Angel blues

Date de publication : 13 décembre 2018

 

Suite à une forte détérioration de la couche d’ozone , de plus en plus d’anges viennent s’échouer brutalement dans nos villes et campagnes , incapables de se maintenir au-dessus des nuées .

Désoeuvrés et désorientés , ils envahissent bistros et tavernes où ils sombrent dans l’alcoolisme , claironnant à qui veut bien les écouter leurs messages célestes.

Leurs postillons avinés appelés poussière d’ange sont sans danger de contamination.

Leur date de péremption se trouve tatouée sous leur bras gauche , juste en-dessous de l’auréole . Un ange périmé est biodégradable , mais ses plumes pures et résistantes sont idéales pour la confection de chapeaux de luxe , par conséquent , évitez de les froisser , surtout avec des histoires salaces . Comme chacun sait , les anges n’ont pas de sexe .

Si certains  particulièrement loquaces venaient à vous ennuyer , ne les envoyez pas au diable , ils sont extrêmement influençables . Valorisez-les plutôt en leur confiant des tâches où ils excellent . Les anges gardiens sont de bonne compagnie et vous accompagnent discrètement dans tous vos déplacements , et les anges exterminateurs vous débarrassent efficacement des cafards sous l’évier .

Si  malgré leurs efforts vos nouveaux compagnons ne vous donnent pas satisfaction, émincez-les , faites-les revenir avec une noix de beurre et flambez-les au marc de Provence .

Ainsi accommodés , ils sont tout simplement divins !

Nous ne cèderons pas

Date de publication : 12 décembre 2018

Les temps changent…à midi, les sur-travailleurs sous-payés mangent à deux sur une chaise, l’un sur les genoux de l’autre en alternance, la même fourchette passant d’une bouche à l’autre. Une fois à moitié rassasiés, les duos se partagent un café, une cigarette et parlent de la femme et des enfants qu’ils partagent et entretiennent avec leurs deux demi-salaires.

Les épouses, elles, se laissent sexuellement harceler afin d’arrondir leurs fins de mois, et parfois aussi, accidentellement, leurs ventres féconds.

Nous entrerons dans la misère…

Les temps changent, cela se fait de plus en plus sentir. Les services sociaux impriment de plus en plus de formulaires incompréhensibles et inutiles, les fonctionnaires fonctionnent de plus en plus mal, les cancers se généralisent à la vitesse de l’injustice au galop.

Quand nos aînés n’y seront plus…

Mais quoi qu’il en soit, on ira s’encanailler pour 480 euros all inclusive, démonter le moteur du scooter de location à l’heure sereine du couchant sur l’océan, vomir le plateau de fruits de mer décongelé depuis deux semaines. On ira d’un pas solidaire lyncher le chauffeur de la navette qui a revendu nos bagages, gifler les loufiats qui pissent dans le potage, chasser la femme de ménage qui espère se faire violer dans l’espoir d’être dédommagée.

Les temps changent, mais nous ne cèderons pas. Nous nous torcherons avec le catalogue des pompes funèbres et enterrerons pépé dans le jardin à côté du hamster, échangerons un baril de lessive ordinaire contre deux rails de poudre pure et pisserons dans les urnes le jour de la grande mobilisation citoyenne.

Aux larmes, citoyens…

Les temps changent, et moi, je reste le même. Occupé à rêver de 21h à midi, disponible au bistro de 14 à 20h. Je représente la vieille génération émergente, riche d’une longue expérience. Faites-moi penser à changer mes draps de temps à autre, et évitez d’être trop bruyants en faisant semblant de vivre.

Révolution culturelle

Date de publication :

Il faut parfois se résoudre à désapprendre car hélas, le monde, les gens, les choses évoluent. L’escalope-crème-champignons-frites coûtait 17,80 euros ? Elle coûte à présent 19,60. Votre baby-sitter se contentait de 15 euros pour garder vos futurs demandeurs d’emploi ? Elle vous coûtera à présent 25. Votre loyer était de 500 euros avec d’importantes fuites d’eau par le plafond ? Dorénavant vous paierez 700 euros fuites incluses.

Il est fort probable que du jour au lendemain  un fort sentiment d’injustice vous saisisse. Ne vous en faites pas, c’est normal, rien n’est plus désagréable que perdre ses repères, d’errer dans le doute et l’angoisse d’être pris au dépourvu. Vous cherchez une raison à tout cela et vous faites bien si vous ne voulez pas être dépassé par ce que vous ne maitrisez qu’à peine.

La première pensée qui vient à l’esprit dans ce genre de situation est :

Ne serait-on pas en train de se foutre de notre gueule ?

Vous aurez parfaitement raison de penser cela parce qu’effectivement, rien n’est plus normal de nos jour que d’être pris pour des cons.

Nous sommes tous devenus une belle bande de cons féodés et solitaires au lieu d’être inféodés et solidaires, méditez là-dessus au lieu de vous offusquer. Cependant, nous restons citoyens d’une nation privilégiée dont les dirigeants successifs nous ont convaincus de notre spécificité, à savoir libres de dire, penser, faire n’importe quoi.

