Angel blues

Date de publication : 13 décembre 2018

 

Suite à une forte détérioration de la couche d’ozone , de plus en plus d’anges viennent s’échouer brutalement dans nos villes et campagnes , incapables de se maintenir au-dessus des nuées .

Désoeuvrés et désorientés , ils envahissent bistros et tavernes où ils sombrent dans l’alcoolisme , claironnant à qui veut bien les écouter leurs messages célestes.

Leurs postillons avinés appelés poussière d’ange sont sans danger de contamination.

Leur date de péremption se trouve tatouée sous leur bras gauche , juste en-dessous de l’auréole . Un ange périmé est biodégradable , mais ses plumes pures et résistantes sont idéales pour la confection de chapeaux de luxe , par conséquent , évitez de les froisser , surtout avec des histoires salaces . Comme chacun sait , les anges n’ont pas de sexe .

Si certains  particulièrement loquaces venaient à vous ennuyer , ne les envoyez pas au diable , ils sont extrêmement influençables . Valorisez-les plutôt en leur confiant des tâches où ils excellent . Les anges gardiens sont de bonne compagnie et vous accompagnent discrètement dans tous vos déplacements , et les anges exterminateurs vous débarrassent efficacement des cafards sous l’évier .

Si  malgré leurs efforts vos nouveaux compagnons ne vous donnent pas satisfaction, émincez-les , faites-les revenir avec une noix de beurre et flambez-les au marc de Provence .

Ainsi accommodés , ils sont tout simplement divins !

Motivation

Date de publication : 12 décembre 2018

Monsieur,

Par la présente, j’ai l’honneur de poser ma candidature pour le poste de trublion d’entreprise. Je suis sans emploi depuis plusieurs années suite à de nombreux licenciements successifs pour cause de  conduite incompatible avec l’esprit d’équipe, et l’expérience me permet d’affirmer sans hésitation que je suis capable de me faire détester en un laps de temps  record.

Mes points forts sont indéniablement la médisance, la manipulation, le chantage, la subtilisation d’objets et la dissimulation desdits objets dans les affaires d’un tiers et, en guise de cerise sur le gâteau, l’exaspération collective. Par ailleurs, mon cursus universitaire dans diverses facultés me confère des talents variés comme par exemple la confection de boules puantes et de gaz lacrymogène, la rédaction de lettres irrévérencieuses rédigées dans le style propre à la personne à incriminer avec signature imitée à la perfection. Je suis également disposé à effectuer des heures supplémentaires afin d’espionner le personnel de nettoyage, de glisser des objets de valeur dans leurs effets personnels ou de faire disparaître les permis de séjour de certains d’entre eux.

Je vous assure une efficaticé absolue et vous certifie un résultat à la hauteur de vos attentes en temps et en heure. Soyez certains que le jour de la fermeture de votre entreprise, plus aucun salarié ne sera en poste afin d’exiger une prime de licenciement.

Quant à mes prétentions, je suggère un montant raisonnablement calculé par rapport à l’économie réalisée.

Dans l’espoir d’un prochain entretien d’embauche, je vous prie d’agréer, monsieur le directeur, l’expression de mes sentiments les plus pervers.

Nous ne cèderons pas

Date de publication :

Les temps changent…à midi, les sur-travailleurs sous-payés mangent à deux sur une chaise, l’un sur les genoux de l’autre en alternance, la même fourchette passant d’une bouche à l’autre. Une fois à moitié rassasiés, les duos se partagent un café, une cigarette et parlent de la femme et des enfants qu’ils partagent et entretiennent avec leurs deux demi-salaires.

Les épouses, elles, se laissent sexuellement harceler afin d’arrondir leurs fins de mois, et parfois aussi, accidentellement, leurs ventres féconds.

Nous entrerons dans la misère…

Les temps changent, cela se fait de plus en plus sentir. Les services sociaux impriment de plus en plus de formulaires incompréhensibles et inutiles, les fonctionnaires fonctionnent de plus en plus mal, les cancers se généralisent à la vitesse de l’injustice au galop.

