Variations thébaines

Date de publication : 19 octobre 2017

1

 

Jocaste :

J’avais juste quinze ans.

Quinze ans, c’est tout jeune encore,

Contrairement à ce qu’on dit à cet âge,

Quand on n’est plus une enfant,

Mais que le souvenir est proche du moment

Où un flot de sang et le miroir

Ont révélé le corps qui change,

Quand on se sait femme,

Sans en être tout à fait sûre,

Et qu’on essaie d’attirer le regard des hommes mûrs,

Pour vérifier,

Quand on glousse entre filles,

Comme nous le faisions, mes suivantes et moi,

Moitié  contentes de nous faire remarquer,

Moitié soulagées de rire pour ne pas pleurer.

Quinze ans,

Ma mère ne m’avait pas expliqué grand-chose

Mais je savais ce qui m’attendait,

Le pouvoir du mâle,

Ses faiblesses aussi,

Par quoi on peut le manœuvrer.

Laisse-toi faire, elle avait dit,

Les hommes savent comment s’y prendre.

Toi, tu dois te montrer agréable et accueillante,

Le reste suivra.

J’ai vu.

Eurydice :

Le jour était venu.

On l’a lavée, coiffée, habillée,

En s’esclaffant,

Toutes ses tantes et ses cousines en étaient,

Excitées, comme si c’était elles qu’on mariait,

À la fois nostalgiques, attendries, et un peu jalouses.

Sa grand-tante, Autonoé, se tenait à part, ostensiblement :

« Le mariage et les hommes, c’est pour les esclaves,

Marmonnait-elle,

Nous les femmes, qu’on nous fasse subir l’hyménée,

Qu’on en fasse une occasion de fête,

C’est notre condition, passe !

Mais ces cris, ces chants, faut-il être aveugle…

Ça dure pendant un jour, à peine,

Un jour où tout le monde te regarde,

Pour mille que ton mari se réserve.

Un jour pour mille, pour dix-mille.

Il t’enferme, il te cloître pour lui,

Pour lui,

Lui tout seul et quand il t’a pour lui,

Vite il t’oublie.

Un jour de gloire pour mille de mépris,

Mille pendant lesquels tu n’es plus qu’un ventre,

Plus que des mains pour le servir,

Des yeux pour l’admirer.

Et il faudrait l’aimer,

Ce chien pour qui tu n’es que servante ? »

Jocaste :

Elle est vieille, elle a oublié, me disais-je

Ou jalouse,

Enfin, je m’en moquais,

Je me laissais faire :

Cette atmosphère de fête,

Tout le monde autour de moi,

Moi qui serais bientôt une dame,

Je n’étais pas mécontente au fond.

Eurydice :

On lui a blanchi le teint à la céruse,

Marque suprême d’élégance,

Masque sur le hâle vulgaire qui couvre ses bras et ses jambes.

 

Jocaste :

C’est vrai, le gynécée m’ennuyais, je jouais mal de la harpe,

Je ne filais pas et n’aimais pas commander aux domestiques ;

En revanche, j’adorais le soleil,

Je me régalais à cueillir les fruits sauvages,

Faire de bouquets, courir dehors…

Eurydice :

Bref, elle avait quinze ans, elle était parfumée,

La tête couverte d’un voile,

Parée de ses plus beaux bijoux et elle allait régner sur la noce

Comme prévu.

Jocaste :

Le soir, j’attendais le moment crucial,

À la fois craintive et curieuse,

J’attendais mais il n’est jamais venu,

Ni ce soir-là, ni le suivant, ni le suivant du suivant,

Jamais.

Des noces, mais pas d’époux.

D’abord j’ai pris son comportement pour un affront,

Je lui en ai voulu, je l’ai maudit, j’étais furieuse

Mais au fond, je l’ai compris plus tard, soulagée.

Quant à la raison de son indifférence,

Elle est apparue bien vite :

Je l’ai vue dans le regard qu’il portait sur les éphèbes.

Eurydice :

La vie s’est organisée, lui avec ses compagnons,

Elle dans ses appartements.

Il ne s’inquiétait pas de voir des jeunes-gens lui faire la cour,

Il n’en était pas jaloux, au contraire,

On aurait dit qu’il les poussait dans ses bras.

Certains auraient eu de quoi attirer ses faveurs.

Jocaste :

Mais j’avais mon rang à tenir,

Les regards étaient tournés vers moi,

La reine en moi se devait à la vertu,

Je ne favorisai aucune aventure.

 

2

 

Jocaste :

Il avait beaucoup bu et mangé avec ses jeunes-gens,

Un soir de chasse,

Il était ivre et il chancelait.

Avec sa grande barbe, sa haute taille,

Ses épaules et son torse puissant, il me faisait peur.

Il avait l’âge d’être mon père,

Il n’exerçait sur moi aucun attrait.

J’avais organisé ma vie sans lui,

Certes, je serais sans enfant, mais j’étais bien jeune encore

Et il me restait l’espoir de le voir disparaître avant moi.

N’en avais-je pas le droit ?

Eurydice,

Ma honte,

Je ne n’ai pu te l’avouer à l’époque :

Il s’approche, se montre de plus en plus entreprenant,

Je fais ma coquette, mais il ignore mon dégoût.