Mais voilà, une révolution est en marche ! Tout augmente, excepté peut-être notre dignité que nous malmenons tant et plus à force dire, penser, faire n’importe quoi. Réagissons, laissons l’escalope aux champignons et allons camper au sec puisque nous n’aurons plus les moyens de nous loger incorrectement, élevons nos enfants au grain et au grand air, bref, vivons de rien, ou de presque rien si la chance nous sourit ! Laissons les grandes écoles aux nantis, devenons des imbéciles heureux et fiers de l’être, incapables de construire des centrales nucléaires et trop stupides pour nous servir d’un caddie de supermarché ! Devenons de vrais cons, infoutus de créer de la croissance, bras croisés, bras cassés !

Cela dit et pour conclure lamentablement, je me demande avec effroi à quel genre de baby-sitters les générations futures auront affaire…

Nuit tranquille

Date de publication : 15 juillet 2018

J’essaie de retrouver les routes, les chemins parcourus, Barcelone? Prague?

Chemins de terre, les jambes et le cœur lourds.

Tu vois la route aride, au loin un champ de fleurs et malgré cela la souffrance.

Puis les montagnes.

Une pluie fine, gouttes perlées sur le visage et les jambes.

Là, il en reste des traces.

Camp boueux maintenant.

Le capitaine crie des ordres.

Alignement, comptage, un corps tombe, reste au sol, dans la boue.

Encore des coups, la pluie et le coups.

La nuit, la route à nouveau.

Au loin des lumières, villages paisibles.

Et de nouveau le silence.

Marcher et mourir sans bruit.

 Avancer sur la pointe des pieds.

Usé, fatigué.

Nuit tranquille

Date de publication : 17 janvier 2018

J’essaie de retrouver les routes, les chemins parcourus, Barcelone? Prague?
Chemins de terre, les jambes et le cœur lourds.
Tu vois la route aride, au loin un champ de fleurs et malgré cela la souffrance.
Puis les montagnes.
Une pluie fine, gouttes perlées sur le visage et les jambes.
Là, il en reste des traces.
Camp boueux maintenant.
Le capitaine crie des ordres.
Alignement, comptage, un corps tombe, reste au sol, dans la boue.
Encore des coups, la pluie et les coups.
La nuit, la route à nouveau.
Au loin des lumières, villages paisibles.
Et de nouveau le silence.
Marcher et mourir sans bruit.
Avancer sur la pointe des pieds.
Usé, fatigué.

Mortel trajet

Date de publication : 27 novembre 2017

Je ne souhaite à personne de passer douze heures dans un train assis en face d’un type avec un poignard planté dans la poitrine. C’est désagréable à souhait, on se sent gêné d’être encore en vie, bien qu’il n’y ait plus rien à faire. Pauvre vieux.
Cependant, l’avantage de voyager avec un cadavre, c’est que personne n’ose venir s’installer dans le compartiment. Nous étions donc seuls, lui et moi.
Je me suis surpris plus d’une fois à lui demander s’il ne voyait pas d’inconvénient à ce que j’ouvre une fenêtre, que je pose mes pieds sur le siège à côté du sien, par courtoisie instinctive, par la force de l’habitude. Bien sûr, il ne répondait pas, se contentant de se vider de ce qui lui restait de sang, la langue pendante, les yeux révulsés.
J’en ai certes touché un mot aux contrôleurs successifs, tous m’ont répondu la même chose :
Tant qu’un passager justifie d’un titre de transport, personne n’est en droit d’interrompre son voyage sur le trajet énoncé sur ledit titre de transport, et ce, que le passager soit mort ou vif.
J’ai eu largement le temps de gamberger : soit ce type a été placé dans le compartiment après s’être fait poignarder, soit quelqu’un est venu l’assassiner, soit encore il s’est fait ça tout seul pour être sûr de bien dormir pendant douze longues heures.
Las de me torturer la cervelle, je me suis assoupi. Lorsque je me suis réveillé une heure plus tard, le type était allongé sur le dos, le poignard toujours fiché dans la poitrine, la langue toujours pendante mais les yeux fermés. Bigre, me suis-je dit, ainsi donc les morts ne se retournent pas exclusivement dans leur tombe ?
Une fois arrivé à destination, je me suis mis en quête d’un taxi. Lorsque j’ai ouvert la portière arrière afin de m’y installer, devinez sur qui je suis tombé ?
Veuillez me pardonner cette question saugrenue, comment Diable le sauriez-vous si vous n’étiez pas du voyage ?

Commedia

Date de publication : 25 mai 2016

C’est une presse qui m’étouffe et m’enserre,
Une forge, un marteau qui me travaille,
Me fouraille jusque dans les profondeurs.
Le mal de toi est comme l’ouvrage du fondeur,
Par quoi je prends forme au feu.

Dominique ZINS – 8 € –
ISBN 2-9509968-6-8

L’amour, ses illusions, ses excès, ses masques, ses postures. Entre lyrisme et humour et un rien d’érotisme, des poèmes écrits entre 1998 et 2003.

Un recueil publié par Dominique ZINS  en avril 2016, disponible auprès de l’auteur à prix coûtant.

Il constitue l’édition révisée et définitive d’un recueil antérieur, paru en 2008 sous le titre : “Ephémérides”.