Manifeste, suivi de cinq poèmes momo

Date de publication : 3 mars 2018

Bonjour, ceci est le premier manifeste connu et reconnu de et par moi-même d’un phénomène nouveau survenu il y près de deux ans et une nuit, au cours de laquelle un curieux personnage vint me visiter afin de me révéler à moi-même. Dieu merci, ce curieux somnambule n’était autre qu’un de mes nombreux egos ; je le reçus donc avec une indulgence évidente malgré l’heure plus ou moins tardive et lui/me servis un Isley convenablement iodé, après quelques verres duquel je décidai de me tutoyer afin de maximiser au mieux l’entretien décisif que nous avions, lui/moi et moi/lui convenu de nous accorder. Nous/je me/nous m’égarai/âmes…
On va simplifier, au Diable la courtoisie, il est question de moi et de personne d’autre, merde, quoi !
Je reprends d’un peu plus haut…je me suis levé la gorge sèche, me traînant vers la salle de bains, seul, fort heureusement, car mon petit ensemble nocturne de célibataire névropathe se compose intemporellement d’un vieux caleçon long aux genoux saillants et au cache-couilles béant et d’un T-shirt troué sous l’aisselle gauche estampillé NYPD, un cadeau d’une Ex piercée à la jugulaire, américanophile accro à toutes sortes de séries TV débiles où les flics les plus décérébrés sont à l’honneur…bref, donc, que s’est-il passé au juste au beau milieu de cette nuit-là ?…Ah oui, une révélation, et pas la moindre : mon vieux, me suis-je dit à cette heure nocturne où, lorsque j’ai le malheur de me réveiller afin de soulager ma vessie victime d’une prostate défaillante, mon mépris tenace pour une large partie de l’humanité réclame son espace au coeur de mon mental…euh…donc, mon vieux, me suis-je dit, t’en as pas marre de ces petits écrivaillons foireux qui aimeraient tant que tu viennes payer ta cotisation annuelle afin de faire partie de leur petit cercle frileux composé des pires souillons littéraires qui se passent de main en main la flamme olympique d’une médiocrité puante d’autosatisfaction mal à propos ?…Ben non, fut ma réponse à moi-même, puisque je n’ai jamais été sollicité !…
Mais oui!!!
C’est vrai, ça, ces infâmes bactéries prétentieuses n’avaient jamais daigné laisser un tant soit peu d’originalité pénétrer dans le fût au moût pourrissant de leur quant-à-soi !…non, je n’en avais pas marre d’être sollicité, mais j’étais bel et bien furieux de ne jamais l’avoir été !
Ce fut la révélation de cette nuit-là. C’est au moment précis où je retirai un reste de faut-filet d’entre une canine et une incisive à l’aide d’une allumette grossièrement taillée que je pris la décision d’infiltrer l’ennemi et d’y poser ma bombe. Une bombe dont les déflagrations successives réduiraient en poussière l’affreux désert pseudo-poétique où pourrissent au fil des saisons de pauvres vers en état de sous-alimentation avancée. Telle fut, et telle est toujours ma mission sacrée : affoler le canal auriculaire, tétaniser la préciosité…et, euh…enfin, pour vous la faire courte, raconter des trucs archi-loufdingues, mais à fond, et comble d’effronterie, vous savez comment j’ai décidé d’appeler ça ?…Poésie !!!!
Ouais, parfaitement !


Quand l’appétit va

ichtyoplumitophages vocifératiboisants
quadrilobotomisérables oxyboldogéniques
solimalhabiliterrorisés excèboulimisogynaimables
tridimensiolexiques extravertimuros subvensoniques
sentimentanalgésiques corporaticides banlieusarcastrés
cogitérratuméfiés oxygénovores déstadébilisarcophylocoques
oriférimaniacorporautistes assasynthétiseurs anticommunyctalopes
désodorisaboteurs métastationnaires biomarasmétropes déforestatrabilaires

excentricéphalidiomerdiques misérumathisensorienterrés consupsychomaniacos
urospermicidécalcifiés hémorroïdamnéphrétimorés camphrogustatifs
thyroÏdétractumortifiés pestifibromuralgiques codéinervés
euphorizoïdémangézonas yschémitransaccidentés
emphysérumétasistolasthmaladisquerniques
vasculofibromiscuitérrorisés convulsevrés
tricomonaphtalipposucés ostéoporeux
arthridiphtécholestérysomniaques

