait signe que non. Oh ! Désolé ! Euh… j’ai regardé les informations dans la salle d’embarquement, hallucinant ! Un glacier qui explose ! Ils ont paraît-il une éruption volcanique tous les quatre ans en Islande…Faut vivre avec ça ! Moi, en 2003, j’étais près d’Alger quand il y eu le tremblement de terre…

Zabel : J’ai envie de dégueuler

Sébastien : Tenez, prenez-en un autre maintenant et un dans la soirée, ça devrait aller mieux

Zabel se lève en prenant le cachet… : Et je vais me bousiller le dos ! Elle fait quelques mouvements et s’accroupit. Ça devient mortel ! Savent toujours rien ! Vous trouvez pas que ça pue … les gens jettent n’importe quoi dans les poubelles !

Sébastien :

Tenez, buvez…

Zabel : Merci. La nana avec  son caddie de nettoyage ! C’est comme si elle pissait dans un violon, vous croyez pas ! Regardez-la, elle a l’air complètement égaré ! Avec tout ce bordel, tu m’étonnes…

Jocelyne : Je dois prévenir Manu. C’est le protocole. En cas de contretemps, toujours prévenir Manu. Aujourd’hui c’est mon dernier jour. Et c’est aussi l’anniversaire de Maïté.

Faut prévenir Manu. Manu c’est la sécurité. Pas prévenir la police. La police c’est pas la sécurité…

Moi aussi, j’ai eu un bébé. Un bébé à moi. Pas longtemps. Il a pas eu le temps de naître. Après on a tout essayé avec René pour avoir un petit à nous. Les médicaments, les prières, les dons. Rien à faire. La nature a pas voulu. René, il disait « on est bien comme ça tous les deux ». Je savais bien, qu’au fond, il m’en voulait. Longtemps, il a joué au foot avec les trois garçons de Maïté. Longtemps, il les a emmenés à la pêche. « Pour pas que ça se perde » ou alors « pour soulager les parents » il disait René. Moi je savais bien qu’il en pinçait pour les trois petits gars de Maïté. Il m’en a toujours voulu René. Il a toujours pensé que c’était de ma faute.

Jocelyne continue son chemin en direction des services de sécurité.

Sébastien : Au fait, merci à vous ! J’ai pu appeler, c’est bon !

Zabel : Service.

Sébastien : J’attendais des nouvelles

Zabel : Mmmhh

Sébastien : Il ne faudrait pas que j’aille à Constantine…

Zabel : Ah !

Sébastien : Ouais, parce que … Non, mais je vais pas vous embêter avec mes histoires…

Vous permettez ? Je m’accroupis un peu près de vous … Ca fatigue de ne rien faire !  (sonnerie de téléphone) C’est le vôtre cette fois-ci

Zabel : Oh non !

Sébastien : Quoi  ?

Zabel : (à Sébastien) La famille ! (elle se tourne ) Salut tata… Ama ? Non tata, Ama c’est pour là-bas, il y a longtemps…Moi je préfère tata, c’est ce qui se dit ici…Mais tantine, faudrait commencer à t’y faire, t’es en France depuis 30 ans, alors t’es française… Eh ! Je te charrie, tata ! C’est bon ! C’est pour ça que tu m’appelles ? Papa m’a déjà fait tout un sketch, je sais pas si je serai là… Et alors ? Arrête! Arrête de penser à ma vie ! … Je t’aime bien, tatounette,  si tu veux faire une fête avec les cousins de là-bas, fais-la ! …  Si suis pas là, je les verrai une autre fois… Si, c’est comme ça …Je t’entends plus, ça va couper… Coupé !… Putain ! Elle me flingue !

Sébastien : La famille, hein …

Zabel : La sœur de mon père, je vous dis pas… Là, je suis contente, je vais mettre des milliers de kilomètres entre elle et moi, c’est bien !

Sébastien : Vous lui avez pas raconté ce qui se passait ?

Zabel : Oh là, non ! j’y serai encore ! De toute façon elle regarde pas la télé, la seule chose qui l’intéresse c’est de caser sa nièce

Sébastien : On choisit pas sa famille….

Zabel : Vous en avez une, de famille, vous ?

Sébastien : Oui. C’est mon ex- femme qui m’a appelé tout à l’heure, … à propos de mon fils, enfin notre fils, il a 5 ans, et on vient de nous apprendre que…enfin elle me confirmait que…

Zabel : Vous avez un fils ?

Sébastien : Eh oui, et il a attrapé une saloperie, une vilaine…

Zabel : Ah ! Désolée !

Sébastien : Non, c’est moi…

Zabel : Eh ! Là-bas, ça s’échauffe on dirait, y’a quelqu’un par terre, non ? ! Vous devriez peut-être…

Sébastien : Ah oui ? …

Zabel se lève d’un coup, se met à boxer l’air autour d’elle : Merci Docteur ! Qu’est-ce qu’ils ont à me zyeuter ces deux vieux ! Je me tiens mal c’est ça ? Ça leur troue le cul ? Sont là, bouffis d’ordinaire, avec leur tête de gondole à Carrefour ! Et elle, qui s’esclaffe devant l’affiche… Ah ouais, les Baléares, quel dépaysement ! Eh lui, il a l’air d’un gagneur de loto ! Grave !