Quand nos aînés n’y seront plus…

Mais quoi qu’il en soit, on ira s’encanailler pour 480 euros all inclusive, démonter le moteur du scooter de location à l’heure sereine du couchant sur l’océan, vomir le plateau de fruits de mer décongelé depuis deux semaines. On ira d’un pas solidaire lyncher le chauffeur de la navette qui a revendu nos bagages, gifler les loufiats qui pissent dans le potage, chasser la femme de ménage qui espère se faire violer dans l’espoir d’être dédommagée.

Les temps changent, mais nous ne cèderons pas. Nous nous torcherons avec le catalogue des pompes funèbres et enterrerons pépé dans le jardin à côté du hamster, échangerons un baril de lessive ordinaire contre deux rails de poudre pure et pisserons dans les urnes le jour de la grande mobilisation citoyenne.

Aux larmes, citoyens…

Les temps changent, et moi, je reste le même. Occupé à rêver de 21h à midi, disponible au bistro de 14 à 20h. Je représente la vieille génération émergente, riche d’une longue expérience. Faites-moi penser à changer mes draps de temps à autre, et évitez d’être trop bruyants en faisant semblant de vivre.

Révolution culturelle

Date de publication :

Il faut parfois se résoudre à désapprendre car hélas, le monde, les gens, les choses évoluent. L’escalope-crème-champignons-frites coûtait 17,80 euros ? Elle coûte à présent 19,60. Votre baby-sitter se contentait de 15 euros pour garder vos futurs demandeurs d’emploi ? Elle vous coûtera à présent 25. Votre loyer était de 500 euros avec d’importantes fuites d’eau par le plafond ? Dorénavant vous paierez 700 euros fuites incluses.

Il est fort probable que du jour au lendemain  un fort sentiment d’injustice vous saisisse. Ne vous en faites pas, c’est normal, rien n’est plus désagréable que perdre ses repères, d’errer dans le doute et l’angoisse d’être pris au dépourvu. Vous cherchez une raison à tout cela et vous faites bien si vous ne voulez pas être dépassé par ce que vous ne maitrisez qu’à peine.

La première pensée qui vient à l’esprit dans ce genre de situation est :

Ne serait-on pas en train de se foutre de notre gueule ?

Vous aurez parfaitement raison de penser cela parce qu’effectivement, rien n’est plus normal de nos jour que d’être pris pour des cons.

Nous sommes tous devenus une belle bande de cons féodés et solitaires au lieu d’être inféodés et solidaires, méditez là-dessus au lieu de vous offusquer. Cependant, nous restons citoyens d’une nation privilégiée dont les dirigeants successifs nous ont convaincus de notre spécificité, à savoir libres de dire, penser, faire n’importe quoi.

Mais voilà, une révolution est en marche ! Tout augmente, excepté peut-être notre dignité que nous malmenons tant et plus à force dire, penser, faire n’importe quoi. Réagissons, laissons l’escalope aux champignons et allons camper au sec puisque nous n’aurons plus les moyens de nous loger incorrectement, élevons nos enfants au grain et au grand air, bref, vivons de rien, ou de presque rien si la chance nous sourit ! Laissons les grandes écoles aux nantis, devenons des imbéciles heureux et fiers de l’être, incapables de construire des centrales nucléaires et trop stupides pour nous servir d’un caddie de supermarché ! Devenons de vrais cons, infoutus de créer de la croissance, bras croisés, bras cassés !