Et nous savons bien

tout devient triste
comme un petit chien dans une trousse
de premiers secours
la crème est renversée le chef de rang tétanisé
et nous savons bien
que les Vénusiens ne vont pas nous épargner

que fait le gouvernement
que font-ils
en ce moment pendant
qu’on repeint tout en blanc ?

le monomoteur de la soeur du président
des tastebières
du Sacré-Coeur s’est écrasé
en-deça de ce côté-ci de Montmorency

zéro mort zéro tort ils ont fait fort
et peut-être ailleurs
ici là ou là-bas que reste-il des
ferrailleurs
qui dansaient le tango à contrecoeur ?

tout devient triste dégagez la piste
allez coucher les marmots
avant qu’on vous en fasse dans le dos

Dazibao

vastes campagnes aux coucou-clochers
bavards
allons rincer la glotte aux malvenus
d’ailleurs
qui ont soif de liberté soda rhum-coca
glaçons
rengaines de curés emplumés de mardi-gras
en tutu mauve
les réparateurs d’apirateurs à péché descendront
du ciel
il y aura des perturbations et des précipatations
papales
beau temps en matinée rafales d’AK47 en fin
d’après-midi
le monde est beau on a repeint les gerçures
aux sourires
la chasse aux chauves-souris est fermée de
l’intérieur
les cheveux poussent à l’envers mode été
automne HIVer
je ne suis plus celui que j’étais depuis que
viens d’ailleurs
je ne suis plus d’ailleurs depuis que j’habite
là-bas
retournez sept fois le dictionnaire avant de
prendre une douche
mouchez-vous dans le foin avec les orteils
pour témoins
allons boire un thé sucré chez une madone
poivre et sel
au commencement étaient les coucou
clochers
et tout allait bien dans le meilleur du
reader’s digest


Bestiaire sensible

quand les vaches
gazouillent au zénith
le crapaud doré est roi
dans le vestibule du désarroi

et dorment les canons
sous les blés mûrs
d’un continent en vivisection

pianoter dans un canoë est aussi
primesautier
qu’une rombière pleurant
sa tisane renversée

et grognent les gargouilles
sur les échasses
d’un bébé en vadrouille

à trop tourner autour du mot
on finit par douter
de la fortune du mulot

le crapaud doré est roi
et dorment les pianos
sur les rives de l’Orénoque
bénie soit cette belle époque

Réjouissances

ô vertes prairies de derrière-la-maison
avec ses
nains ventrus aux trognes de pochtrons
un camion leur passera dessus
après le défilé des
filles-de-Marie-aux-sept-poils-de-cul

le printemps est annoncé en promotion
avec ses perce-neige à triple rotation
garantis inoxydables
et leur jeu de mèches dépucelables

ô vertes maisons aux indigènes
anxiogènes
qui castrent leurs chats et vaccinent leurs
chiens
gens de bien gens de rien lâches neuneus
et peureux

le printemps est déplacé derrière la maison
en retard d’une saison
les perce-neige son piégés prêts à exploser

ô sainte-Marie-en-string-et-culotte
sainte patronne de la divine capote
un nain te pass’ra dessus quand l’heure sera venue

Arthur Nicolas, se disant voyou

Date de publication : 19 décembre 2017

Né :
ou presque né
un jour tantôt flou, tantôt indéfini en ces jours
d’indolence royale

Né :
mâle, avec au bout du nez ses fanions d’extravagances
à venir avant son temps
précipité d’élans prépubères
hors des routes, caracolant, échangeant lavalière
contre ivresse primesautière

Né :
d’une chiquenaude comme il sied, collectionneur de brindilles
pour l’incendie à venir
patins d’acier scellés sur de longs mirages
boursoufflant de honte
les pompeux épuisements

artisan d’une somptueuse défaite, il jette la pierre
à l’innocence coupable, Charlevilain
pourfendeur d’Ardenniais à l’aube fumigène
scatologuant l’intriomphable, paparazzo d’une folie en devenir

ne se trompe qu’en coléreux instantanés, pitoyables rinçures
dit-il, là où les forges de vulcain battent son faire
avant qu’il n’échoue

dérideur de chasubles, rafraichissant de molles voyelles
son cœur saigne à qui veut bien s’en éprendre
lorsque l’estomac dans les talons et les poches crevées
il s’initie debout de bout en bout aux sandales lestées de poux