Sébastien : Vous êtes un peu vache, vous… ! Bon, je vais faire le toubib, je reviens.

 

9

 

Devant la boutique, on a installé des tables et des chaises, comme sur une terrasse de café. Jérémy est venu s’attabler. Personne pour le servir, il s’assoupit. Arrive une femme d’une cinquantaine d’années. Elle doit le déranger pour s’asseoir.

Béatrice. Excusez-moi… Excusez-moi.

Jeremy ouvre les yeux puis se redresse.

Jeremy. Pardon.

Béatrice. Merci. Silence. Elle s’assoit en face de Jeremy, sort un livre et le pose, puis après un moment recommence à lire, le repose.

Jeremy. Sujet difficile.

Béatrice. Comment ?

Jeremy. Votre livre.

Béatrice (montrant le titre). Ah oui, le deuil.

Jeremy. Ça change des romans de gare.

Elle le regarde sans qu’on sache ce qu’elle pense.

Béatrice. C’est un peu inhabituel vous voulez dire ?

Jeremy. Vous êtes psychologue ?

Béatrice. Non je suis veuve.

Jeremy. Moi aussi… Ma copine m’a quitté.

Béatrice. Comment c’est arrivé ?

Jeremy. Un accident.

Béatrice. Ah… Un accident de parcours.

Jeremy. Pourquoi vous dites ça ?

Béatrice. Un accident, quel accident ?

Jeremy. Oui un accident, tous les jours il y a des accidents, des gens se tuent pour avoir voulu vivre heureux et puis ils ont vu que ça marche pas alors ils ont pris les virages serrés, ils ont essayé de faire passer la moto par des chemins de plus en plus étroits, tordus, tortueux et torturés, ils se sont torturés eux-mêmes, se sont contraints à rester là sur la route sans voir que celui qui les accompagne n’est plus là, ou qu’il n’y a jamais été, ou qu’ils s’en foutent, là ou pas là c’est pareil…

Béatrice. Elle est morte ?

Jeremy. Pourquoi ?

Béatrice. Elle va bien alors ?

Jeremy. Ça, je ne peux pas le savoir, je pense, elle est libre, pas morte, voilà c’est un accident qui l’a libérée, pas tuée, en fait c’est peut-être avant qu’elle était morte ? Maintenant Virginie vit. Je vous vois venir : vous allez dire Virginie ? C’est un joli prénom Virginie

Jeremy regarde Béatrice attentivement.

Jeremy. En tout cas c’est plus de votre âge que du mien d’être veuve.

Béatrice. Ça ne vous va pas si mal non plus. Ça  vous met en forme on dirait.

Jeremy. Vous trouvez ?

Béatrice. Comment vous avez rencontré Virginie ?

Jeremy. En la piquant à un type dans un café.

Béatrice. Pas cool pour lui.

Jeremy. Il ne l’avait pas méritée.

Béatrice. Que vous lui piquiez Virginie ?

Jeremy. Non il n’avait pas mérité Virginie.

Silence.

Jeremy. Après tout, ça ne vous regarde pas ?

Béatrice. Vous venez de me rencontrer moi aussi dans un café, décidément c’est une habitude. Du coup vous pouvez bien me raconter un peu cette rencontre aussi.

Jeremy. Vous pensez être l’histoire suivante ?

Béatrice. Pas cette prétention. Mais comme vous voulez. Silence. Un temps.

 

10

 

Coloquinte pose son magazine, se lève, fait les cent pas.

Coloquinte : Si t’avais pas été toi

T’aurais pas fait ça comme ça

Si j’avais pas été toute pareil à toi

Ça t’aurais pas fait ça

Mais peut-être que c’est que moi qui t’as fait ça ?

Moi je savais pas vraiment à ce moment ou je sais pas

Mais toi tu savais bien

Alors pourquoi toi comme ça avec ce que t’étais à moi ?

Tu m’aimais pourtant très bien

Et si moi je l’avais pas pris comme ça

T’aurais peut-être jamais eu ça ?

Parce que moi je l’ai eu que pour toi

Parce qu’avant je savais pas

Alors moi ça devait aller

Ça aurait dû aller après

Ça devrait aller là

Mais pourquoi toi ça t’as fait ça ?

Alors que tu savais comment m’aimer

Et pas que toi en moi comme ça

Qui t’as mis si loin de toi et de moi

Je t’aurais pas fait ça si t’étais pas toi

Alors pourquoi que toi tu me l’as fait à moi ?

Qui ne savait pas que ça te ferait ça…

Le soleil traçait sa courbe jusqu’à revenir sur l’horizon, la nuit lentement tombait et seule, assise sur la plage, je me voyais ressasser et m’éloigner de moi comme si c’était lui qui s’éloignait, de plus en plus petite, jusqu’à ne plus parler, jusqu’à ne plus que babiller puis vagir et m’éveiller.

 

11

 

Devant la boutique, sur la terrasse, la conversation reprend.

Jeremy. Alors, je vous raconte.

Je suis dans un café, c’est le matin. Il y a un type à une table.

Effet de lumière tamisée de bar.

Le type. Un café s’il vous plaît.

On lui sert le café. Entre une fille, Virginie. Elle s’assoit à une table voisine du type, mais de sorte qu’elle peut voir Jeremy. Elle se tourne vers le type

Virginie. Vous avez du feu s’il vous plaît.

Le type. Oui.