Son haleine empeste, il est brûlant.

Je recule, il me poursuit.

En un instant, tout bascule.

Je suis empoignée de force et je te laisse imaginer la suite :

Une brûlure atroce, fulgurante, entre les jambes,

Dans le ventre et jusque dans la poitrine ;

La brute qui se retire, et moi, le corps broyé,

Salie, réduite à une chose.

Dircé, la source

Date de publication :

1

 

Khadmos :

Il est assis à même le sol. Tenue de ville d’un dirigeant, cravate dénouée, chapeau renversé sur la tête.

Autant qu’il m’en souvienne,

Au commencement de tout,

Au commencement du commencement,

Au départ, il y a eu l’Exil,

Quand je n’étais encore qu’un enfant,

Poussé sur les routes,

Arraché au sein de sa mère, en rupture, déjà.

Au commencement, et depuis toujours, la lutte,

Pour la survie, pour un peu d’eau, pour un abri.

Au commencement, la peur,  la dépendance, la soumission,

Au commencement, baisser la tête, courber le dos,

Toute une enfance se taire, la rage au cœur, jour après jour.

Toute une enfance se taire,

Et puis, un matin, le sentiment brusque de la dignité,

Un matin de renouveau,

Le premier acte de résistance,

Une rébellion de jeune-homme,

Un regard qui ne baisse pas et la première humiliation,

Non en tant que pauvre,

Mais en tant que Rien qui se dit humain,

Qui le revendique ;

Ensuite, la chaîne des provocations et des punitions,

La haine, la révolte,

Les affrontements à pierre nue contre les chars,

Puis, les bombes, les attentats, les milices, la guérilla,

La fuite, l’exil encore, la mort assurée :

Mine ou balle perdue, guet-apens.

La voilà ma vie.


2

 

Jocaste :

Elle sort progressivement de l’ombre. L’éclairage maintient une atmosphère floue, vaporeuse, sépia.

Tu me demandes si je suis heureuse,

Maintenant que les années ont passé,

Si le temps fait son office.

Oui, son office, il a fait son office :

La douleur vive a disparu,

Elle s’est  enfouie dans les tréfonds.

La peine m’a quittée comme une eau de pluie

Qui ruisselle et ne reparaît plus qu’en suintant.

Je suis maintenant une terre rude et rêche.

Pas une larme, pas un nuage,

Je suis pour le passant

Une grève que parcourt une brise tiède,

Un zéphyr ; mais ce zéphyr, Eurydice,

Sans m’en demander la permission jamais

Se mue soudain en Khamsin

Et balaie tout sur son passage.

 

Le bonheur n’est qu’une illusion.

Ne te récrie pas, je sais tout le bien dont je dispose.

Depuis des années tous mes vœux sont exaucés :

Nous vivons en paix, je suis mère et comblée,

Deux garçons, deux filles,

Mon époux est amoureux comme au premier jour,

Il est touchant, abandonné entre mes mains,

Prévenant, attentionné, délicat…

Ses bras sont vigoureux, rassurants,

Son désir brûlant,

Trop sans doute pour ce que je suis devenue,

Et, quand, il vient me rejoindre sur ma couche,

Si je suis attendrie, flattée parfois,

Je ne laisse pas d’être inquiète. Et contradictoire.

Qu’il cède au charme des femmes jeunes qui le pressent,

Me ferait mourir de rage, mais

Qu’un tel malheur le détache de moi,

Lui ferait prendre son envol,

Et me rendrait tout entière à la poésie, à mes encens…

Eurydice :

À tes encens ? Vraiment ?

Jocaste :

J’aurais voulu un égal, sa jeunesse entre nous est un fossé,

J’ai besoin d’admirer et je lis trop en lui,

Besoin de me confier, mais il est trop ma chose.

Eurydice :

Je ne te comprends pas.

Ton époux n’est-il pas un esprit mesuré et patient ?

Sa parole a su convaincre les classes populaires

De retourner à leurs travaux et les esclaves à leur servitude,

Les affaires de la cité sont conduites avec sûreté,

Les patriciens reconnaissent au roi son habileté politique,

Son origine étrangère ne leur fait pas ombrage,

Au contraire, elle est une garantie pour leurs privilèges.

Que demander de plus ?

Jocaste :

Je le sais : en moi la femme n’est pas accomplie.

Ai-je trop attendu de lui, trop attendu des autres ?

Espéré de ces êtres défaillants un amour dont ils n’ont pas

[idée,

À moi-même importun, à force d’être impossible ?

Je devrais être en paix, heureuse, et je demeure insatisfaite.

Un sombre pressentiment m’habite,

La crainte d’une catastrophe.

La vision s’estompe, les deux femmes retournent à l’ombre.

Musique.

 

3

 

Khadmos :

J’entends leurs cris aujourd’hui,

Dans les rues et sur les places,

Tout autour de moi, leurs cris,

Des cris de haine.

Maintenant que mon pouvoir chancelle,

Leur peur

Trouve enfin quelqu’un à charger de ses chaînes.

Brouhaha. Progressivement apparaît le chœur.

Je les entends se lamenter, le chœur des pleureuses,

La foule des déçus hypocrites.