Arthur Nicolas, iliophile ambassadeur en gilet
sans gousset, pousse de son souffle
les négatifs en développement
rince les parures de leurs crapuleuses certitudes
balbutie d’un béaba l’amour à reforniquer
s’essuie les pieds sur les continents fatigués
mahométant de ci de là d’incertains intérêts
révocateur de divinités
angélus tonitruant sur ses champs à pérenniser
maître-étalon d’avenir à saisir avant inventaire
il signe de sa plume l’injonction du renégat
chantant quoi ?…l’infirmité !

Arthur Nicolas se disant voyou, clignotant sur
la plus haute tour, frémissant long courrier
vers l’Inch’All’Harar d’Adis à Beba
dimanche à lundi reproduits à l’infini
entre fromage et désert, moisissure d’azur

Harari Abdu Nicolas sur un cheval sans pneus
mesure la distance entre le Moi et le feu
elle court, elle court, la maladie des jours
et l’antibiotique absence s’insinue sur son genou

disparue l’insouciance bercée de latines stances
éleveur de vers dans la soupente des transes
une saison à Roches sans dessus deux sous en poche
et la mère que l’on voit tancer
ne vénère qu’un ciel aux rituels encensés

libre art-pitre oublié sur la couche de la postérité
douleur comme seule source d’ébriété
Massalia porte restante pour les littérateurs émerveillés
lui fait son portrait signé et amputé
here’s to you, Nicolas embarque
clopin-clopant de ports en misères
c’est un large buffet de rêves de mystères
d’un corps torréfié, d’une semelle estropiée

coup de feu de l’épaule Verlaine
balle attrapée au viol dans la main
d’où s’écrivit un festin
elle est retrouée, quoi ? L’énormité !
Le jeu fut un autre armant caravanes
de cliques et de claques de Danakils en Ménéliques
canons belges à la santé de l’univers
d’Ardennes en Aden chiffres et Chypre
s’envoilent les voyelles s’envole le voleur

voleur de feu, feu le voleur de douceurs en douleurs
de dédales en cabbales les deniers recréés détalent
face fumante ombrageuse sans arbrisseau
il lui sera loisible de mépriser l’altérité
dans une larme et un sort

Poème pour moi-même

Date de publication : 27 novembre 2017

Je n’écris plus pour les
gens pressés connectés
pixélisés espionnant
du tout au rien
la constante non-existence
débranchée
plus de poèmes
passionnés
dramatisés
arrachés à la beauté
la belle oui mais laquelle
allez mourir votre vie ailleurs
je garde pour moi ma chaleur
l’air l’espace et mes chaussures
mes précieuses chaussures

L’amour en carton

Date de publication :

Bien sûr, rien n’était facile, surtout les positions compliquées du Kama Sutra qui auraient nécessité plus d’espace. De même que déguster une boîte de sardines à la lueur de trois bouts de chandelle, mayday, help, au feu !
Pourtant, on arrivait quand même à faire semblant d’être heureux, emmitouflés dans la Süddeutsche Zeitung, l’un des quotidiens européens le plus volumineux, un peu cher peut-être, mais si l’on veut une bonne literie, il ne faut point rechigner à la dépense, n’est-ce pas ?
Bien entendu, à l’exemple de bon nombres de couples raisonnablement amoureux, nous parlions d’avoir des enfants, mais pas avant d’avoir une situation matérielle stable. J’avais, en futur papa responsable, demandé ma mutation dans un quartier plus chic où les cours sont plus spacieuses, et où le vol à l’étalage garantit des récoltes de meilleure qualité.
Hélas, le jour fatal finit par arriver : les exigences de ma jusqu’ici fidèle compagne mirent un terme à notre bonheur. Plus question de progéniture ni de monotonie, elle alla chercher ailleurs ce que je n’étais pas capable de lui offrir et se mit à fréquenter un rémouleur ambulant, fascinée par sa vie aventureuse par ruelles et chemins vicinaux, un rêve d’évasion en quelque sorte, l’ivresse des grands espaces, et moi qui croyais qu’elle me resterait fidèle jusqu’à ce que le scorbut nous sépare !
Pendant qu’elle rémoulait, je déprimais, seul , négligeant notre nid d’amour, confiant mon chagrin à quelque rat de passage.
Les années passèrent et je la revis par hasard dans un cirque comme partenaire d’un lanceur de couteaux sur cible mobile. A défaut d’avoir fait du chemin, elle tournait en rond à la merci de sa moindre maladresse, ô ironie du sort et douce revanche !
A présent que le temps à fait son oeuvre, j’aime à me souvenir des positions compliquées du Kama Sutra, des sardines à la lueur de trois bouts de chandelle et de toutes ces merveilleuses années sans toit.

