Le Coffret du Port du Rhin

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« LE COFFRET DU PORT DU RHIN 

    – Atelier de création d’histoire

par Nicole Docin-Julien, conteuse,

 

Port du Rhin – mars-avril 2016

Histoire imaginée avec : Azzah, Marie, Brigitte, Carine, Majid, Alissa, Isabelle, Monia, Murielle, Léa, Najia, Véronique  –  Jeanne, Pierre et Dominique

Rédaction : Nicole Docin-Julien  Mai 2016

 

Du passé naît le présent et dans le présent s’enfante l’avenir. Nous sommes l’avenir de nos lointains ancêtres, le passé de nos descendants et les fleuves, pour qui sait les comprendre, portent au loin nos histoires. Le passé nous est connu par les livres, le Web, les sites historiques et les recherches des savants.

De singulières trouvailles nous apprennent aussi beaucoup comme, par exemple, ces étonnants feuillets découverts au Port du Rhin, sur le chantier de la construction du Grand Pont.

Un jour de printemps, c’est en 2015, Johann Meyer, – lointain descendant de Johann Enoch Meyer (1560/1618) dont les cartographies du 1er pont fixe sur le Rhin sont conservées aux Archives de Strasbourg – , Johann Meyer, donc, heurte de sa pelle ce qu’il pense être une grosse pierre. En creusant encore, en fait de pierre, il dégage un très vieux coffret couvert de terre. Il le nettoie précautionneusement, les mains tremblantes et, sous le regard impatient de ses collègues, fait jouer le crochet qui le ferme. Pliés avec soin dans un étui de cuir, une dizaine de feuillets manuscrits s’offrent aux regards.  Six dessins piquent la curiosité :

– Une enfant au bord d’un fleuve

– Des femmes autour d’un feu, sous les étoiles

– Un homme sur une barque

– Un sanglier et un renard

– Un pont en construction

– Un homme, une femme, l’enfant et le renard

La nouvelle fait sensation et Johann Meyer se retrouve à la Une des DNA, à la grande fierté de sa famille et de ses amis.  Le coffret précieux est transmis au responsable des fouilles archéologiques du chantier qui fait appel à des spécialistes des langues anciennes, des paléologues de l’Université Louis Pasteur. Qu’est-il écrit, que signifient les dessins ? Questions et supputations vont bon train.  Quelques mois plus tard, le livret décrypté révèle une mystérieuse rencontre survenue il y a fort longtemps au bord du Rhin, aux alentours du 12ème siècle pour être précis.

Voici ce que l’on sait aujourd’hui de cet événement, grâce à la minutieuse reconstitution des feuillets et des dessins.

Dessin d’une enfant au bord d’un fleuve La fillette a vécu seule sur une rive du Rhin pendant la première lune d’automne. Sept femmes l’ont rejointe, l’une après l’autre, venant chacune d’un horizon différent, – un village éloigné, un hameau inconnu -, distant de quelques jours ou semaines de marche du fleuve. À leur arrivée, l’enfant leur a posé la même question : « Pourquoi es-tu là ? »

– Le fleuve m’a appelée

– Mon chien m’a guidée

– Je cherche mon destin

– Le vent a dit mon nom

– Je cherche la paix

– J’ai vu le chemin en rêve

– Ma place est ici !

Elles ont dressé leur campement près des berges. L’endroit est beau, calme et inspirant. La Devineresse a parlé au nom de toutes en désignant l’espace, les arbres, les fleurs et le ciel :  « Ici, nous inventerons l’avenir ».

Dessin de femmes autour d’un feu, sous les étoiles Chaque soir de La Rencontre, les femmes se retrouvent autour d’un feu. Celle qui l’a veillé pendant le jour prend la parole et confie sa vie à ses compagnes, avant de faire un vœu pour les temps futurs. Quand la gardienne du feu se rassoit, les autres femmes disent ensemble :

« Tu as bien parlé ! »

Plus tard dans la nuit, la Guérisseuse prépare une eau de plantes et passe des herbes sur le front de chacune. Les femmes jettent ensuite les herbes dans les flammes avec leurs soucis et leurs chagrins :

– Je suis venue seule ; celle qui m’avait promis son aide m’a trahie. – Tu es parvenue jusqu’ici par toi – même. Prends conscience de ta force – répond Femme-Paix.

– La maladie m’affaiblit ; je ne suis plus rien…

– D’autres joies sont possibles – promet Femme-Cœur

– Chaque nuit, je rêve d’une fleur merveilleuse de la couleur du soleil et je désespère de la trouver.

– N’es – tu pas déjà son jardin ? – sourit La Guérisseuse

– Chaque jour il me faut trouver du courage pour vivre et je pense longtemps avant de m’endormir…

– Les épreuves sont des épices ; les obstacles s’affrontent ou se contournent – dit Femme-Sagesse.

Les vœux des Femmes pour ceux qui vivront des siècles plus tard au bord du Rhin sont écrits sur ce feuillet :

– Ils trouveront leur force dans l’entraide

– Leurs enfants grandiront, connus de tous et protégés par tous

– La porte de leurs maisons sera ouverte

– La fraternité les unira

– Ils iront librement d’une rive à l’ autre

– La générosité les guidera

– Ensemble, ils accompliront de grandes choses

Dessin de l’homme sur le fleuve

Le 4ème soir, la Devineresse s’est dressée :

– Je le savais : le voilà ! Nous l’accueillerons ; il nous dira qui il est et ce qu’il veut.