Cela dit et pour conclure lamentablement, je me demande avec effroi à quel genre de baby-sitters les générations futures auront affaire…

Vélodrame

Date de publication : 15 juillet 2018

Six heures, heure fraîche où l’occident tout juste sorti d’une douche revigorante prémédite d’ores et déjà ses forfaits plus ou moins lourds de conséquences.
Six heures trente, l’occident se met tout doucement en mouvement, armé de smartphones onéreux aux applications multiples et ridicules qui l’imperméabilisent des fléaux qui frappent le sud misérable.
Sept heures, l’heure de mon café en terrasse sur le boulevard où Mimi toute sourire me sert ma formule pain-beurre-confiture-café-jus-d’orange la queue de cheval au vent et les têtons saillants.
Il y a Mimi et Titine qui se relaient dans la journée, promptent à l’amabilité même envers les chafouins mal réveillés et les ménopausées délaissées qui viennent acquérir leur baguette chaude qui réchauffera un tant soit peu leur humeur glaciale.
Sept heures trente, les premiers écoliers sautillent sur le trottoir, protégés par la loi du 14 mars 2016 vers l’établissement catholique voisin dirigé par leurs prédateurs potentiels protégés eux par un Vatican coupable et insouciant.
Sept heures cinquante-cinq. Un petit retardataire trainaille, visiblement peu motivé par les préceptes décadents d’une doctrine qui au fil des âges éradiqua les monothéismes locaux au profit d’une trinité inquisitrice.
Appelons-le Bébert, notre petit retard-traînard, qui s’éloigne sans se presser. Une matinée comme une autre pour lui, pour moi, pour d’autres, même pour celui qui dans mon dos, tout au bout de l’avenue, sur le trottoir lui aussi, lance son mountain-bike à toute allure, et dont les égards aux piétons se limitent à un ” z’ont qu’à se pousser” puant d’arrogante suffisance. Il fonce, le bougre, les oreillettes de son smartphone bien enfoncées afin d’être sûr de ne rien entendre des insultes qu’on lui adresse sur son passage. Appelons-le Danger-Véloce, ce tueur
au pédalier impitoyable qui s’élance frénétiquement. Bébert, lui, n’est pas encore arrivé à destination, et Danger-Véloce gagne du terrain. Que faire ? Appeler Bébert ? Il est trop loin à présent, il ne m’entendrait pas. Il ne reste guère qu’une solution pour déjouer l’issue fatale, attendre Danger-Véloce et…
Prêt à bondir, je l’attends. Plus que quelques mètres, trois, deux, un…je me dresse, pousse l’affreux malotru vers le caniveau où il va s’échouer après avoir rebondi par trois fois. Bébert me doit la vie, bien qu’il ne le sache pas, mais n’est-ce pas l’intention qui compte ? Danger-Véloce n’est plus, appelons-le Crâne-Fendu, ce corps plié aux oreilles suintant le jus de cervelle loin de son cycle dont la roue avant tourne désespérément à vide. Mimi, attirée par cette agitation temporaire et tragique, s’en offusque :
– Rôôôô, ben mince alors, peut pas mourir ailleurs, ce con ?
– Il allait tuer un gosse, je lui réponds pour ma défense mais également pour me faire pardonner le remue-ménage.
– Ca tombe mal, les éboueurs passent que demain, j’vais en faire quoi jusque là ?
Bonne question, Mimi, qui mérite ample réflexion…De plus le corps inanimé et sanguignolent occupe l’emplacement réservé aux livreurs, il faudrait le déplacer mais en même temps le laisser en évidence afin que la salubrité publique ne l’oublie pas…
– Ok, Mimi, je le mets où ?
Mimi se gratte la tête, puis m’indique l’horodateur voisin.
– Là, au pied du machin, là, de toute façon personne s’en sert, il marche jamais…y a qu’à mettre le vélo de l’autre côté, juste derrière…
Je m’exécute, m’essuie le front, le soleil est déjà haut par-delà les immeubles et me rassieds.
– On dit quoi si les flics déboulent ?, je demande à Mimi…
– Oh, je dirai que je je suis en panne de sacs-poubelle, et pis de toute façon, je les connais, je leur offre un café, et on parlera d’autre chose… et à vous, j’vous en remets un ?, me propose-t-elle avec un clin d’oeil complice;
– Avec un croissant, s’il vous plaît, mais celui-là, je le paierai !
Le café arrive avec le croissant et Mimi…Mimi, ses petit têtons saillants, sa queue de cheval…Je grignote distraitement mon croissant, perdu dans une rêverie où je sauve Mimi d’une meute de cyclistes vindicatifs.
Je reprends mes esprits au moment où un quidam matinal, un touriste probablement, s’approche de l’horodateur défectueux…
– Où allez-vous pauvre inconscient, l’appareil est piégé, vous ne voyez donc pas le malheureux à vos pieds ?
Effrayé, il s’éloigne et je me marre en sourdine. Je paye mon croissant, salue Mimi et me hâte vers chez moi. Dans quelques heures, la finale de la coupe du monde donnera lieu à d’autres manifestations populaires aux conséquences imprévisibles et je tiens à être prêt à y remédier personnellement.