Mortel trajet

Date de publication :

Je ne souhaite à personne de passer douze heures dans un train assis en face d’un type avec un poignard planté dans la poitrine. C’est désagréable à souhait, on se sent gêné d’être encore en vie, bien qu’il n’y ait plus rien à faire. Pauvre vieux.
Cependant, l’avantage de voyager avec un cadavre, c’est que personne n’ose venir s’installer dans le compartiment. Nous étions donc seuls, lui et moi.
Je me suis surpris plus d’une fois à lui demander s’il ne voyait pas d’inconvénient à ce que j’ouvre une fenêtre, que je pose mes pieds sur le siège à côté du sien, par courtoisie instinctive, par la force de l’habitude. Bien sûr, il ne répondait pas, se contentant de se vider de ce qui lui restait de sang, la langue pendante, les yeux révulsés.
J’en ai certes touché un mot aux contrôleurs successifs, tous m’ont répondu la même chose :
Tant qu’un passager justifie d’un titre de transport, personne n’est en droit d’interrompre son voyage sur le trajet énoncé sur ledit titre de transport, et ce, que le passager soit mort ou vif.
J’ai eu largement le temps de gamberger : soit ce type a été placé dans le compartiment après s’être fait poignarder, soit quelqu’un est venu l’assassiner, soit encore il s’est fait ça tout seul pour être sûr de bien dormir pendant douze longues heures.
Las de me torturer la cervelle, je me suis assoupi. Lorsque je me suis réveillé une heure plus tard, le type était allongé sur le dos, le poignard toujours fiché dans la poitrine, la langue toujours pendante mais les yeux fermés. Bigre, me suis-je dit, ainsi donc les morts ne se retournent pas exclusivement dans leur tombe ?
Une fois arrivé à destination, je me suis mis en quête d’un taxi. Lorsque j’ai ouvert la portière arrière afin de m’y installer, devinez sur qui je suis tombé ?
Veuillez me pardonner cette question saugrenue, comment Diable le sauriez-vous si vous n’étiez pas du voyage ?

cassez-vous

Date de publication :

Tu vas encore tout tacher donne-moi ta glace ou alors tiens-la droite mais tiens-la donc droite c’est si difficile de la tenir droite mais bon sang de bon sang on dirait que t’as de la merde dans les doigts ou alors t’es sourd droit tu sais ce que ça veut dire droit et voilà c’est gagné voilà plein le maillot s’cusez-moi z’auriez pas un mouchoir en papier mon gamin ce fils d’imbécile s’en est mis plein pourrait répondre ce bougre de bovin c’est malin hein avec la chaleur qu’y fait tu vas attirer les guêpes tiens ben voilà les voilà suffit d’en parler quoi quoi maman au secours t’avais qu’à la tenir droite ta glace ben oui ça pique une guêpe c’est fait pour ça ça pique et ça repique tu vas gonfler et ce s’ra bien fait petit sagouin tu sais ce qu’il a coûté ton maillot arrête de hurler arrête je te dis tu sais ce qu’il a coûté dix euros parce qu’il y a un truc écrit dessus arrête de te faire piquer tu vas tellement gonfler qu’après faudra t’acheter un maillot plus large et ton père va pas être content arrête de gueuler j’te dis j’vais pas le répéter c’est la dernière fois que j’te sors chaque fois pareil quand on te sort de ta cave et pis faudra apprendre à te tenir debout à quinze ans on tient debout ouais mon cher exactement j’ai l’air de quoi à te tenir en laisse chais pas ce qui me retient de t’abandonner t’auras qu’à te démerder avec les guêpes tais-toi j’te dis la ferme bon sang tu vas attirer les flics bon sang les v’là les flics cassez-vous bande de pourris c’est mon gosse z’entendez la chair de ma chair ouais parfaitement j’en fais c’que j’veux…