Il sort un briquet et tend la flamme à la fille qui n’a sorti aucune cigarette. Le type lui tend aussi une cigarette.

Virginie. Excusez, je ne voulais pas abuser.

Le type. C’est la maison qui offre.

Virginie (allumant sa cigarette à la flamme). Merci.

Silence.

Virginie. Moi c’est Virginie.

Le type. Franck.

Virginie remarque Jeremy.

Virginie. Je n’ai pas beaucoup de temps. Vous… vous passez souvent des annonces ?

Le type. Assez…

Elle se lève.

Le type. Non, mais je…, enfin vous partez ?

Virginie. Oui je viens de penser que je dois y être à l’avance, aujourd’hui tous les trains ne circulent pas.

Le type. Mais attendez, vous avez une adresse ou un téléphone ?

Virginie. Donnez-moi le vôtre, on pourra se revoir ici, excusez-moi mais je dois y aller.

Le type. Ok voilà. [Il griffonne sur la nappe en papier.]

Virginie. Merci à bientôt alors.

Elle sort en fumant sa cigarette et jette un regard à Jeremy.

Le type. A bientôt sûrement ?

Silence.

Jeremy. Vous aviez rendez-vous ?

Le type. Ça vous regarde ?

Jeremy. Peut-être.

Le type. Ça veut dire ?

Jeremy. Moi j’avais rendez-vous.

Le type. Et qu’est-ce que ça peut bien me faire ? D’ailleurs si on vous dérange [montrant la salle] allez prendre votre rendez-vous ailleurs.

Jeremy. Non j’avais rendez-vous là juste avant.

Le type. Ça m’intéresse ?

Jeremy. Avec cette fille.

Le type. Vous aviez rendez-vous avec cette fille ? Et bien c’est moi qui l’ai eue.

Jeremy. Vous avez eu le rendez-vous, pas la fille.

Le type. Écoutez moi bien, j’ai rencontré cette fille, pas vous, c’est clair non ? Vous êtes dans l’ombre là, et maintenant vous réclamez ?

Jeremy. L’ombre.

Le type. Quoi l’ombre ?

Jeremy. L’ombre de moi-même…

Le type. Vous sortez d’où pour me faire des leçons de propriété ?

Jeremy s’approche de la table du type.

Jeremy. Vous permettez ?

Le type. Vous ne manquez pas de culot, vous voulez me piquer ma table maintenant ?

Jeremy. Je devais rencontrer cette fille.

Le type. Vous la connaissez ?

Jeremy. Peut-être.

Le type. Et pourquoi vous n’avez rien dit ?

Jeremy. Je ne sais pas.

Le type. Ce n’est pas de chance.

Jeremy. Je crois que je connais cette fille.

Le type. Vous aviez peut-être un rencard de petite annonce vous aussi ?

Jeremy. Qui sait.

Le type. Vous vous foutez de moi ?

Jeremy. Non, mais je sens que nous devions nous rencontrer, ça peut arriver les intuitions non ?

Le type. De toute façon vous n’avez rien dit donc vous avez perdu.

Jeremy. Vous voulez un café ? Garçon deux cafés !

Le type. Décidément vous décidez pour moi !

Jeremy. Je vous offre un café.

Le type (hésitant). Merci.

Silence, les cafés arrivent, ils tournent les cuillers dans les tasses.

Jeremy. De toute façon je ne suis sûr de rien.

Le type. Sûr de quoi ?

Jeremy. Qu’elle m’intéresse.

Le type. Vous le sauriez si vous la connaissiez. Est-ce que vous la connaissez ?

Jeremy. Je ne suis pas sûr, pas à cent pour cent. Une impression, quelque chose de flou.

Le type. Et si vous ne la connaissez pas ?

Jeremy. Alors elle ne m’intéresse pas.

Le type. Autrement dit je dois déposer un dossier en trois exemplaires et attendre pour savoir s’il y a antériorité ?

Jeremy. Vous ne pouvez pas me refuser la possibilité de revoir, … c’est peut-être une vieille relation, une chance extraordinaire que je tombe sur quelqu’un que je connais essentiellement et vous, vous gâchez tout ! On fait un marché : si elle ne me reconnaît pas, rien ne ce sera passé. Je n’ai pas d’autre moyen que de passer par vous, jamais je ne la retrouverai une deuxième fois.

Le type. Je vois la scène : bonjour voilà un homme qui vous connaît peut-être mais j’espère qu’il se trompe !

Jeremy. Faut pas le prendre comme ça.

Le type. Ah.

Jeremy. Il faut que je sache si elle va me reconnaître sans que je ne lui dise rien.

Le type. Alors la prochaine fois faites du bruit au lieu de rester prostré dans votre coin, il faut savoir ce que vous voulez.

Jeremy. J’ai trop changé, elle ne peut pas me reconnaître si vite non plus.

Le type. Vous êtes scénariste, vous cherchez l’équation impossible !

Jeremy. Non non, simplement il faut que je puisse lui parler.

Le type. Seul ?

Jeremy. Pas nécessairement, et puis ne soyez pas jaloux comme ça !

Le type. Si je suis jaloux, vous faites rire le monde vous, moi je ne sais pas. Avec toutes vos histoires vous êtes capable de l’emballer avant que j’ai ouvert la bouche pour nous présenter.

Jeremy. Voilà, exactement, vous allez nous présenter, c’est ça !