L’amour en carton

Date de publication : 27 novembre 2017

Bien sûr, rien n’était facile, surtout les positions compliquées du Kama Sutra qui auraient nécessité plus d’espace. De même que déguster une boîte de sardines à la lueur de trois bouts de chandelle, mayday, help, au feu !
Pourtant, on arrivait quand même à faire semblant d’être heureux, emmitouflés dans la Süddeutsche Zeitung, l’un des quotidiens européens le plus volumineux, un peu cher peut-être, mais si l’on veut une bonne literie, il ne faut point rechigner à la dépense, n’est-ce pas ?
Bien entendu, à l’exemple de bon nombres de couples raisonnablement amoureux, nous parlions d’avoir des enfants, mais pas avant d’avoir une situation matérielle stable. J’avais, en futur papa responsable, demandé ma mutation dans un quartier plus chic où les cours sont plus spacieuses, et où le vol à l’étalage garantit des récoltes de meilleure qualité.
Hélas, le jour fatal finit par arriver : les exigences de ma jusqu’ici fidèle compagne mirent un terme à notre bonheur. Plus question de progéniture ni de monotonie, elle alla chercher ailleurs ce que je n’étais pas capable de lui offrir et se mit à fréquenter un rémouleur ambulant, fascinée par sa vie aventureuse par ruelles et chemins vicinaux, un rêve d’évasion en quelque sorte, l’ivresse des grands espaces, et moi qui croyais qu’elle me resterait fidèle jusqu’à ce que le scorbut nous sépare !
Pendant qu’elle rémoulait, je déprimais, seul , négligeant notre nid d’amour, confiant mon chagrin à quelque rat de passage.
Les années passèrent et je la revis par hasard dans un cirque comme partenaire d’un lanceur de couteaux sur cible mobile. A défaut d’avoir fait du chemin, elle tournait en rond à la merci de sa moindre maladresse, ô ironie du sort et douce revanche !
A présent que le temps à fait son oeuvre, j’aime à me souvenir des positions compliquées du Kama Sutra, des sardines à la lueur de trois bouts de chandelle et de toutes ces merveilleuses années sans toit.

Mortel trajet

Date de publication :

Je ne souhaite à personne de passer douze heures dans un train assis en face d’un type avec un poignard planté dans la poitrine. C’est désagréable à souhait, on se sent gêné d’être encore en vie, bien qu’il n’y ait plus rien à faire. Pauvre vieux.
Cependant, l’avantage de voyager avec un cadavre, c’est que personne n’ose venir s’installer dans le compartiment. Nous étions donc seuls, lui et moi.
Je me suis surpris plus d’une fois à lui demander s’il ne voyait pas d’inconvénient à ce que j’ouvre une fenêtre, que je pose mes pieds sur le siège à côté du sien, par courtoisie instinctive, par la force de l’habitude. Bien sûr, il ne répondait pas, se contentant de se vider de ce qui lui restait de sang, la langue pendante, les yeux révulsés.
J’en ai certes touché un mot aux contrôleurs successifs, tous m’ont répondu la même chose :
Tant qu’un passager justifie d’un titre de transport, personne n’est en droit d’interrompre son voyage sur le trajet énoncé sur ledit titre de transport, et ce, que le passager soit mort ou vif.
J’ai eu largement le temps de gamberger : soit ce type a été placé dans le compartiment après s’être fait poignarder, soit quelqu’un est venu l’assassiner, soit encore il s’est fait ça tout seul pour être sûr de bien dormir pendant douze longues heures.
Las de me torturer la cervelle, je me suis assoupi. Lorsque je me suis réveillé une heure plus tard, le type était allongé sur le dos, le poignard toujours fiché dans la poitrine, la langue toujours pendante mais les yeux fermés. Bigre, me suis-je dit, ainsi donc les morts ne se retournent pas exclusivement dans leur tombe ?
Une fois arrivé à destination, je me suis mis en quête d’un taxi. Lorsque j’ai ouvert la portière arrière afin de m’y installer, devinez sur qui je suis tombé ?
Veuillez me pardonner cette question saugrenue, comment Diable le sauriez-vous si vous n’étiez pas du voyage ?