Troupeau de moutons,

Chèvres pour les hommes en manque….

À les croire, ils sont tous victimes.

Je suis le traître, le manipulateur,

Toutes mes paroles ne sont que sont que mensonge.

Il sort.

Chœur :

– Un étranger c’est commode.

– Je comprends pas.

– Un étranger : ils vont pouvoir l’expulser ou le laisser filer.

– Pas d’accord.

– Il a raison.

– Il va pas s’en tirer comme ça !

– Rien que d’y penser…

– Dégueulasse !

– Mérite même pas un procès !

– On devrait lui faire sa fête tout de suite !

– Aimer une femme qui est pas la sienne, je comprends, mais sa propre mère…

– À coup de cailloux !

– Comme une femme publique !

– Eh ! Tout le monde a droit à un procès !

– Quoi ? Tu prends son parti ?

– C’est pas ce que j’ai dit.

– Vous entendez, vous autres ? Il prend sa défense !

– Mais non, je veux qu’il s’explique…

– Rien du tout !

– Pas besoin d’explications !

– Qu’on le pende !

– Sans procès ?

Musique. Le chœur s’éloigne.

 

4

 

Khadmos :

Il est équipé pour la marche. À l’autre bout de la scène, invisible pour lui, un homme, en tenue de combat.

Pareil destin,

Personne ne le pourrait imaginer.

Personne,

Sauf un esprit pervers !

Oui, l’Esprit qu’on dit bienfaisant est un pervers

Ou un absent.

Un absent, c’est plus juste.

Car il n’y a rien à répondre,

Personne pour répondre.

Et de quoi ?

Il n’y a rien à dire non plus.

Abou Barakat :

Se plaindre de son destin.

Réflexe inutile.

Courant, mais inutile :

On s’accroche à la vie comme à une bouée,

Comme à un flotteur qui ne serait pas percé.

Aujourd’hui, Khadmos,  comme autrefois,

Ton destin s’accomplira,

Comme toujours.

 

Khadmos :

Il achève de remplir son sac et semble converser avec Abou Barakat :

Je m’en vais.

C’est ce qu’ils ont voulu, même s’ils récrient maintenant,

C’est ce qu’ils ont attendu avec impatience,

Depuis le temps qu’ils parlaient dans mon dos,

Quand ils me croyaient absent,

Ou même, sans se gêner, en ma présence,

Comme si je n’entendais pas,

Comme si je ne comptais plus déjà ;

C’est ce qu’ils ont désiré avec tant de force,

Après avoir pris ma place,

Quand l’ombre  de mon portrait venait les troubler

Dans chacun de leurs conseils,

Dans chacune de leurs décisions,

Et jusque dans leur sommeil ;

C’est ce qu’ils ont attendu,

Avec de moins en moins de patience et de discrétion,

Avec de plus en plus de morgue et d’ironie,

Puis de colère rentrée ou manifeste,

M’empêchant de paraître en public,

Me condamnant au silence,

Me mettant à l’écart – au vrai, j’étais assigné à résidence.

Abou Barakat :

C’est cela : prisonnier.

Vous, ses fils…

Il regarde vers la sortie empruntée par le chœur,

Vous avez rejoint le camp de ses plus fidèles ennemis,

Vous ne saviez que faire de lui,

De son regard porté sur leurs misérables complots,

Sur leurs alliances et leurs trahisons,

Sur leurs discours de faux-dévots de la paix,

Vous aviez peur de ses yeux

Qui voient et ne feignent pas de n’avoir point vu,

De sa voix,

Qui faisait loi jusque dans les contrées les plus reculées,

De ses oreilles,

Qui entendaient la plainte des sans-grades,

De sa main, armée de la plume,

Par laquelle il régnait sur l’opinion,

Faisait et défaisait la réputation des chefs de clan.

Khadmos :

Je m’en vais et je ne donne pas cher de votre pouvoir

Quand les foules pourront me voir et me toucher,

Me parler en direct comme autrefois

Me prendre comme étendard de leurs droits.

Musique. 

Une Femme (enquête)

Date de publication : 25 mai 2016

Ishtar :

Mes ennemis triomphent,

Je ne vais plus lutter,

Juste m’abandonner, laisser faire.

Jouir de l’amertume, mépriser leur nombre,

Les laisser à leurs vociférations,

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Ishtar :

Mes ennemis triomphent,

Je ne vais plus lutter,

Juste m’abandonner, laisser faire.

Jouir de l’amertume, mépriser leur nombre,

Les laisser à leurs vociférations,

A leur joie aveugle, à leurs éclats incultes,

A leurs éructations de vainqueurs. Un temps

A moins que ?

Pourquoi n’y avoir pas songé plus tôt ?

La victoire de l’injuste est en réalité sa défaite…

 

 

Au seuil de la pesanteur

Date de publication : 24 mai 2016

Georges :

Qu’ai-je fait ?

Milicien 2 :

Tu l’ignores ?

Ta réputation parle pour toi.

Milicien 3 :

Nous perdons notre temps à parlementer avec cet individu.

1

Georges :

Qu’ai-je fait ?

Milicien 2 :

Tu l’ignores ?

Ta réputation parle pour toi.