Sens comme tout va

Date de publication : 11 août 2017

oh regarde et sens comme tout va se
clairsemer
évaporer
cliquemerder
foutremancher
rabulgouincher
c’est la fin de toutes les
misères
clystères
finistères
planisphères
et autres lédidoptères
à tromblons biscornus
ne soyons plus les petits lézards
de la somnolence séculaire
invoquons petits poltrons
le Saint Clairon
afin de nous violfoncer
les feuilles de chiourme
boudoum boudoum boudoum
et cogne dur la cogniflure
des célestes ventributeurs
à calandre anarchromée
sinon c’est sinon c’est
mes frères soeurs et autres
empanafiés la fin des
chorizos fandangos grommelots
et le début du gros dodo
oh dodo horreur oh gros dodo
yohoho un tonneau de Bordeaux

Confession lyrique

Date de publication : 10 août 2017

C’est beau un camion qui soulève un nuage blanc dans une zone industrielle un lundi soir à l’heure de pointe sur une départementale encombrée !
Moi , j’aime la poésie du quotidien lorsque j’attends le bus à dix-neuf heures précises après les premières heures supplémentaires hebdomadaires non payées et non compensées…Un soir , j’ai failli me faire enfermer par la femme de ménage ; héééé , j’ai crié , ouvrez-moi , et elle m’a ouvert à condition que je ne dise à personne qu’elle était partie plus tôt la veille . Promis , j’ai dit , mais elle m’a fait jurer sur la tête de ma mère , mais j’ai pas voulu jurer sur la tête de ma mère parce qu’elle est morte et ma belle-mère est une salope alors j’ai juré sur la tête de mon Labrador qui a une bonne tête et qui est fidèle et après elle m’a enfin ouvert . J’ai dit merci , mais pour le bus c’était râpé . Putain de métèque , j’ai pensé , mais tout de suite après je me suis repentie auprès de la Sainte Vierge à genoux sur la banquette de l’abri-bus la figure contre le plan du réseau. Un plan de réseau c’est pas très mystique mais c’est chouette quand-même : rose , vert , bleu avec des lignes qui vont dans tous les sens . Les gens devraient prier plus rien que pour admirer les plans de réseau , m’enfin bon , il y a des gens comme ci et des gens comme ça mais moi de toutes façons je suis spéciale et j’aime la poésie . Quand j’étais ado , j’avais un correspondant dans l’Eure-et-Loire et on s’écrivait des poésies . Tenez , je m’en rappelle d’une :

J’aime te tenir la main
Du soir au matin
le matin plutôt que le soir
car le soir il fait tout noir

Et lui m’a répondu :

un jour j’irai où tu habites
Pour que tu me suces la bite
On partira tous deux en Afrique
Pour que tu me branles la trique

Moi j’ai trouvé ça pas mal qu’il me réponde , ça prouve que j’ai du talent , ben ouais , c’est pas évident de faire des vers , tenez , et celui-ci :

Je pose mon mouchoir
sur mon nez en forme de poire
Avant de dans les bras de Morphée choir
Et ronfler comme un loir

Quatre jours plus tard , j’ai reçu une lettre d’Eure-et-Loire qui disait :

Sacré bon Dieu de gonzesse
je fantasme sur tes fesses
De m’écrire jamais ne cesse
puisse-je un jour tes seins caresse