Confession lyrique

Date de publication : 10 août 2017

C’est beau un camion qui soulève un nuage blanc dans une zone industrielle un lundi soir à l’heure de pointe sur une départementale encombrée !
Moi , j’aime la poésie du quotidien lorsque j’attends le bus à dix-neuf heures précises après les premières heures supplémentaires hebdomadaires non payées et non compensées…Un soir , j’ai failli me faire enfermer par la femme de ménage ; héééé , j’ai crié , ouvrez-moi , et elle m’a ouvert à condition que je ne dise à personne qu’elle était partie plus tôt la veille . Promis , j’ai dit , mais elle m’a fait jurer sur la tête de ma mère , mais j’ai pas voulu jurer sur la tête de ma mère parce qu’elle est morte et ma belle-mère est une salope alors j’ai juré sur la tête de mon Labrador qui a une bonne tête et qui est fidèle et après elle m’a enfin ouvert . J’ai dit merci , mais pour le bus c’était râpé . Putain de métèque , j’ai pensé , mais tout de suite après je me suis repentie auprès de la Sainte Vierge à genoux sur la banquette de l’abri-bus la figure contre le plan du réseau. Un plan de réseau c’est pas très mystique mais c’est chouette quand-même : rose , vert , bleu avec des lignes qui vont dans tous les sens . Les gens devraient prier plus rien que pour admirer les plans de réseau , m’enfin bon , il y a des gens comme ci et des gens comme ça mais moi de toutes façons je suis spéciale et j’aime la poésie . Quand j’étais ado , j’avais un correspondant dans l’Eure-et-Loire et on s’écrivait des poésies . Tenez , je m’en rappelle d’une :

J’aime te tenir la main
Du soir au matin
le matin plutôt que le soir
car le soir il fait tout noir

Et lui m’a répondu :

un jour j’irai où tu habites
Pour que tu me suces la bite
On partira tous deux en Afrique
Pour que tu me branles la trique

Moi j’ai trouvé ça pas mal qu’il me réponde , ça prouve que j’ai du talent , ben ouais , c’est pas évident de faire des vers , tenez , et celui-ci :

Je pose mon mouchoir
sur mon nez en forme de poire
Avant de dans les bras de Morphée choir
Et ronfler comme un loir

Quatre jours plus tard , j’ai reçu une lettre d’Eure-et-Loire qui disait :

Sacré bon Dieu de gonzesse
je fantasme sur tes fesses
De m’écrire jamais ne cesse
puisse-je un jour tes seins caresse