Le type. Ah mais je rêve ! Vous me payer combien pour tenir le rôle ?

Jeremy. Ne soyez pas stupide, vous n’avez qu’à dire que je suis un vieil ami …

Le type. Encore ! Vous n’avez que des vieilles relations !

Jeremy. Rigolez pas, c’est peut-être important.

Le type. Ça ne me rassure pas.

Jeremy. Vous n’allez pas recommencer.

Le type. Ok, donc je vous présente comme un ami, admettons, mais pas forcément un vieil ami. Sinon j’entends déjà les questions : et où est-ce que vous vous êtes connus, à l’école primaire, etc, etc ?  Les questions de femmes …

Jeremy. Non, après tout va aller très vite : ou bien elle ne me reconnaît pas et on se quitte, …

Le type. Ou bien ?

Jeremy. Rien, je ne sais pas on verra.

Le type. Mouais, …

Jeremy. Allez topez là, qu’est-ce que vous risquez ?

Le mobile de Jeremy sonne. Il sort le téléphone mais ne répond pas.

Béatrice. Et vous l’avez rencontrée ?

Jeremy. Oui. Enfin je vous passe les détails elle revenue quelques jours après on a bu quelques verres avec le type, pas mauvais bougre… Et puis je l’ai emballée.

Béatrice. Le type ? Je rigole ! Et, vous la connaissiez donc avant ?

Jeremy. Non bien sûr.

Béatrice. Vous êtres du genre prédateur…

 

12

 

Retour au plein feu du hall. Sébastien arrive, souriant

Zabel : Qu’est-ce qui vous fait poiler ?  Y’a du nouveau, alors ?

Sébastien : Je suis allé discuter avec un gars de la sûreté. Toujours pas de consignes de reprise.  Ils ne savent pas pour combien de temps on a encore à attendre……

Zabel : Et ça vous fait marrer ?

Sébastien : Non, non, ça n’a rien à voir… il y a quelque chose que je viens de débloquer, et ça me fait drôlement plaisir

Zabel : Pour le boulot ?

Sébastien : Non, c’est avec ma banque, quelque chose que je pensais vraiment pas obtenir,

et … Alors ce mal de ventre ? Vous avez pu avaler quelque chose ?

Zabel : Ouais ça va mieux ! Si y’avait pas toutes ces odeurs de merde !

Sebastien : Regardez ! On dirait que ça bouge.

Zabel : Vous parlez d’vous ?

Sebastien : Non,  écoutez ! Les vols pour l’Afrique vont reprendre apparemment, il y a eu une annonce à l’instant

Zabel : Ouais, mais pas pour l’Asie

Sebastien : Vous, c’est Tokyo, c’est ça ? Je connais pas, qu’est-ce que vous allez faire là-bas?

Zabel : Un reportage. J’espère que l’agence aura pu reculer les rendez-vous, sinon… Je suis attendue chez Toshiba demain ! Faut qu’on séduise les fonds de pension, vous savez ces gros fouteurs de bordel… Enfin, quelque chose comme ça.

Sebastien : Ça a pas l’air de vous exciter …

Zabel : Ça se voit tant que ça ? Aujourd’hui  je suis un peu moulue…Mais vous ?

Sebastien : Quoi moi ?

Zabel : Qu’est-ce qui vous excite ? ?

Sébastien : Ce qui m’excite ? Ce que je fais, m’occuper des gens, les missions, les voyages, l’humanitaire…Et puis là,  c’est que j’ai réussi à forcer ma banque à  me suivre sur un coup ! Je voyais vraiment pas d’issue…  J’ai eu l’idée ici ! Je sais pas, c’est juste génial !

Zabel : Putain, le nuage, ça vous inspire !

Sébatien : Peut-être pas que… Vous savez, Zabel quelqu’un comme vous, dans un domaine comme le mien, ce serait super !

Zabel :  Quelqu’un comme moi, quoi ?

Sebastien : Suivre les équipes médicales, quoi, faire une sorte de journal de bord… nous on n’a pas le temps, on répare, on soigne,  l’assistance directe, enfin…

Zabel : Y’a des agences pour ça …

Sebastien : … Et les images qui sont filmées, les media nationaux, ils filment ce qu’ils veulent, ce qu’on leur dit de montrer… Des agences ? Pourquoi pas bien sûr, mais j’me dis que ce serait mieux si quelqu’un nous accompagnait tout le temps, question frais aussi…Vous pour Tokyo, vous parlez japonais ?

Zabel : Non, y’aura des interprètes…mais j’me démerde en anglais…

Sebastien : Sûr que quand on parle la langue, c’est tellement mieux

Zabel : Vous, vous parlez l’algérien ?

Sebastien : L’arabe algérien ?  Oui un peu, à force

Zabel : A force ? Vous avez tout le temps travaillé en Algérie ?

Sebastien : Quand j’étais étudiant, je suis parti pour aider une ONG qui s’occupait des orphelins d’Alger, j’ai travaillé un an avec une pédiatre, j’ai appris l’essentiel, un peu … je suis resté en contact, j’ai encore donné des coups de main, pendant mes congés. Alors c’est venu comme ça, naturellement. Je baragouine, mais je me fais comprendre. Depuis 5 ans, je bosse pour  Solimed Algérie.