Cela aurait pu continuer longtemps comme ça si je n’avais rencontré Rodolphe . Rodolphe , c’était le chouchou du prof de maths et moi j’étais nulle plus nulle tu meurs . Un jour Rodolphe m’a dit pendant l’interclasse :” Huguette , vous avez un je-ne-sais-quoi qui m’intrigue…” et moi j’ai répondu que si c’est à cause des trois poils sur le grain de beauté au coin gauche de ma bouche , il n’y a pas de problème , ça peut s’arranger . Les trois poils et le grain de beauté , je les ai toujours , mais Rodolphe , c’est une vieille histoire.
Bref , un jour j’ai invité Rodolphe pour le café un dimanche en début d’après-midi et on est allés dans ma chambre . Maman était au rez-de-chaussée en train de crever de son cancer et papa promenait ma future belle-mère dans la nouvelle voiture achetée avec les économies de ma mère . Juste pour dire qu’on était tranquilles dans la mansarde . j’ai mis le dernier Pink Floyd et un bâton d’encens et j’ai défait mes cheveux . Rodolphe m’a regardée , a enlevé ses lunettes rondes et a murmuré : “ Huguette, où en êtes-vous avec votre cycle ? “
j’ai trouvé ça bizarre qu’il s’intéresse tout d’un coup à mon vélo , mais j’en ai déduit qu’il était plus sportif qu’il en avait l’air . Je me suis dit bon allez pourquoi pas et je lui ai répondu que j’attendais la visite de mon cousin pour le remettre en état de marche et là , Rodolphe a eu l’air choqué : “ Huguette , vos rapports sont à la limite de l’inceste ! “ Je n’ai pas très bien compris ce qu’il voulait dire et j’ai essayé de le rassurer en lui promettant que tout serait bientôt en ordre , qu’il suffisait de graisser la chaîne et le plateau avec un produit spécial afin que le pédalier cesse de se gripper . Il a souri d’une drôle de façon en faisant les cent pas . Moi , j’étais là comme une grue les cheveux à moitié défaits et une barrette dans la main . Après , il s’est mis à me parler des zones érogènes et d’autres trucs biscornus et pendant qu’il parlait , je suis allée chercher les lettres de mon correspondant de l’Eure-et-Loire .Il a remis ses lunettes et s’est mis à lire , et plus il lisait , plus il devenait sérieux , et plus il devenait sérieux , plus il rougissait , et plus il rougissait , plus sa braguette enflait . Il s’est tourné vers moi embarrassé et m’a dit en bégayant : “ Pardonnez-moi Huguette , je crois que je vais éjaculer ! “ C’est pas grave , j’ai dit , je ne veux pas prendre votre temps , mais si vous voulez rester , vous ne me dérangez pas…
Après ça , Rodolphe s’est détourné de moi et j’en ai conclu que c’était la faute à l’autre hurluberlu de l’Eure-et-Loire et j’ai cessé de lui écrire. Ca ne l’a pas empêché de m’adresser une dernière lettre pour me demander ce qui se passait et je lui ai répondu que j’avais perdu son adresse . c’était pas vrai , vous vous en doutez bien !
L’année suivante , je suis entrée en apprentissage chez un grossiste en produits surgelés et c’est de là que viennent mes plus belle poésies . il y avait monsieur Bertrand avec son bec de lièvre , mademoiselle Hildegarde , une Allemande de l’est qui aimait le feuilleté jambon-fromage , et bien sûr Marcel Rouffinaud , fondé de pouvoir de la boîte et neveu du grand boss . Fondé de pouvoir , ça m’impressionnait , ça sonnait un peu comme “touché par la grâce” , mais j’ai bien vite compris que ce n’était pas le cas et qu’il était surtout touché par la grâce du beau sexe dans les recoins des cabinets et du poste de secours.
j’ai passé cinq ans avec eux et il s’en sont passées des choses pendant tout ce temps ! Monsieur Rouffinaud a été condamné pour pédophilie aggravée , mademoiselle Hildegarde s’est fait avorter de monsieur Bertrand , monsieur Bertrand est devenu chef du personnel et moi je me suis retrouvée à la porte pour avoir égaré mon test de grossesse dans une chambre froide quelques temps après mon entretien avec monsieur Bertrand à propos de mon embauche définitive.
Ce n’était pas plus mal , finalement , j’ai touché le chômage quelques mois , ce qui m’a permis d’imprimer quelques poésies sur les presses du bulletin paroissial . “ Lâches passions et pulsions glaciales “ ça s’appelait . Le recueil a été tiré à trente exemplaires et j’ai gagné soixante euros . je ne sais pas comment ça s’est su , mais toujours est-il que l’assédic m’a supprimé mes allocs sous prétexte que je n’avais pas déclaré mes bénéfices !
Depuis , je travaille chez un petit éditeur de cartes postales dans la zone industrielle nord en face d’une gravière avec l’arrêt de bus juste en face du portail . j’aurais pu tomber plus mal mais j’ai eu de la chance , tout à l’air si magique ici : les gros camions dans leurs nuages de poussière , l’abri-bus avec son plan de réseau féérique et la cacophonie des avertisseurs aux heures de pointe… Ah vraiment , c’est la retraite idéale pour une artiste de vingt-deux ans qui a pas mal roulé sa bosse….

