Matin d’hiver

MATIN D’HIVER

Ce matin d’hiver, j’entends, depuis le pays ouaté de mes rêves, le tintamarre des poubelles qui retentit dans la rue, chocs et contre-chocs assourdissants donnent l’heure de l’éclosion matinale,

le monde se lève,

le soleil brûle d’impatience de dévoiler son visage pourpre,

et moi, encore toute ourlée de sommeil, emmitouflée dans la tiédeur des secrets nocturnes, je me délecte de ce jour unique qui embrasse la nuit de mon corps.

J’aime les matins d’hiver, froid au-dehors, chaud au-dedans, contraste saisissant qui me rappelle la chance d’être à l’abri.

J’aime tant ce matin d’hiver, son voile gris qui drape les toits et les arbres,

je me réjouis, la brume va se lever et dévoiler le paysage de la ville, l’âme de Strasbourg, bientôt la pointe de la cathédrale va apparaître au loin à l’horizon.

J’aime tant les matins d’hiver, fenêtre ouverte dans la chambre, le vent caresse ma peau brûlante de chimères.

J’aime tant les matins d’hiver qui me rappellent en échos la chance d’avoir vécu des soirs chauds d’été, tendres matins d’hiver.

J’aime tant cet instant à part,

à part du monde,

où je m’éveille,

temps plein de volupté pure,

j’émerge,

instant précieux où, toute nimbée d’une beauté candide, ni la pensée ni le corps ne sont encore touchés par les humeurs du monde. Préservée de la maladresse des êtres, préservée de ma propre maladresse, j’ouvre les yeux, et je bois ma première gorgée de lumière,

clarté.

J’aime ce lieu sans formules où peu à peu je m’extrais des profondeurs du sommeil,

ici j’existe

et sans avoir besoin ni de me défendre, ni de me justifier, ni de me vendre, ni de me battre, ni de me représenter,

sans avoir besoin ni de faire mes preuves, ni de me risquer,

sans rien faire,

simplement j’existe,

et personne,

personne ne pourra venir rompre cette félicité qui m’habite à l’instant,

personne ne pourra venir déranger cette tendresse à soi

tant la beauté naissante du jour, si pleine, si ronde, ne laisse aucune place à la folie du monde.

Le temps d’une fraction de seconde,

emmitouflée dans la volupté des crépuscules,

je retrouve la chambre de mon corps,

et mon âme d’enfant,

innocence.

Matin d’hiver in : Dans la chambre des mots, Clotilde Pratt.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *