Rumeurs

Les Vénusiens n’ont jamais attaqué personne. Il faut leur laisser ça. Personne n’a jamais causé de tort à aucun Vénusien.
« Ceci explique cela », prétendent certains Terriens.
La plupart des gens se fiche éperdument des Vénusiens, Terriens, Martiens et Jupitériens confondus.
Par contre, il est de notoriété publique que les Terriens s’en prennent exclusivement aux Terriens.
« Afin de les empêcher de causer du tort aux Vénusiens », prétendent les Terriens les plus vindicatifs.
Ainsi, bon nombre de Terriens disparaissent corps et biens par l’entremise d’autres Terriens qui pourtant se fichent éperdument des Vénusiens, Martiens et Jupitériens confondus.
Les Vénusiens passent leurs congés annuels sur Saturne, prétendent certains Terriens qui affirment l’avoir appris par l’entremise des Martiens et Jupitériens.
« Ces gens-là n’ont jamais existé », prétendent certains Saturniens.
« Les Saturniens non plus », rétorquent certains Martiens et Jupitériens expatriés sur Vénus.
Ces informations, divulguées avant l’aube de notre monde, prouvent à quel point les nouvelles tardent à nous parvenir.
« Mieux vaut tard que jamais », soupirent certains astronautes, las de s’alimenter artificiellement, cadenassés dans leurs capsules climatisées, et qui ne rêvent que d’une chose : rentrer chez eux le plus vite possible, avec au cœur le fragile espoir qu’il puisse subsister une forme de vie sur Terre.

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« le facteur n’est pas passé, il pass’ra dans cinq minutes… », chantent nos charmants bambins depuis moultes générations…
Jamais aucun facteur n’est passé nulle part. Si tant est qu’ils aient pu exister, ils auraient disparu bien avant les dinosaures, et il eut été bien difficile de les nommer ainsi en ces temps frustes où la notion de langage se limitait à un grognement post-coïtal. On peut donc en déduire que le facteur représente une entité fictive née de l’imaginaire infantile dont la seule utilité consiste à laisser choir un mouchoir derrière le dos d’un blondinet hilare. Il serait donc judicieux à mon sens de remanier un tant soit peu la comptine comme suit :
« le préposé à la distribution postale assermenté n’est pas passé, il pass’ra dans cinq minutes… »
Il y a fort à parier que dès lors les enfants se lasseraient de perdre leur temps assis en rond sous le pommier, préférant se blottir au coin du feu à écouter leurs parents dénigrer un gouvernement majoritairement élu malgré soixante pour cent d’abstention.

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« A l’aube du dix-sept juillet mille neuf-cent quarante-deux, les autorités françaises prennent d’assaut certains commerces d’alimentation parisiens. Motif : le pastrami, le pikelfleisch et la carpe frite représentent un outrage pour une population animée d’un civisme indéfectible, astreinte depuis deux ans à mastiquer et à digérer abats, sciure et résines en tous genres. Les trafiquants suspectés sont temporairement placés en garde à vue, par milliers certes, mais relâchés au bénéfice du doute conformément à la procédure après avoir été entendus. Soucieux de prouver leur bonne foi, ceux-ci proposent unanimement de participer à l’élaboration d’un monde idéal initié par une nation amie, à la sueur de leur front, quoi qu’il en coûte… »
Il vide son verre, rajuste son béret, s’essuie la bouche, pose un billet sur le comptoir. Il est pressé, le bureau de vote ne va pas tarder à fermer. En vertu du principe fondamental de la liberté de pensée, personne ne peut l’en empêcher ….

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Je sais, tu me l’as dit cent fois…bien sûr, bien sûr…le son est trop fort…ces cacahuètes sont trop salées…qu’est-ce qui te prend ?…c’est rien, je suis un peu fatigué…combien de fois faudra-t-il te répéter que…oui, elle est vide, et alors ?…du frais ou du congelé ?…ça m’est égal, j’ai pas faim…froisse pas le journal, j’ai pas tout lu…la voisine est morte ?…bon débarras !…prendre son chat ?…tu plaisantes, j’espère ?…tiens, tu as encore acheté une robe ?…pas mal…tu l’as payée combien ?…je me demande bien ce qu’il t’a fait , mon frère…qu’importe après tout, moi, c’est ta sœur que je ne peux pas blairer…dimanche, on fera ce que j’ai dit…promis quoi ?…j’ai rien promis du tout…je sais, je suis odieux quand j’ai bu, tu me l’as dit cent fois…le son est trop fort, on ne s’entend pas parler…dégueulasses, ces cacahuètes…si tu me baisais plus souvent, tu l’aurais vu, mon tatouage…je travaille, moi…oui, parfaitement…depuis quand tu t’intéresses à moi ?…depuis quand je…mais non, tu ne m’as jamais aimée, tu ne penses qu’à…y avait pas d’autres robes au magasin ?…un cheveu su mon pull ?…c’est un des tiens…tu mens, tu mens, tu mens…je sais, tu me l’as dit cent fois…t’es gonflé, vraiment…j’ai un de ces mal de dos…tu veux que je te fasse un massage ?…tes mains sentent le chien mouillé…va te laver les mains…va te laver les pieds…alors, je te le fais, ce massage ?…baisse le son, on se croirait chez les sourds…c’est bon, là ?…un peu moins fort…et là ?…c’est mieux…pourquoi tu éteins ?…t’as payé le gaz ?…concentre-toi…c’est bon…tu veux que j’éteignes ?…pourquoi tu te déshabilles ?…devine…un cheveu de femme dans mon slip ?…sûrement un des tiens…déchire pas ma robe, elle est neuve…je sais, tu me l’as déjà dit…qu’est-ce qui te prend ?…c’est rien, je suis un peu fatigué…je peux rallumer ?…oui, mais pas trop fort, le son…tu sais que tu as un beau cul ?…c’est vrai qu’elles sont dégueulasses, ces cacahuètes…tu sais que tu as un beau cul ?…tu ne penses qu’à…à qui ?…tu le sais mieux que moi…le son est trop fort…qu’est-ce qu’elle a de plus que moi ?…t’as payé l’électricité ?…si tu me baisais plus souvent, tu le saurais…tu plaisantes, j’espère ?…du frais ou du congelé ?…depuis quand tu t’intéresses à moi ?…on se croirait chez les sourds…

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