Rumeurs

Date de publication :

Les Vénusiens n’ont jamais attaqué personne. Il faut leur laisser ça. Personne n’a jamais causé de tort à aucun Vénusien.
« Ceci explique cela », prétendent certains Terriens.
La plupart des gens se fiche éperdument des Vénusiens, Terriens, Martiens et Jupitériens confondus.
Par contre, il est de notoriété publique que les Terriens s’en prennent exclusivement aux Terriens.
« Afin de les empêcher de causer du tort aux Vénusiens », prétendent les Terriens les plus vindicatifs.
Ainsi, bon nombre de Terriens disparaissent corps et biens par l’entremise d’autres Terriens qui pourtant se fichent éperdument des Vénusiens, Martiens et Jupitériens confondus.
Les Vénusiens passent leurs congés annuels sur Saturne, prétendent certains Terriens qui affirment l’avoir appris par l’entremise des Martiens et Jupitériens.
« Ces gens-là n’ont jamais existé », prétendent certains Saturniens.
« Les Saturniens non plus », rétorquent certains Martiens et Jupitériens expatriés sur Vénus.
Ces informations, divulguées avant l’aube de notre monde, prouvent à quel point les nouvelles tardent à nous parvenir.
« Mieux vaut tard que jamais », soupirent certains astronautes, las de s’alimenter artificiellement, cadenassés dans leurs capsules climatisées, et qui ne rêvent que d’une chose : rentrer chez eux le plus vite possible, avec au cœur le fragile espoir qu’il puisse subsister une forme de vie sur Terre.

***

« le facteur n’est pas passé, il pass’ra dans cinq minutes… », chantent nos charmants bambins depuis moultes générations…
Jamais aucun facteur n’est passé nulle part. Si tant est qu’ils aient pu exister, ils auraient disparu bien avant les dinosaures, et il eut été bien difficile de les nommer ainsi en ces temps frustes où la notion de langage se limitait à un grognement post-coïtal. On peut donc en déduire que le facteur représente une entité fictive née de l’imaginaire infantile dont la seule utilité consiste à laisser choir un mouchoir derrière le dos d’un blondinet hilare. Il serait donc judicieux à mon sens de remanier un tant soit peu la comptine comme suit :
« le préposé à la distribution postale assermenté n’est pas passé, il pass’ra dans cinq minutes… »
Il y a fort à parier que dès lors les enfants se lasseraient de perdre leur temps assis en rond sous le pommier, préférant se blottir au coin du feu à écouter leurs parents dénigrer un gouvernement majoritairement élu malgré soixante pour cent d’abstention.

***

« A l’aube du dix-sept juillet mille neuf-cent quarante-deux, les autorités françaises prennent d’assaut certains commerces d’alimentation parisiens. Motif : le pastrami, le pikelfleisch et la carpe frite représentent un outrage pour une population animée d’un civisme indéfectible, astreinte depuis deux ans à mastiquer et à digérer abats, sciure et résines en tous genres. Les trafiquants suspectés sont temporairement placés en garde à vue, par milliers certes, mais relâchés au bénéfice du doute conformément à la procédure après avoir été entendus. Soucieux de prouver leur bonne foi, ceux-ci proposent unanimement de participer à l’élaboration d’un monde idéal initié par une nation amie, à la sueur de leur front, quoi qu’il en coûte… »
Il vide son verre, rajuste son béret, s’essuie la bouche, pose un billet sur le comptoir. Il est pressé, le bureau de vote ne va pas tarder à fermer. En vertu du principe fondamental de la liberté de pensée, personne ne peut l’en empêcher ….