Un homme arrive ; seule l’Enfant le connait. Après avoir amarré sa barque, il s’approche du feu, salue les Femmes, serre l’Enfant dans ses bras et prend place près de La Maternelle. Les regardant tous deux, la Devineresse murmure: Ensemble, ils sont la terre et l’eau fécondes. L’homme révèle aux Femmes le pouvoir de la petite : C’est elle qui vous a appelées jusqu’au fleuve. Dans leur famille, à chaque génération naît un enfant singulier, porteur d’un don qu’il découvre un jour. Il se souvient de ses douze ans… Il vivait alors chez sa grand-mère avec son jeune frère.

Une nuit sa mère lui est apparue, montrant le lit vide à côté du sien. Réveillé en sursaut, il s’était précipité hors de la maison, criant le nom du petit, appelant au secours.  Sa grand-mère et des voisins l’avaient rejoint auprès du Rhin, des torches à la main. Une étrange torpeur le tenait immobile tandis que tous s’agitaient. Sa grand-mère l’avait secoué par l’épaule :

– Eveille ton pouvoir, n’ai pas peur. Cherche ton frère ! Où est – il ?  Il avait tendu le doigt :

– Là, vite !

Une branche coincée entre deux rochers avait miraculeusement gardé le petit hors des remous du fleuve. Il était resté au bord de l’eau un instant, tandis que l’on portait son frère à la maison. Un éclat de lune avait brillé : une sirène argentée lui souriait. Lui seule l’avait vue. Depuis, il la retrouvait chaque fois qu’il avait besoin d’aide.

Quelques jours plus tard, sa grand-mère lui avait montré une barque :

– Ton don doit se fortifier ; va sur le fleuve , suis – le pour apprendre.

Il était parti au fil de l’eau, vivant quelques semaines ou quelques mois dans les villages qu’il découvrait. Il avait observé les pêcheurs, les artisans, ceux qui travaillaient la terre, parfois sans comprendre leur langue. De voyage en voyage, il avait montré à son tour ce qui pouvait leur être utile.

Des années plus tard son frère avait eu une petite fille. A 12 ans, elle avait laissé sa maison derrière elle, marchant sans trêve le long du Rhin. Il ne s’était pas inquiété, certain de la retrouver. La sirène l’avait guidé jusqu’au campement des Femmes. Pouvait – il demeurer là quelque temps ?

Dessin du sanglier et du renard Les Femmes écoutent l’homme et s’interrogent. Peuvent – elles lui faire confiance ? Femme du Partage demande des preuves de son courage et de son cœur. L’homme part en forêt pour y combattre un terrible sanglier. A son retour, la Guérisseuse soigne ses blessures à l’ombre d’un arbre. Tapi dans les fourrés, un renard blanc l’observe, longtemps. Pour l’apprivoiser, l’homme chante doucement et l’animal s’approche, pas à pas. Quand le renard s’allonge enfin près de l’arbre, l’Enfant le rejoint. Ils ne se quitteront plus. C’est ce  soir-là que l’homme a dit aux Femmes son Rêve d’un pont entre les berges du fleuve.

Dessin d’un pont en construction En haut du feuillet, deux courtes phrases :

– « Le fleuve sépare les terres, le pont les unit »

– « Le courant est fort ; les piliers plus encore »

L’homme et l’Enfant partent en barque le long du fleuve, d’une rive à l’autre, à la recherche de bâtisseurs. L’homme sait où les trouver, il connaît leurs villages. L’Enfant les écoute attentivement     et rapidement parle leur langue ; son pouvoir est grand. Terrassiers, menuisiers, tailleurs de pierre et forgerons  les suivent et travaillent sur le chantier avec ardeur.  A la troisième lune, le pont est terminé.

Note du traducteur : « Le feuillet suivant semble incomplet. Manquerait-il un dessin ? »

Je vous propose d’imaginer le dessin manquant : Un feu vif éclaire la nuit, les flammes crépitent.

Une joyeuse fête réunit les Bâtisseurs, avant leur retour chez eux. Les étoiles brillent, l’air est doux. Chacune et chacun a revêtu ses plus beaux habits. Ils sont heureux. Des musiciens jouent, des couples dansent des deux côtés du pont.

Le pont sur le Rhin est achevé. Femmes et bâtisseurs : certains se sont unis, bénis par Femme-Cœur. Des enfants naîtront et d’autres encore. De génération en génération, ils garderont la mémoire de la Rencontre.

Note du traducteur « Le feuillet suivant de forme différente des autres est un message »

Dessin de l’homme, de la femme, de l’enfant et du renard Avant de nous séparer, nous avons fait un cercle  pour honorer la confiance. Ensemble, nous avons réalisé de grandes choses. Ce lieu est sacré. Nous nous sommes salués à l’aube, nous souhaitant Bonne chance et Bel avenir. Moi, l’Homme du fleuve, je pars avec La Maternelle et l’Enfant ; les femmes l’ont nommée Fille de l’Espérance. Elle dit qu’il faut d’autres ponts ; le renard blanc la guide, à moins que ce ne soit la sirène, changeant de forme, mystérieusement ?

Je dépose notre histoire dans un coffret ; je le confierai aux berges du Rhin pour qu’il soit trouvé, plus tard, par des Gens de Bien. J’ignore combien de temps il restera caché. Les vœux des Gardiennes savent attendre ceux qui les réaliseront. ————————–

Voilà, vous savez presque tout des feuillets découverts l’an dernier sur le chantier du Grand Pont, au Port du Rhin, dans un très vieux coffret. Nous sommes en 2016, les travaux continuent… Il y aurait-il d’autres trésors à venir ?  Encore un mot : si, en longeant le Rhin, vous apercevez une sirène argentée ou un renard blanc, chut… Partez sans bruit… Ils veillent sur les Promesses.

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