Zabel : Vous y allez souvent ? Vous connaissez bien le pays alors ? Comment c’est ?

Sébastien : Difficile de répondre ! Comment c’est ? Entre eux et nous, comment je peux dire, il y a, oui, une certaine proximité, mais aussi beaucoup de colère, de rancœur, alors… Mais ça vous intéresse ?

Zabel : Oui… enfin non, c’est juste pour tchatcher …passer le temps

Le téléphone sonne deux fois. Zabel regarde, ne décroche pas.

Sébastien : Vous répondez pas ? C’est peut-être important …

Zabel : Non, c’est …

Le téléphone sonne une 3e fois. Elle décroche. Sébastien s’en va, la salue d’un geste de la main.

 

13

 

À droite, côté contrôleur de bagages, Lola sort de dessous la table. Le contrôleur sort un bonbon.

Lola : Aïe.

Vous allez me livrer ?

Le contrôleur : Nan

Lola : Je peux m’envoler ?

Le contrôleur : Ils l’ont annoncé.

Lola : Vous voulez pas venir ?

Le contrôleur : Où ?

Elle fait un geste vague.

Le contrôleur : Non.

Elle l’embrasse rapidement sur la joue et s’en va.

 

14

 

Coloquinte est de nouveau assise. Elle regarde un homme qui la dévisage.

Dénommée Coloquinte

De peau très noire

Et tout en chair

Fine et cambrée

Le charme arrogant

Créole

Sans âge

Mais très femme

Avec du chien

Tout en étant généreuse

Et tout en gouaille

Acide

Qui pique un peu

Mais sans faire mal

Et sans prétention

Bien que très attirante

Et l’air aimante

Mais sans gravité aucune

Et tellement libre

Et si captivante

Que ses yeux, ses pupilles le disent

L’infusent et l’inoculent

Toutes grandes ouvertes

Sans ostentation aucune

Elle les promène impudemment

Ces regards

Qui fixent, dardent, ardemment

Mais sans arrogance

Certes un peu d’impertinence

Elle ne sait faire autrement

Toujours un peu cambrée

Tout en finesse

L’air de ne pas vraiment savoir

De ne pas tout à fait réaliser

Mais pas comme une enfant

Car tellement femme

En toute innocence

Qui au fond le sait

Mais sans qu’on arrive à y voir, à savoir

Si elle a vraiment l’air d’en vouloir.

À côté de Colinquinte, Calvin sort de sa bouderie. Il semble toujours s’adresser à Claudine.

Calvin : Tu me rends complètement barjot. Elle ne le voit même pas. Je perds la boule putain. Et bien sûr, c’est moi le problème. Même pas eu le droit de sortir voir mes potes plus d’une fois par semaine, ou d’aller plus loin que le parking jusqu’à 14 ans.

J’en peux plus. Mourir, la solution ? Je fais honte aux suicidaires, même pas le courage de baiser la mort à pleine dent. Le cul, voilà tout ce qui importe. Baiser, si ardemment que des cieux descendraient des Anges et me porteraient vers la lumière faustienne. Et, glisserais-je un doigt dans le cul de St-Pierre.

Henri: Ecoute ça fait déjà cinq fois qu’on va aux Baléares.  Tu ne crois pas qu’on pourrait profiter de l’annulation de ce vol pour changer de destination, y’a des bons prix en ce moment.

Claudine : Quoi ?… On a nos billets pour les Baléares, on est prêts à partir et voilà que Monsieur a une idée lumineuse, Monsieur veut changer de destination. Henri tu n’as jamais rien organisé dans ta vie, et voilà que tu veux subitement partir ailleurs… Et c’est  ça serait quoi ta nouvelle destination ? Henri lève  les sourcils regarde sa femme d’un air méprisant, fait non de la tête et replonge dans son journal.

 

15

 

Près du contrôleur de bagages, l’homme est de retour, s’agite et crie :

L’homme : Elle est là ; je sens qu’elle est là ! (Il crie) Lola !

Le contrôleur : Non, elle est partie.

L’homme, hurlant, furieux : J’ai la valise ! Elle peut pas être bien loin ! Je la tiens ! Lola !

L’homme repart en appelant « Lola ! », mais oublie la valise, le contrôleur la regarde un temps puis quitte le bureau. Reste la valise.

 

16

 

De son côté, Zabel poursuit sa conversation au téléphone.

Zabel : Se parler ? Mais Eduardo, de quoi ? Tu m’as tout dit, dimanche, non ?

-…

Oui, mais tu pars vraiment

-…

On baise plus, d’accord, mais c’est la faute à qui ?

-…

Non, mais pas comme ça !

-…

Si, tu m’quittes

-…

J’compte pour toi ? Pfft, j’compte pas puisque tu pars

– …

Et moi, alors ?

-…

Ma vie, ma vie, qu’est-ce que t’en sais, hein ?

-…                 

Eduardo, s’il te plaît, inverse pas les rôles, hein, c’est pas moi qui me tire

-…

Arrête, j’vais t’plaindre, peut-être…

-…

Oh ben ça c’est la meilleure ! J’te veux pas dans ma vie ? ! C’est toi qui pars ! Tu m’jettes ! Putain, c’est ça que tu m’fais ! T’entends !