Milicien 3 :

Nous perdons notre temps à parlementer avec cet individu.

Emparons-nous de lui et conduisons-le au camp.

Il agrippe Georges par le bras.

Milicien 1 :

Abou Haddad veut qu’il vienne de son plein gré, lâche-le.

A Georges :

Et toi,

Ne fais pas celui qui ignore ce que tout le monde sait.

Georges :

Dis-le, toi, si tu es si bien renseigné.

Milicien 1 :

Les choses infâmes, on ne les nomme pas…

Commedia

Date de publication : 25 avril 2016

C’est une presse qui m’étouffe et m’enserre,
Une forge, un marteau qui me travaille,
Me fouraille jusque dans les profondeurs.
Le mal de toi est comme l’ouvrage du fondeur,
Par quoi je prends forme au feu.

Dominique ZINS – 8 € –
ISBN 2-9509968-6-8

Recueil de poèmes – avril 2016

L’amour, ses illusions, ses excès, ses masques, ses postures. Entre lyrisme et humour et un rien d’érotisme, des poèmes écrits entre 1998 et 2003.

Ce recueil constitue l’édition révisée et définitive d’un recueil antérieur, paru en 2008 sous le titre : “Ephémérides”.

Disponible auprès de l’auteur à prix coûtant :

dominique.zins@collectif-turbulences.fr

 

ouvrages à compte d’auteur

Date de publication : 25 mars 2016

Quelle puanteur de merde ! Et au sens propre, en plus, si on peut dire ! Il paraît qu’ils ont débouché les toilettes hier soir. On sent pas la différence. Il est vrai que, quand tu as cette odeur dans les narines, elle ne te lâche plus. Tu crois la retrouver partout : sur tes mains, sur tes vêtements, dans ton placard, dans la nourriture…

Les murs de verre,

Roman, 2002, extraits.

9

   Quelle puanteur de merde ! Et au sens propre, en plus, si on peut dire ! Il paraît qu’ils ont débouché les toilettes hier soir. On sent pas la différence. Il est vrai que, quand tu as cette odeur dans les narines, elle ne te lâche plus. Tu crois la retrouver partout : sur tes mains, sur tes vêtements, dans ton placard, dans la nourriture…

Stéphane Konrad est allongé sur son lit, dans son refuge, comme autrefois.

Putain de mal de tête ! Et va-t’en obtenir une aspirine !

En face de lui, sur le mur, une tâche noirâtre, graisseuse ; au-dessous, le gris-noir du ciment prompt qu’on a posé à la va-vite pour boucher un trou, un jour, en pensant finir le travail plus tard et repeindre un raccord, qui se serait rajouté à ceux qui existent déjà et donnent à la cellule son teint léopard. Bleu léopard.

Le surveillant vient de déposer le courrier, la promenade est descendue, les portes ont fini de claquer. On va être un petit moment tranquille.

Les cris remontent du terrain de sport. On entend les coups de pied dans le ballon, les interpellations, de temps en temps des clameurs.

Le brouhaha de la cour de promenade est plus confus. De temps en temps, un hélement fait surface ou les échos d’une algarade sous le préau. Hier, ça a dégénéré en bagarre, les surveillants ont dû intervenir.

Depuis quelques jours Stéphane ne descend plus en promenade. Il des dettes. On l’a fourni en poudre et il n’a pas pu rembourser. Manu et sa bande le cherchent.

La bonne solution serait de rembourser en cantine ou espèces mais, justement, là ce n’est pas possible. Il y a un moment qu’il n’a pas reçu de mandat ; il n’a plus rien sur son compte. Quant au cash, il va encore essayer, mais c’est de plus en plus difficile.

Vraiment pas évident !

Un relent de cuisine passe sous la porte, à vous faire vomir… Il leur gerberait bien dessus… petits frimeurs. Saloperie de Manu, seul à seul, il ne ferait pas le poids. Mais voilà, il est en groupe et il n’y pas grand-chose à faire quand on est seul…

Stéphane se redresse. Il n’est pas bien. La nausée. C’est plus possible ! Il se lève, un peu faiblard, et va pousser la chasse d’eau des toilettes. Même si ça ne change rien à cette putain d’odeur, ça soulage.

Là, debout, elle revient la question, toujours la même : que faire vis à vis de sa femme ? Elle se lasse ; combien de fois lui a-t-il promis de s’en sortir, de chercher du boulot ? En plus, maintenant, il y a Isabelle.

Isabelle, une fille intelligente, vive, directe. Il l’a rencontrée avec une bande de copains un soir de concert. Un « joint » partagé, une discussion à perte de vue sur Beckett, Musil et Ecco toute la soirée, une partie de la nuit. Après, des rendez-vous en groupe, d’abord, puis seuls à seuls, jusqu’à ce qu’ils deviennent amants. Des soirées inoubliables. Une entente physique immédiate, puissante, libératrice. Un envers de l’angoisse.

Mais voilà, Stéphane est marié…

Trop chaud dans ce lit !

Stéphane repousse la couverture, laisse filer ses idées quelques minutes.

