Apprends-moi à vivre mon chat

Depuis une semaine je te regarde te mouvoir  dans l’appartement. A présent, j’ai tant à apprendre de toi. Depuis mardi midi, je t’observe comme jamais je ne t’ai observé, je t’observe circulant d’un point à un autre, d’une pièce à une autre, de la chambre au salon, du salon au couloir, du couloir à la salle de bain. Je note chacun de tes gestes, tes regards, tes pas, tes murmures. Je t’espionne, je te scrute, je m’inspire de toi, tes postures et tes va-et-vient. Je vois que tu as ce don d’alterner tes petits confinements. Parfois tu te loves sous le lit-cabane, ou sous le canapé-cabane, ou sous le bureau-cabane, tu es belle, tu m’as l’air si apaisée, à te voir, je m’apaise. Et puis parfois tu viens te lover tout contre moi, sur mon buste, et tu ronronnes, et alors j’oublie mon spleen et le monde. En te caressant, j’oublie tout. Et puis, tu repars, tu vas vers la fenêtre, et d’un coup, tu vas te tenir droite face à la fenêtre, une vraie diva, et regarder loin au-devant, avec tes grands yeux jaune brun noisette, absorbée dans ta rêverie, et saisie par l’horizon. Et puis, soudain, une mouche va te faire courir dans tout le salon. Ca y est, c’est le temps de la chasse, tu es aux aguets, prête à bondir sur ta seule proie de la journée, voire de la semaine. Je t’observe, tu te concentres, tout en toi est à l’affût, surtout ne pas perdre de vue la petite chose vulnérable, le pauvre petit insecte qui ne t’a pourtant rien demandé, tu attends juste le bon moment pour bondir. Dans deux secondes, tu l’auras chopé et gobé la mouche. Et clac, mouche avalée. Sans pitié. Voilà, tu as eu ta chasse du jour, un régal. Tu t’en vas dans la chambre comme si de rien n’était, tu t’en retournes à ta sieste, à ta énième sieste de la journée, tu files dans ta grotte, tu te faufiles dans l’armoire et en boule, tu glisses entre couverture et coussin, tu te loves dans le coin du coin de ton monde, tu te confines à merveilles dans ton petit pays molletonné. Je t’entends, tu es partie loin, tu rêves profondément, tu ronfles. Depuis mardi dernier, je t’observe plus que jamais, j’ai tant à apprendre de toi, dis-moi comment tu fais, comment fais tu pour vivre chez nous. Raconte-moi encore comment tu fais. Je vois bien que, parfois, ce n’est pas simple pour toi non plus, sans jardin, sans verdure, sans nature. D’un coup vers vingt-deux heures trente, il te prend de t’agiter dans tous les sens, tu sautes, tu bondis, tu cours partout n’importe comment n’importe où dans tout l’appartement sans aucune raison objective apparente. Je te comprends, toi aussi, ça t’arrive de pêter un câble et d’avoir ton quart d’heure de folie. Qui de toi ou de moi inspire l’autre à ce niveau-là ?! Ca je sais bien faire, mais me glisser en boule dans l’armoire, j’ai encore du boulot. Why not, mon chat, qui sait à la fin de cette période de confinement, on sera tous les deux dans ta cabane. Apprends-moi mon chat, apprends-moi à vivre dans notre maison, apprends-moi à vivre dans ta cabane.

Confinée dans la chambre des mots,

Strasbourg, le 24 mars 2020, Clotilde Pratt.

 

 

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