Cela aurait pu continuer longtemps comme ça si je n’avais rencontré Rodolphe . Rodolphe , c’était le chouchou du prof de maths et moi j’étais nulle plus nulle tu meurs . Un jour Rodolphe m’a dit pendant l’interclasse :” Huguette , vous avez un je-ne-sais-quoi qui m’intrigue…” et moi j’ai répondu que si c’est à cause des trois poils sur le grain de beauté au coin gauche de ma bouche , il n’y a pas de problème , ça peut s’arranger . Les trois poils et le grain de beauté , je les ai toujours , mais Rodolphe , c’est une vieille histoire.
Bref , un jour j’ai invité Rodolphe pour le café un dimanche en début d’après-midi et on est allés dans ma chambre . Maman était au rez-de-chaussée en train de crever de son cancer et papa promenait ma future belle-mère dans la nouvelle voiture achetée avec les économies de ma mère . Juste pour dire qu’on était tranquilles dans la mansarde . j’ai mis le dernier Pink Floyd et un bâton d’encens et j’ai défait mes cheveux . Rodolphe m’a regardée , a enlevé ses lunettes rondes et a murmuré : “ Huguette, où en êtes-vous avec votre cycle ? “
j’ai trouvé ça bizarre qu’il s’intéresse tout d’un coup à mon vélo , mais j’en ai déduit qu’il était plus sportif qu’il en avait l’air . Je me suis dit bon allez pourquoi pas et je lui ai répondu que j’attendais la visite de mon cousin pour le remettre en état de marche et là , Rodolphe a eu l’air choqué : “ Huguette , vos rapports sont à la limite de l’inceste ! “ Je n’ai pas très bien compris ce qu’il voulait dire et j’ai essayé de le rassurer en lui promettant que tout serait bientôt en ordre , qu’il suffisait de graisser la chaîne et le plateau avec un produit spécial afin que le pédalier cesse de se gripper . Il a souri d’une drôle de façon en faisant les cent pas . Moi , j’étais là comme une grue les cheveux à moitié défaits et une barrette dans la main . Après , il s’est mis à me parler des zones érogènes et d’autres trucs biscornus et pendant qu’il parlait , je suis allée chercher les lettres de mon correspondant de l’Eure-et-Loire .Il a remis ses lunettes et s’est mis à lire , et plus il lisait , plus il devenait sérieux , et plus il devenait sérieux , plus il rougissait , et plus il rougissait , plus sa braguette enflait . Il s’est tourné vers moi embarrassé et m’a dit en bégayant : “ Pardonnez-moi Huguette , je crois que je vais éjaculer ! “ C’est pas grave , j’ai dit , je ne veux pas prendre votre temps , mais si vous voulez rester , vous ne me dérangez pas…
Après ça , Rodolphe s’est détourné de moi et j’en ai conclu que c’était la faute à l’autre hurluberlu de l’Eure-et-Loire et j’ai cessé de lui écrire. Ca ne l’a pas empêché de m’adresser une dernière lettre pour me demander ce qui se passait et je lui ai répondu que j’avais perdu son adresse . c’était pas vrai , vous vous en doutez bien !
L’année suivante , je suis entrée en apprentissage chez un grossiste en produits surgelés et c’est de là que viennent mes plus belle poésies . il y avait monsieur Bertrand avec son bec de lièvre , mademoiselle Hildegarde , une Allemande de l’est qui aimait le feuilleté jambon-fromage , et bien sûr Marcel Rouffinaud , fondé de pouvoir de la boîte et neveu du grand boss . Fondé de pouvoir , ça m’impressionnait , ça sonnait un peu comme “touché par la grâce” , mais j’ai bien vite compris que ce n’était pas le cas et qu’il était surtout touché par la grâce du beau sexe dans les recoins des cabinets et du poste de secours.
j’ai passé cinq ans avec eux et il s’en sont passées des choses pendant tout ce temps ! Monsieur Rouffinaud a été condamné pour pédophilie aggravée , mademoiselle Hildegarde s’est fait avorter de monsieur Bertrand , monsieur Bertrand est devenu chef du personnel et moi je me suis retrouvée à la porte pour avoir égaré mon test de grossesse dans une chambre froide quelques temps après mon entretien avec monsieur Bertrand à propos de mon embauche définitive.
Ce n’était pas plus mal , finalement , j’ai touché le chômage quelques mois , ce qui m’a permis d’imprimer quelques poésies sur les presses du bulletin paroissial . “ Lâches passions et pulsions glaciales “ ça s’appelait . Le recueil a été tiré à trente exemplaires et j’ai gagné soixante euros . je ne sais pas comment ça s’est su , mais toujours est-il que l’assédic m’a supprimé mes allocs sous prétexte que je n’avais pas déclaré mes bénéfices !
Depuis , je travaille chez un petit éditeur de cartes postales dans la zone industrielle nord en face d’une gravière avec l’arrêt de bus juste en face du portail . j’aurais pu tomber plus mal mais j’ai eu de la chance , tout à l’air si magique ici : les gros camions dans leurs nuages de poussière , l’abri-bus avec son plan de réseau féérique et la cacophonie des avertisseurs aux heures de pointe… Ah vraiment , c’est la retraite idéale pour une artiste de vingt-deux ans qui a pas mal roulé sa bosse….