-…

Merde ! Tu penses qu’à toi ! Barcelone, Barcelone ! Aller à Barcelone, c’est ton grand truc, eh ben, vas-y !  J’ai mon job ici moi, oui, tu l’sais depuis le début, c’était clair depuis le début entre nous

-..

Comme quoi ? des projets comme quoi ?

-…

Ah, ça y est, on y est, une famille… Fonder une famille, comment tu causes !  merde ! Une famille, barka ! C’est pour les autres, ça ! Pas pour moi ! Faut d’abord que je me fasse moi. Tu le sais. … et puis, merde, on s’est déjà dit tout ça cent fois, tu pars, basta, tire-toi !

-….

Te mêle pas de ça !

-…

Ouais, c’est ça ! Dégage  et oublie-moi !

Elle raccroche.

 

17

 

À ce moment retentit une annonce :

 

¯¯ La compagnie SolAir

nous prie de transmettre le communiqué suivant :

« Nous vous informons que les vols à destination des Seychelles sont rétablis. En raison des risques de crash encourus, le prix des billets est bradé. Nous déclinons toute responsabilité en cas d’accident. Nos hôtesses vous attendent au  guichet de la compagnie». ¯¯

 

Claudine : Eh ben voilà! Tu vois!  Tu voulais partir ailleurs, ça c’est une opportunité!

Henri: Mais tu arrêtes un peu!  tu as entendu l’annonce, il y a des risques de crashs!  Je parlais juste de partir ailleurs , je ne te comprends pas!

Claudine : Henri, je me demande bien si tu m’as  déjà  comprise un jour.

Henri : Tu dis n’importe quoi.

Claudine : C’est toi qui ne capte rien. Ça  fait 40 ans que tu ne captes rien

Henri : Qu’est-ce que tu as ? T’es devenue  complètement folle !

Calvin a remis sa musique à fond. Henri crie :

Henri : Claudine je sais bien que notre couple bat de l’aile mais est-ce que c’est une raison pour…

Claudine à son tour crie de plus en plus fort:

Claudine : Oui c’est  une raison pour, justement, il bat de l’aile. Elle rit nerveusement. Notre

couple  bat de l’aile ! Ah, ah ! ça  c’est  la meilleure ! Voilà  que Monsieur se met à  l’humour  noir…

Un temps, puis ils crient tous deux ensemble :

Henri et Claudine : Je n’arrive pas à  comprendre pourquoi tu ne m’as pas encore quitté !

Calvin : BORDEL, mais vous allez la fermer bande d’abrutis ? Personne n’en n’a rien à branler de votre histoire de cul…

Elle me manque. Je ne sais pas ce qu’est l’amour, mais je sais que je l’aimais. Il me faut une béquille…

En direction de Claudine et Henri :

Je me suis toujours plié à vos attentes et choix. Et maintenant ? Je n’aboutis jamais à rien, jamais rien terminé.

Revenant à lui-même.

Faites que ça s’éteigne. Qui pourra m’aider à opérer la tumeur qui gangrène mon cerveau ?

Jingle. Nouvelle annonce dans le haut-parleur :

 

¯¯ La compagnie SolAir

nous prie de transmettre le communiqué suivant :

« Nous vous informons que l’embarquement à destination des Seychelles est immédiat…». ¯¯

 

 

Claudine se lève, prend sa valise, Henri la suit.

Il se dirige vers la sortie, elle se dirige vers le guichet de SolAir.

Henri : Tu vas où là ? Non mais ça ne va pas, tu es complètement  folle !

Claudine : Je ne suis pas folle,  Henri je pars en voyage, tu viens ou tu restes ?

Henri : Mais je tiens à ma vie moi !

Claudine : On n’a plus la même conception de la vie

Henri : On va pas commencer à philosopher. On nous dit qu’il y a des risques, il est possible que l’avion se crashe, c’est beaucoup trop risqué.

Claudine :  Ca fait des mois que tu m’emmerdes parce que tu trouves que les billets sont trop chers… Eh bien voilà l’occasion !

Henri : Comment j’ai pu passer toutes ces années  avec une… Une…

Claudine : Oui vas-y dis le ! Une bonne fois pour toute! Une quoi?

Henri : Eh bien vas-y, je te souhaite de t’éclater ma chérie, de t’éclater comme une masse, de t’exploser comme un gros tas.

Claudine : Tu n’es vraiment qu’ un pauvre raté, tu n’as qu’à rester à moisir dans ta pourriture de vie.

Elle part à droite, il part à gauche. L’éclairage faiblit, on est en fin d’après-midi.

 

18

 

Le couple et Calvin partis, Coloquinte est seule sur son banc.

Coloquinte : Il ne m’avait pas parlé après m’avoir ranimée, s’était détourné, c’était comme si quelque chose s’était éteint en lui. Je n’étais pas inconsciente, je faisais semblant. Et je l’avais laissé s’éreinter pour me ramener à la vie. Pendant qu’il me massait, je l’avais écouté répéter qu’il ne voulait pas que je meure… et j’attendais qu’il repose ses lèvres sur les miennes, insuffle de l’air dans ma bouche puis qu’à nouveau il me masse le torse, me l’écrase de tout son poids et s’excuse et répète qu’il ne se le pardonnerait jamais si je mourais. Quand j’ai cru qu’il allait pleurer, j’ai inspiré fort, j’ai grand ouvert les yeux, et j’ai crié et je me suis débattue parce que je ne l’aurais pas supporté.