***

Je sais, tu me l’as dit cent fois…bien sûr, bien sûr…le son est trop fort…ces cacahuètes sont trop salées…qu’est-ce qui te prend ?…c’est rien, je suis un peu fatigué…combien de fois faudra-t-il te répéter que…oui, elle est vide, et alors ?…du frais ou du congelé ?…ça m’est égal, j’ai pas faim…froisse pas le journal, j’ai pas tout lu…la voisine est morte ?…bon débarras !…prendre son chat ?…tu plaisantes, j’espère ?…tiens, tu as encore acheté une robe ?…pas mal…tu l’as payée combien ?…je me demande bien ce qu’il t’a fait , mon frère…qu’importe après tout, moi, c’est ta sœur que je ne peux pas blairer…dimanche, on fera ce que j’ai dit…promis quoi ?…j’ai rien promis du tout…je sais, je suis odieux quand j’ai bu, tu me l’as dit cent fois…le son est trop fort, on ne s’entend pas parler…dégueulasses, ces cacahuètes…si tu me baisais plus souvent, tu l’aurais vu, mon tatouage…je travaille, moi…oui, parfaitement…depuis quand tu t’intéresses à moi ?…depuis quand je…mais non, tu ne m’as jamais aimée, tu ne penses qu’à…y avait pas d’autres robes au magasin ?…un cheveu su mon pull ?…c’est un des tiens…tu mens, tu mens, tu mens…je sais, tu me l’as dit cent fois…t’es gonflé, vraiment…j’ai un de ces mal de dos…tu veux que je te fasse un massage ?…tes mains sentent le chien mouillé…va te laver les mains…va te laver les pieds…alors, je te le fais, ce massage ?…baisse le son, on se croirait chez les sourds…c’est bon, là ?…un peu moins fort…et là ?…c’est mieux…pourquoi tu éteins ?…t’as payé le gaz ?…concentre-toi…c’est bon…tu veux que j’éteignes ?…pourquoi tu te déshabilles ?…devine…un cheveu de femme dans mon slip ?…sûrement un des tiens…déchire pas ma robe, elle est neuve…je sais, tu me l’as déjà dit…qu’est-ce qui te prend ?…c’est rien, je suis un peu fatigué…je peux rallumer ?…oui, mais pas trop fort, le son…tu sais que tu as un beau cul ?…c’est vrai qu’elles sont dégueulasses, ces cacahuètes…tu sais que tu as un beau cul ?…tu ne penses qu’à…à qui ?…tu le sais mieux que moi…le son est trop fort…qu’est-ce qu’elle a de plus que moi ?…t’as payé l’électricité ?…si tu me baisais plus souvent, tu le saurais…tu plaisantes, j’espère ?…du frais ou du congelé ?…depuis quand tu t’intéresses à moi ?…on se croirait chez les sourds…

Rap au port

Date de publication : 13 janvier 2017

Sortir de la mouise qui nous mine et nous squeeze
Cracher la vie foncer à plein pot jouir à gogo
C’est nous les jeunes les punks les tarés du rap et du funk
La chance c’est pas pour nous OK tant pis mais on s’en fout

Avec leur belle cravate veston chaussures d’chez Armani
Ils tracent des plans sur la comète partout mais pas ici
C’est quoi messieurs mesdames qui vous défrise la mise en plis ?
Ca vous déprime tant qu’ça quand la France d’en bas pousse un cri ?

Rap au port, rap au port rap au port du Rhin
On danse on bouge on rit et on vous salue bien

On voudrait bien bosser mais quand on dit qu’on vient du port
C’est la panique c’est tout juste si on nous fouille pas d’abord
Délit d’sale gueule désolé mecs z’êtes pas vraiment raccord
Faut croire qu’un jour une fée salope nous a jeté un sort

Partout on entend dire qu’avant c’était vach’ment sympa
Les vieux nous font la gueule ça les emmerde qu’on soit là
On voudrait nous aussi faire quelque chose de nos dix doigts
Montrer à ces ringards qu’on est des mecs et pas des rats

Rap au port, rap au port rap au port du Rhin
On danse on bouge on rit et on vous salue bien

Rap au port, rap au port rap au port du Rhin
On est les Indiens d’ici et on vous salue bien