Quitter sa femme ? Un reste d’amour ou de pitié pour Marion le retient. Et il y a les enfants : ne pas les faire pleurer, ne pas leur faire subir une séparation…

Mais ce n’est pas là un faux problème ? Pour ce qui est de pleurer, ils pleurent déjà. Alors, pourquoi vivre dans l’hypocrisie ? Il suffirait de parler, d’avouer. Mais voilà, ce n’est pas tout. C’est Marion qui travaille et fait vivre le couple, les enfants. Partir, c’est bien beau, mais pour aller où ? Isabelle squatte chez des copines et, se payer un appartement ce n’est pas pour tout de suite.

On en revient toujours là : il faut d’abord se soigner.

Stéphane remonte la couverture sur son visage. Il essaie de dormir, d’oublier. Sa respiration ralentit progressivement, le traitement du matin fait son effet, il va s’enfoncer doucement dans le sommeil.

Tout à coup, la clef qui cherche la serrure, puis s’y introduit et tire le pêne. La porte s’ouvre. Qu’est-ce qu’il vient faire celui-là ? Ne pas bouger, feindre le sommeil, qu’il reparte ! Mais le connard insiste. Vraiment pas envie de l’entendre. Pourtant, il tire la chaise, la débarrasse, s’assied dessus.-

– Stéphane, bonjour, c’est Jean. Il paraît que ça ne va pas bien ? Tu ne sors plus de ta cellule, à ce qu’on me dit… Je suis venu voir si je peux t’aider.

Un grognement sort de la bouche de Stéphane.

– Bonjour, Stéphane. Tu as l’air fatigué ?

Une hésitation, puis Stéphane repousse la couverture, dégage son visage émacié, se redresse. Au menton, une barbiche. Dévalant le front, les tempes et la nuque, des cheveux bruns abondants encadrent les traits crispés et le regard tendu.

– Excusez-moi, je ne vous avais pas reconnu…

La réforme

Comédie, 2005, extraits.

Personnages 

Par ordre d’apparition

Geneviève Schmall, 45 à 50 ans, directrice d’un service central au ministère

Jérôme Mirecourt, 30 ans, chef de bureau au ministère

Georges Barine, 50 ans, ministre

Nicolas Rouvillains, brillant énarque de 35 à 40 ans, son directeur de cabinet

André Markovic, 45 à 50 ans, conseiller technique auprès du Premier Ministre

Rachida Benthamida, 25 ans, jeune journaliste au « Microcosme »

Des fonctionnaires ( 3 ou 4 )

Les représentants des lobbies ( une dizaine ).

Première partie

Scène 1

                   Une grande boite domine la scène, sorte de bière aux dimensions disproportionnées, faite en bois de pin mal équarri, ou de tout autre matériau brut.  Elle est   disposée au milieu d’une sorte de hall d’exposition, qui sert également de salle de conférence.

Schmall : Je vais vous montrer. Elle conduit Jérôme devant la boite et ce dernier y dépose les dossiers sous lesquels il ploie. Tels qu’il les pose, ils débordent de la boite. Je vous présente le cadre de la Réforme de l’Etat. Tout doit entrer là-dedans. Tout : la simplification des règles administratives (c’est notre objectif de toujours), la mise en paramètres de toutes les formes d’activité, les attentes des usagers et la déclaration de politique générale du Premier Ministre, sans oublier les Recommandations internationales, le développement des pays les plus pauvres et la sauvegarde de l’équilibre écologique planétaire.

J’y ajouterai la défense des intérêts des professions de santé et des dragueurs de mines, des anges d’apocalypse et des hippocampes, la protection des chefs d’œuvre en péril et des chefs d’orchestre, des poulets fermiers et des policiers méritants, et enfin, pour couronner le tout,   le soutien aux ligues de vertu et aux pratiques sybaritiques…

Jérôme : Tout cela ?

Schmall : Oui, et dans un cadre aussi  ramassé. C’est remarquable, non ?

Jérôme : Certainement.

Schmall : C’est tout ? Vous en êtes vraiment  persuadé ? Signe d’approbation de Jérôme. Alors montrez-le. Ne prenez pas cet air coincé. Souriez ! Là ! C’est mieux. Redressez-vous encore. Jérôme se redresse, mais reste un peu voûté. Maintenant on sent en vous à la fois l’énergie et la bienveillance.

Jérôme : Je vous remercie de me trouver ces qualités. Parfois, je dois donner l’impression d’être un peu ailleurs… C’est vrai que j’ai un côté rêveur : j’essaie de trouver du sens à ce que je fais.

Schmall : Il est charmant ! Trouver du sens ! Mais personne ne vous le demande, ne vous inquiétez pas pour ça. Allons, montrez-moi votre projet annuel d’activité. Jérôme lui tend un document. Schmall le parcourt rapidement. Pendant ce temps, et durant tout l’entretien, à intervalles réguliers ou non, comme on voudra,   des fonctionnaires en costume gris, tous identiques, viennent déposer dans la boite des documents ou des dossiers, quitte à ce qu’elle déborde. Voyez-vous, mon petit Jérôme, il y a un moment que je vous observe. Vous avez de remarquables qualités, encore sous-employées…Si, si…Vous ne croyez pas assez en vous. Vous êtes jeune, brillant, et vous êtes promis à un bel avenir… Non, non, ne prenez pas cet air étonné.