J’aurais voulu qu’il me serre dans ses bras comme il l’avait si souvent fait. Mais il s’était écarté, s’était frottée la bouche avec le dos de la main, puis il était allé se les laver et se gargariser. Quand il s’était relevé pour revenir vers moi, J’avais espéré qu’il allait me gronder, qu’il serait furieux comme l’océan pendant la nuit, avec ces vents qui hurlaient et ces déferlantes qui nous remuaient le ventre, qu’il me crie dessus que je n’avais pas à faire ça.

Je n’étais pas sûr de pouvoir tenir sur mes pieds. Il était passé à mes coté et marchait vers la forêt. Je l’avais rejoint et lui avais dit que maman devait être inquiète. Ça l’avait fait frissonner, comme s’il avait eu très froid – un froid comme on n’en connaissait pas là-bas. Il n’avait pas pu soutenir mon regard. Il ne pourrait plus jamais le faire.

Il ne m’a plus jamais vraiment parlé et moi non plus, je n’ai plus réussi. J’ai voulu, j’ai vraiment essayé. Mais je sentais qu’il avait peur même si ce n’était pas de moi et je voyais bien qu’il faisait attention à tout ce que je faisais, à tout ce qui m’arrivait et qu’il ne voulait pas que je le sache même s‘il ne m’espionnait pas. J’avais envie de lui dire que je l’avais compris. Mais j’avais aussi peur que ça casse cette seule manière de m’aimer qu’il pouvait encore. Et comme à tout ce que je lui disais, il y répondait comme s’il n’y avait plus que ça entre nous, et plus rien de ce qu’il y avait avant, j’avais très peur que si je lui disais que ce n’était pas grave, il n’y ait vraiment plus rien entre nous, même pas ça, et qu’il disparaisse complètement.

Il ne savait pas que je l’entendais pendant qu’il essayait de me ranimer. J’ai triché. Je ne sais pas pourquoi j’étais me baigner si loin. Pas parce que j’avais envie de mourir.  Je me noyais pas vraiment. J’aurais dû lui dire et pas le laisser lentement partir sans plus pouvoir aimer.

Si j’avais réussi à lui dire que j’étais désolée que ça lui ait fait ça, est-ce qu’il aurait pu me reparler, me regarder dans les yeux et me serrer dans ses bras ? Est-ce qu’il aurait pu oublier ça ?

Passe la femme de ménage, un bébé dans ses bras.

Jocelyne : Et si c’était un cadeau ? Et si c’était le bon Dieu qui me l’envoyait ce petit ? Et si finalement, quelqu’un l’avait déposé là pour moi ? Exprès. Maintenant, je vais avoir le temps. René pourra le prendre avec lui à la pêche.  Il sera à nous. Rien qu’à nous. En avoir un à nous.

Jésus Marie Joseph ! Faut que je sorte de c’t aéroport. Faut que je ramène le petit à la maison.

En s’adressant au bébé : « Hein mon Jocelyn. On rentre chez nous ».

 

19

 

Zabel est affalée contre la grille de la boutique, va progressivement glisser, s’étendre sur ses sacs et s’endormir. Sébastien la rejoint au bout d’un moment.

Zabel :

Trouille de puer.

Cocoter suinter

Goutte de sueur, tu vas où … non pas par là

là c’est mon bide, mon bide renfrogné, qui râle.

 

Trouille de ne pas être aimée

toi tu peux aller partout dessous dessus dedans

ouh là là pas par là ! tu trébuches sur mes ondulations, tu butes sur mes crêtes

c’est quoi tout ça, tu te multiplies

cocoter suinter

d’où ça sort ? ça dégringole, ça stagne, ça se mélange

vas-y sue mon corps

je suinte de partout

 

ça colle dans le dos et sur les cuisses ça ruisselle sur mes reins

c’est chaud, c’est bon, c’est à moi, c’est  moi qui suinte

ça va s’étaler  s’insinuer dans les plis former une ligne de crasse  dégager une odeur de pieds sales

pas tout de suite

 

c’est moi qui suinte

tu vas t’insinuer dans mes failles, tu y plongeras ta langue tu boiras mes sucs

je ne bouge pas, sers-toi, je ferme les yeux, tu es là

j’en ai marre

un mur qui s’effrite

un damier

 

me bouscule pas je te dis, arrête cette sirène !

je m’en fous des autres

arrête cette sirène, bordel !

 

Sébastien : Quoi ?

Zabel : Oh pardon !

Sébastien : Eh bien, dites donc, vous quand vous dormez ! Allez, ça repart…

Zabel :  Pardon ?

Sébastien :Tokyo… On vient d’annoncer le rétablissement total des lignes vers l’Asie et l’Afrique, c’est fini…

Zabel se lève s’ébroue, fait trois mouvements

Zabel : Y’a pas eu une sirène ?

Sébastien : Une sirène ?

Zabel : Laisse tomber ! Pardon ! Sébastien, on se tutoie, ok… tu me donnerais ton numéro de téléphone ?

Sébastien : Euh… Volontiers.

Ils notent leurs numéros respectifs dans leur portable

Zabel : Parce que, ben, c’est sérieux cette histoire de bosser avec les équipes médicales ?

Sébastien : Ça vous… ça t’intéresserait alors ?