Rap au port

Date de publication : 13 janvier 2017

Sortir de la mouise qui nous mine et nous squeeze
Cracher la vie foncer à plein pot jouir à gogo
C’est nous les jeunes les punks les tarés du rap et du funk
La chance c’est pas pour nous OK tant pis mais on s’en fout

Avec leur belle cravate veston chaussures d’chez Armani
Ils tracent des plans sur la comète partout mais pas ici
C’est quoi messieurs mesdames qui vous défrise la mise en plis ?
Ca vous déprime tant qu’ça quand la France d’en bas pousse un cri ?

Rap au port, rap au port rap au port du Rhin
On danse on bouge on rit et on vous salue bien

On voudrait bien bosser mais quand on dit qu’on vient du port
C’est la panique c’est tout juste si on nous fouille pas d’abord
Délit d’sale gueule désolé mecs z’êtes pas vraiment raccord
Faut croire qu’un jour une fée salope nous a jeté un sort

Partout on entend dire qu’avant c’était vach’ment sympa
Les vieux nous font la gueule ça les emmerde qu’on soit là
On voudrait nous aussi faire quelque chose de nos dix doigts
Montrer à ces ringards qu’on est des mecs et pas des rats

Rap au port, rap au port rap au port du Rhin
On danse on bouge on rit et on vous salue bien

Rap au port, rap au port rap au port du Rhin
On est les Indiens d’ici et on vous salue bien

Bienvenido al Puerto Rhino

Date de publication : 15 décembre 2016

Neuhof Elsau Musau c’est pas très bobo
Meinau c’est pas vraiment tellement plus jojo
mais dis-donc dis-moi mec qui es-tu pour juger ?
on vit pas dans des ghettos faut pas déconner !

tiens j’vais t’causer un peu de notre paradis
à l’autre bout d’un bled app’lé Strasbourg-city
on crèche au bord du Rhin pas loin d’la Germanie
on fait tell’ment pas d’vagues qu’souvent on nous oublie

cabeza bien alta querido amigo
bienvenido al nostro Puerto Rhino

pourtant on raconte ci et ça et n’importe quoi
mais crois-moi mec le mieux c’est d’croire que ce qu’on voit
au lieu de fantasmer sur tout ce qui n’existe pas
viens plutôt faire un tour sur not’ Costa Brava

bien sûr c’est pas l’club’med on fait avec c’qu’on a
ça manque un peu d’ferraille des touristes y en a pas
alors on rêve devant le café du matin
chez Hassan Abdel Zarah ou à comm’au Rhin

cabeza bien alta querido amigo
bienvenido al nostro Puerto Rhino

Jaunes Blancs Beurs Blacks Métissés ou Alsacos
on aime bien rigoler même si y a pas d’boulot
on tue le temps sinon c’est le temps qui nous tue
parait qu’dans l’temps y avait d’l’ambiance dans chaque rue

mais rien n’sert de pleurer on est bien sur notre île
même si on nous r’garde de travers au centre ville
c’est vrai qu’la ville on y va pas vraiment souvent
viv’ment le tram pour changer d’air de temps en temps

cabeza bien alta querido amigo
bienvenido al nostro Puerto Rhino