Jérôme : Je ne voudrais pas vous décevoir.

Schmall : Me décevoir ? Ne vous inquiétez pas, je sais discerner les talents.  Laissez-moi vous guider, je vous ferai bénéficier de mon expérience…Croyez-moi, votre carrière s’en ressentira.

Jérôme : Vraiment ?

Schmall :  Oui, et ne perdons pas de temps. Je vous explique. Le plan de travail que vous me proposez est très bien, mais il n’est pas assez ambitieux. J’ai préparé un projet qui est à la mesure de ce qu’on attend de nous. J’aurais aimé que vous le lisiez et que vous me fassiez part de vos suggestions.

Jérôme : Je doute de pouvoir améliorer votre travail.

Schmall : Ne faites pas le modeste. Je suis sûre que vous ne croyez pas ce que vous dites… Quoique, je l’admets, on puisse se poser des questions parfois. Moi-même, je me permets de vous le dire, je me reconnais des limites. A votre contact, on se sentirait parfois pris de doutes.

Jérôme : De doutes ?

Schmall : Oui, Jérôme, auprès de vous, j’ai l’impression de redécouvrir le jeune-fille en moi, encore fraîche et timide.

Jérôme : Je vous imagine aisément, douce, effacée, timide.

Schmall : Ne vous y trompez pas, sous des dehors actifs, se cache une âme tendre, presque enfantine. Si vous m’entendiez rire, parfois…

Jérôme : Rire ? Oui, bien sûr… Pourtant, si je peux me permettre une remarque, l’humour n’est pas ce qui transparaît le plus chez vous.

Schmall : Oh ! qu’il est mignon. Voudriez-vous que nous en reparlions ? Je vous invite à dîner ce soir.

Jérôme : Je suis désolé, Madame la Directrice…

Schmall : Appelez-moi Geneviève.

Jérôme : Je suis désolé, mais j’ai déjà un rendez-vous.

Schmall : Un rendez-vous ? Vous ne pourriez pas le décommander ?

Jérôme : Je regrette…

Schmall : Très bien. Je vois. Ce n’est pas à cause de cette petite journaliste qui ne cesse de vous tourner autour ?

Jérôme : C’est à dire…

Schmall : Inutile de m’en dire plus. J’ai compris. Vous le regretterez peut-être un jour… En attendant je compte sur vous pour mon projet. Je sais que je le peux, n’est-ce pas ?

Jérôme : Certainement. Il amorce un départ. J’allais oublier, le Cabinet a téléphoné : il faut que vous rappeliez M. Rouvillains. C’est urgent.

Schmall : M. Rouvillains ? Vous n’auriez pas pu me le dire plus tôt ?

Jérôme : Vous ne m’avez pas laissé le temps…

Schmall : Nous n’avons pas été mis en cause par les médias ?

Jérôme : Non, pas que je sache. J’ai cru comprendre qu’il s’agit d’une nouvelle réforme.

Schmall : Une nouvelle réforme ? Tiens donc, quand on a besoin de moi, on se souvient que j’existe. Malgré tout, M. Rouvillains en personne, je suis surprise. Je vous remercie. Jérôme sort, suivi par Schmall. Aussitôt la boite est soulevée du sol, à moins que le fond ne s’ouvre.  En tout cas elle se vide de son contenu. Les dossiers qui la remplissaient sont ramassés par les fonctionnaires en gris et emportés dans des cartons d’archives ou des caisses de déménagement. Quand ils ont fini leur travail, la boite revient à l’horizontale et se retourne, faisant apparaître une sorte de machine-outil, avec de nombreuses manettes, voyants et tuyaux et l’un des fonctionnaires y ajoute un énorme massicot.  Entrent Barine et Rouvillains. 

 

Cette étrange lumière,

Nouvelles, 1999 (réédition, 2016), extraits.

 

Une lueur dans la nuit

Premier jour

Le soleil, ce matin-là, lassé de l’indifférence des hommes, et pris du désir de changer le cours de sa  vie monotone, trouva bon de se payer quelque fantaisie et d’aller gambader dans l’infini des espaces sidéraux. Il se sentait le cœur léger, rempli d’une joie à déplacer les montagnes. Un honnête fonctionnaire comme lui n’avait-il pas gagné le droit à une journée de repos ? Pour une fois, il pourrait bien prendre un peu bon temps. Après un bon petit déjeuner, avec pain grillé et café noir bien fumant, il irait rendre visite à la lune, sa cousine, ou irait faire un tour sur la voie lactée, à moins qu’il n’entreprenne de ranger sa collection de gouttes d’eau irisées. Bref, il se consacrerait à ses passe-temps favoris. Et, sur ce plan, il ne manquait pas de projets. Il lui semblait même qu’il pourrait y consacrer tout son temps désormais.