Zabel : Faut voir, oui,…  la jet set,  le show biz et le Cac 40, j’en ai ma claque…

Sébastien : D’accord ! Faut que je file,  là,  ils sont en train de fermer l’accès de  la 5. On s’appelle quand on est arrivé chacun à destination…ok ?

Zabel : Ouais, ouais, super idée ! On deale ?

Sébastien en train de partir : Comment ?

Zabel : 10 mots de yakusa contre 10 mots du djebbel ! On s’appelle pas avant !

Noir.

 

Épilogue :

Le studio de Jeremy et Valérie. Karl sonne à la porte. Virginie ouvre.

Karl. Tiens tu es là Virginie ?

Virginie. Tu vois.

Karl. Le matin tu plaques Jeremy et le soir tu rentres chez toi tranquillement.

Virginie. Ah ! C’est Jeremy qui t’as raconté ? Et puis, je ne rentre pas tranquillement.

Karl. Qui d’autre m’aurait raconté ?

Virginie. C’est notre affaire.

Karl. Un peu la mienne aussi. Jeremy m’a appelé. Figure-toi qu’il a trouvé quelque chose dans le tiroir et qu’il est parti sur tes traces…

Virginie. Il a trouvé la lettre.

Karl. C’est toi qui l’a écrite, et laissée traîner. Tu l’as fait exprès ?

Virginie. J’ai laissé une trace oui.

Karl. Pourquoi  tu as monté tout ça ?

Virginie. Pour qu’il me suive.

Karl. Quoi ?

Musique. Noir final.

 

 

Espèce d’espace public : le premier Cahier de Turbulences

Date de publication : 24 février 2017

Espèce  d’espace public

Mercredi 22 mars à 16 h

AEDAEN Place, rue des Aveugles :

 

Espèce d’espace public…

Non, ce n’est pas une invitation à  un meeting politique…

C’est le thème qu’aborde le premier Cahier de Turbulences : des auteurs de différents horizons y confrontent leur imaginaire à cette notion abstraite et charnelle à la fois.

Martin ADAMIEC et Pierre ZEIDLER s’emparent de leurs propositions dans une approche alerte, décalée, décapante et ils en donnent des extraits : théâtre, récits, nouvelles, poèmes …

 

Entrée libre.

lecture publique de fin d’atelier d’écriture

Date de publication : 18 janvier 2017

Il suffit d’un nuage

*

Un aéroport le matin : les personnels de service, des usagers, dont certains pas ordinaires, voire surprenants. Une galerie de portraits hétérogènes. Chacun est là avec ses préoccupations, ses plans, mais un phénomène météorologique imprévu les bouleverse en clouant les avions au sol.
Se déroule alors une journée où se mêlent les histoires des uns et des autres, à la frontière entre rêve et réalité, vraisemblance et fantaisie.

*

Il suffit d’un nuage présente le travail de l’atelier d’écriture théâtrale animé pour Turbulences (www.collectif-turbulences.fr) à la Maison des Arts de Lingolsheim par Céline Bernard et Dominique Zins d’octobre 2015 à décembre 2016. L’ensemble est constitué d’extraits plus ou moins complets d’écrits des participants, qui ont accepté de les présenter au public sous la forme d’une lecture le :

25 février 2017 à 18 h
Maison des Arts de Lingolsheim

Accueil à 17 h 30
Entrée gratuite
Durée : 1 heure environ
Accès : Bus n° 15, arrêt Mairie
Réservations : auprès de vos amis et connaissances

Textes de : Alexandra Gaebel, Rachel Geib, Christopher Lapp, Christophe Lyonnet, Alexandre Schmitt, Christiane Sibieude, Soufia Souaï.

Un aéroport le matin : les personnels de service, des usagers, dont certains pas ordinaires, voire surprenants. Une galerie de portraits hétérogènes. Chacun est là avec ses préoccupations, ses plans, mais un phénomène météorologique imprévu les bouleverse en clouant les avions au sol.
Se déroule alors une journée où se mêlent les histoires des uns et des autres, à la frontière entre rêve et réalité, vraisemblance et fantaisie.

Il suffit d’un nuage

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Un aéroport le matin : les personnels de service, des usagers, dont certains pas ordinaires, voire surprenants. Une galerie de portraits hétérogènes. Chacun est là avec ses préoccupations, ses plans, mais un phénomène météorologique imprévu les bouleverse en clouant les avions au sol.

Se déroule alors une journée où se mêlent les histoires des uns et des autres, à la frontière entre rêve et réalité, vraisemblance et fantaisie.

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Il suffit d’un nuage présente le travail de l’atelier d’écriture théâtrale animé pour Turbulences (www.collectif-turbulences.fr) à la Maison des Arts de Lingolsheim par Céline Bernard et Dominique Zins d’octobre 2015 à décembre 2016. L’ensemble est constitué d’extraits plus ou moins complets d’écrits des participants, qui ont accepté de les présenter au public sous la forme d’une lecture le :

25 février 2017 à 18 h

Maison des Arts de Lingolsheim

Accueil à 17 h 30

Entrée gratuite

Durée : 1 heure environ

Accès : Bus n° 15, arrêt Mairie

Réservations : auprès de vos amis et connaissances

Textes de : Alexandra Gaebel, Rachel Geib, Christopher Lapp, Christophe Lyonnet, Alexandre Schmitt, Christiane Sibieude, Soufia Souaï.