Un sentiment d’aise l’habitait, quelque peu mêlé de scrupule, cependant. En effet, le souvenir de son devoir l’empêchait d’être complètement détendu. Pour chasser cette désagréable impression, il se persuadait que les hommes pourraient bien se passer un peu de lui. Nul n’est indispensable et, de toute façon, les usagers n’en finissaient jamais de se plaindre, les uns trouvant qu’il chauffait trop et les autres pas assez ; les uns réclamant la pluie et les autres soupirant contre le mauvais temps. Lui parti, il faudrait bien qu’ils se mettent d’accord. Cela ferait un joli spectacle de les voir palabrer sur les balcons du ciel pour savoir qui aurait le droit plus qu’un autre de jouir de la lumière ou de se réserver toutes les ténèbres à des fins personnelles. Cette pensée l’amusa fort et lui fit pousser un soupir d’aise. Qui sait ? On finirait peut-être par reconnaître ses mérites et par venir demander ses services avec force remerciements.

Mais le temps passait et sur terre il était dix heures, du moins à en croire les montres et les pendules, car, dans la nuit qui durait, certains se permettaient d’en douter. Selon toute apparence, il était donc dix heures et les bonnes gens se posaient des questions. Dans les écoles, en voyant les enfants s’agiter sur leurs chaises, les maîtresses se demandaient si elles devaient donner la récréation. Aux caisses, dans les premières files d’attente des supermarchés, on engageait la conversation. On se parlait même dans les transports en commun, les ascenseurs des immeubles, sans compter, bien sûr, les salons de coiffure et les bureaux.

Onze heures sonnaient maintenant. L’événement commençait à prendre consistance. Les mains sur les hanches, salariés et non-salariés se tenaient sur le seuil de leur maison, dans la cour des usines, sur les parcs de stationnement ou même dans la rue. La rumeur enflait : il se passait quelque chose d’anormal. Chacun s’essayait à une explication, si bien que circulaient les nouvelles les plus contradictoires. Pour les uns, il s’agissait de l’explosion d’une centrale atomique : un épais nuage bouchait le ciel et il était urgent de courir se mettre à l’abri. Pour les autres, c’était sans nul doute un essai de régulation du temps, effectué par les ministères du Tourisme et de l’Agriculture réunis. D’autres parlaient d’éclipse, de fonte massive des glaces des pôles, de trous béants dans la couche d’ozone. Certains s’inquiétaient d’une possible invasion d’extra-terrestres. Les radios et les télévisions effectuaient leurs premiers reportages, ce qui prouvait bien qu’on était en présence d’un événement d’importance ou même d’un scandale.

En effet, une évidence saisit tout un chacun : on cachait quelque chose au public. La démocratie était bafouée. Pourquoi n’était-on pas informé des événements en cours? Et pourquoi le gouvernement n’avait-il rien fait pour les prévenir ou les empêcher ? Où étaient les responsables ? La rumeur devenait polémique : non seulement il fallait trouver les responsables, mais il n’était pas question qu’ils refusent de se reconnaître coupables.

En un instant les rues furent noires de monde. La foule refluait vers les places dans un désordre indescriptible. Les automobilistes étaient contraints de s’arrêter. Ils étaient invités, avec plus ou moins de ménagements, à rejoindre les manifestants. La plupart d’entre eux s’exécutaient. Les autres se faisaient sortir de force de leur véhicule ou défoncer le pare-brise, quand ils ne se faisaient pas molester.

Des délégations s’improvisèrent, qui se rendirent dans les préfectures, auprès des ministres, et même auprès du chef du gouvernement. Les directions des usines, des magasins, des administrations, furent saisies de vives protestations et sommées de joindre au plus vite les pouvoirs publics.

L’heure de midi était passée depuis un moment déjà. Après les premières manifestations, les foules défilaient sans but. Des attroupements se formaient ici ou là. Tel ou tel leader improvisé y allait de son discours. Les cafés et restaurants étaient combles. Des éclats de voix nombreux signalaient des discussions passionnées Dans les maisons on s’était mis à cuisiner. On s’invitait réciproquement. Le sentiment d’angoisse général était mêlé d’une sorte d’allégresse, celle des jours de fête.

À quinze heures, du moins quand il semblait qu’il fût quinze heures, parurent les premiers journaux. Les kiosques furent pris d’assaut. La Presse était unanime : c’était un scandale. L’opposition accusait la majorité d’impéritie et la majorité s’exonérait de ses responsabilités, en indiquant qu’elle devait bien assumer l’incurie de l’opposition. Cette dernière venait, en effet, de quitter le pouvoir depuis quelques semaines seulement. Un communiqué du gouvernement appelait la population au calme et faisait savoir qu’une cellule de crise était constituée. Consultés à l’improviste, des savants renommés tentaient de donner telle ou telle explication au Phénomène. Les différentes corporations faisaient déjà part de leurs difficultés et laissaient entendre qu’elles auraient besoin des pouvoirs publics si les choses devaient continuer ainsi. Des pages de conseils pratiques indiquaient les mesures d’urgence à prendre pour les particuliers. On signalait les éventuels changements de programmes télévisés, afin que chacun puisse s’adapter à un tel bouleversement.

La fin de l’après-midi se passa à attendre le discours du chef du gouvernement. Il fut annoncé et reporté plusieurs fois. À certains moments les médias audiovisuels avaient cru obtenir les déclarations d’un ministre. Mais l’espoir avait toujours été déçu. Les présentateurs occupaient l’antenne comme ils le pouvaient, à l’aide d’images virtuelles et de débats improvisés, au cours desquels des hommes politiques énonçaient des généralités.

À vingt heures, enfin, apparut le Président de la République, pâle, les traits tirés, l’air défait. Il annonça qu’une panne imprévisible de l’astre solaire l’obligeait à prendre, en concertation avec les gouvernants des pays les plus puissants, une série de mesures d’exception, qui seraient, bien entendu, toutes provisoires. Les savants les plus renommés avaient été invités à un symposium extraordinaire, afin d’examiner les causes de la panne et les moyens d’y parer. À n’en pas douter, des solutions seraient trouvées et la lumière rétablie au plus tôt. Le discours s’acheva par un appel au sang-froid et au calme de chacun.

Juste après, cette déclaration fit l’objet d’un commentaire en forme de paraphrase, dit d’un air pénétré par les journalistes les plus en vue du moment. Ce rituel étant accompli, les braves gens purent être rendus à leurs distractions habituelles. La soirée passa, puis la nuit, et ce fut le deuxième « jour »…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Extraits de Presse

Date de publication : 19 mars 2016

Dernières Nouvelles d’Alsace du 7 mai 2014

auteur-dominique-zins-une-femme

Zut ! magazine — 23 avril 2012

L’Agence Culturelle d’Alsace présente Huit Débordements, une série de textes à l’origine d’un atelier d’écriture sous la direction de Philippe Napoletano.

Centré sur le thème du dialogue comme acte d’exploration de l’être, cet atelier dramatique s’était tenu en 2010 et neuf écrivains s’étaient réunis afin de tenter de définir deux personnes représentant l’être social pour l’une et l’être profond pour l’autre.

Avec ces neuf enregistrements audio, un face à face oppose le décor et la situation. Cette découverte permet de faire émerger conflit ou accord. Chaque pièce est introduite par Dominique Zins, un amateur d’art et de littérature, curieux invétéré. Nous l’entendons dans un prologue plein de conviction, détermination par le mot et la bande son qui l’accompagne. Entre chaque texte, des chœurs créent un fil presque invisible amenant ou même commentant chaque « petit débordement ». À la couleur du texte auquel ils sont rattachés, on parlera alors Coma, Danse, Chômage ou encore Fête.

Ce projet commun fait l’objet d’une publication audio présentée dans un recueil publié par l’Agence Culturelle D’Alsace.

Huit petits débordements ont été mis en voix sous la direction de Dominique Guibbert, créatrice de la pièce : Alors j’étais mort et je vous observais.

Ces CD Audio/Théâtre orientent l’individu vers la création littéraire, il s’agit d’une peinture des stimulations des capacités artistiques de chaque écrivain.

Disponible gratuitement

Agence Culturelle d’Alsace, Département spectacle vivant – 03 88 58 87 58

Yassine Khelfa M’Sabah

8-petits-debordements

Dernières Nouvelles d’Alsace du 28 mars 2012

auteur-dominique-zins-no-future

Dernières Nouvelles d’Alsace du 5 janvier 2009

auteur-dominique-zins-murs-de-verre

Les Fils de l’absent

Date de publication :

Les Fils de l’absent

Deux jeunes gens, Abdel et Nick, sur qui plane l’ombre d’un père absent de leur vie et honni. Deux jeunes gens écroués dans la même cellule et que tout sépare : l’un est un petit délinquant hâbleur et bavard, à ses heures indicateur de police, l’autre un garçon silencieux et sombre, imbu de religion. Ils sont impliqués dans deux assassinats, celui d’un trafiquant de stupéfiants et celui d’un religieux. Deux affaires criminelles, qui vont s’avérer connexes, comme si le Destin les avait entremêlées.

En face d’eux, deux femmes : juge et commissaire de police, chargées de conduire les deux enquêtes ; leurs méthodes de travail et leurs convictions les opposent. Leur confrontation est feutrée mais réelle. Aussi la vérité tarde-t-elle à apparaître, jusqu’à l’issue fatale. Fatale, comme autrefois, aux temps immémoriaux.

Séquence 1

Juge : Depuis quatre jours, Commissaire, la foule afflue

Et gronde comme un torrent sur les places et dans les rues.

Elle veut des coupables, elle exige des châtiments.

Le gouvernement, hier, l’a assurée de son soutien,

Lui a promis toute la lumière sur ce crime.

Le Premier Ministre a protesté

Contre ce qu’il a qualifié d’atteinte intolérable

À la liberté des cultes et au droit imprescriptible

De chacun à la Sûreté et à l’Égalité devant la Loi.

C’est dire si on nous presse, Commissaire,

Et si nous avons besoin de résultats.

Séquence 5

Abdel : « Hier sur l’Esplanade, au point de contrôle,

J’ai pleuré sur toi, ma Ville, devenue geôle,

Qui fais croître partout l’Ennemi en faction

Et peser sur nous le joug de l’Occupation… »

« Quoi ?

Tu ne connais pas mon nom ? »

Demande-t-il lorsque la porte a été refermée par le surveillant.

« C’est pas possible !

Tu te moques de moi ? »

J’entends quelqu’un en moi répondre :

Pourquoi je me moquerais de vous ?

C’est vrai : je ne connais pas votre nom.